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Le blog de Ritournelle

Les sept noms du peintre - Philippe Le Guillou

Prix Médicis en 1997, ce roman évoque la vie d'un peintre imaginaire de la seconde moitié du XXè siècle. Né en 1940, Eric Sebastian Berg est l'enfant d'un couple qui ne connaît pas l'harmonie. Son père, bel homme, mais trop séducteur et superficiel, ne s'intéresse guère à son fils. Quant à sa mère, cantatrice, elle tisse des liens forts avec son enfant qu'elle voit cependant peu. Au cours de son existence, Eric Sebastian va chercher à combler le manque du père par des figures masculines très différentes les unes des autres. La première est celle de son grand-père qui vit en solitaire dans un fort : il est "son double et son confident " La deuxième figure importante est celle du prieur du collège d'Ettal en Bavière, où il commence ses études. Dans cette atmosphère assez austère, Eric Sebastian découvre le dessin, la peinture, en même temps que l'attrait pour les sociétés secrètes aux rites mystérieux qu'il pratique avec ses camarades. Deux évidences s'imposent alors à lui: il sera peintre et aimera des garçons. C'est d'ailleurs pour cela qu'il devra quitter le collège. Désireux de parfaire son apprentissage de peintre, il rejoint à Anvers l'atelier du maître A.Van Johansen. En peu de temps, il acquiert une parfaite maîtrise du clair-obscur, trouve des modèles en fréquentant les lieux un peu glauques de la ville, compose un chef d'oeuvre qu'il nomme Le tryptique d'Anvers , grâce auquel il gagne le concours de l'atelier. A.Van Johansen exerce un réel pouvoir sur Eric Sebastian, il est son maître dans tous les sens du terme; il le chasse lorsqu'il apprend qu'un français a acheté ce tableau. Avec ce mécène, Eric Sebastian est introduit dans le milieu parisien de l'art, vit d'autres amours, puis il se lasse et part vivre seul en Bretagne, en Irlande. Il puise de plus en plus son inspiration dans son attrait pour la mort et les expériences mystiques, vit des moments très douloureux, lors du décès de sa mère, qui le mènent à la folie, puis il renaît à nouveau sous des pseudonymes variés, d'où le titre du livre...
Philippe Le Guillou nous entraîne avec brio dans le parcours sinueux de ce peintre. Ses origines bretonnes, qui lui ont donné très tôt le goût des légendes celtes et des rites d'initiation, transparaissent dans son personnage. Il y a beaucoup de force dans ce livre, autant dans le thème que dans le style foisonnant et baroque. Je le recommande tout particulièrement à ceux qui s'intéressent à l'art ou le pratiquent : ils trouveront beaucoup de leurs questionnements sur la construction d'une personnalité, intimement liée à celle de la création.

"Longtemps médité ces mots de Spinoza : Moins l'esprit comprend tout en percevant davantage, plus grande est sa puissance de fiction; et plus il comprend, moins grande est cette puissance.
Trois lieux pour comprendre le mystère de la viande humaine:la cellule de moine, la prison, la chambre d'hôpital. Quelquefois l'atelier du peintre.
Heureux les hommes de peu d'oeuvres, ils n'ont pas le temps de s'avouer, de se domestiquer en se répéta
nt."

Published by Ritournelle - - Littérature

commentaires

Patrick 29/03/2014 06:47

Ce livre est effectivement superbe, à recommander et à savourer sans modération.
Excellent weekend à toi.

Ritournelle 29/03/2014 11:40

Oui, c'est un livre qui marque...Bon week-end à toi aussi!

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Mes photos, mes coups de coeur en littérature et au ciné, les auteurs et artistes que j'admire,mes productions personnelles et une pincée d'humour...

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