Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le blog de Ritournelle

1) Au contraire : Freud

Bien souvent, nos chères petites têtes blondes dégagent une impression d'autosuffisance, de complétude presque fascinante. "Le charme de l'enfant repose en grande partie sur son narcissisme" écrit Freud qui envisage le concept comme un "certain placement de la libido" intervenant dans "le développement sexuel régulier de l'être humain". L'investissement se porte sur le moi, qui se prend lui-même comme objet d'amour et centre du monde. Cependant, pour le fondement de la psychanalyse, il est normal et sain de sortir de sa gangue. Le "narcissisme primaire" propre à l'enfance s'achève lorsque la libido du moi se change en libido d'objet, comme cela s'observe notamment dans l'amour. L'énergie sexuelle est transférée vers une autre personne qui peut jouer le rôle de " l'idéal du moi". Fini l'égoïsme primordial? Pas si simple. "Berceau originel de la libido, le moi reste encore le quartier général. Autrement dit, chassez le narcissisme, il revient toujours au galop. Ce reflux peut se produire dans les pathologies comme la mélancolie, forme grave de dépression où le malade se replie sur lui-même et s'accuse de tous les maux - le narcissisme fait alors fondre toute estime de soi. Mais le retour du refoulé se repère également dans des formes moins dramatiques; par exemple, la création artistique. Elle correspond au mécanisme de la "sublimation": la pulsion sexuelle est tournée vers des buts non sexuels, socialement valorisés et le moi tire une fierté tout enfantine de son pouvoir démiurgique.

2) Tout à fait : Deleuze

Ah, l'envie abjecte d'être aimé, la triste masturbation narcissique! Deleuze lance une guérilla contre le tout à l'égo sur fond de polémique avec Freud. Dans L'anti-oedipe, écrit avec son compère Guatteri, il reproche à la psychanalyse de rabattre le désir sur le régime du manque et surtout de le "familiariser" à outrance - il se ramènerait toujours à de puériles histoires de papa-maman. Et lorsque Freud énonce que lorsque "là" où "ça" était, "je" dois advenir.. Deleuze rétorque qu'il faut renverser la formule: là où le sujet se pose comme une entité stable et satisfaite d'elle-même, il s'agit de l'ébranler, de faire éclore en lui des puissances impersonnelles. le fossé entre les deux penseurs éclate dans la vision deleuzienne de l'art et de la littérature : "Ecrire, ce n'est pas raconter ses souvenirs, ses rêves et ses fantasmes, ce n'est pas imaginer ou projeter un moi en dévoilant son "petit secret", au contraire, c'est être dessaisi du pouvoir de dire "je". Pour Deleuze comme pour Proust, la littérature, c'est la vie : l'intensification de l'existence suppose non pas de s'aimer soi-même mais de renouer avec la force créatrice, subversive du désir : d'exprimer des "devenirs", des lignes de fuite, qui défont, désorganisent toute identité.
Eloge de la différence, de la dépersonnalisation, des événements anonymes qui nous traversent et nous débordent. Bienvenue dans la jungle des singularités individuelles.

Extrait du dossier Faut-il s'aimer soi-même?- Philosophie magazine n°juin 2014

Published by Ritournelle - - Un peu de culture

commentaires

Gina 04/06/2014 14:31

Ces évènements anonymes qui nous traversent chaque jour et nous imposent une remise en question - ou pas.

Le blog de Ritournelle

Mes photos, mes coups de coeur en littérature et au ciné, les auteurs et artistes que j'admire,mes productions personnelles et une pincée d'humour...

Hébergé par Overblog