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Le blog de Ritournelle

En matière de bien et de mal, tout commence avec l'expérience. C'est la vie même qui fait surgir ces idées. Avant d'être des normes abstraites, le"bien et le "mal" sont d'abord des catégories spontanées. Nous les découvrons dans le rapport concret, vital avec autrui.
A l'origine, le bien est ce qui est bon pour nous, ce qui satisfait nos attentes. Inversement, le mal est synonyme de souffrance, de privation. Mais chez l'être humain, ces états de plaisir ou de douleur sont immédiatement rapportés aux intentions d'autrui; celui-ci est perçu comme bienveillant ou malveillant. Comme le dit Rousseau dans l'Emile, celui qui me veut du bien, je l'aime, celui qui me veut du mal, je le hais. L'éveil aux notions de bien et de mal se fait dans de telles polarités, inévitables et inséparables : plaisir / douleur, bienveillance / malveillance, amour / haine. Ensuite, l'apprentissage relationnel va être prolongé par par un apprentissage plus rationnel et réflexif. Si autrui se montre méchant avec moi, je vais commencer à me poser des questions sur le bien et le mal en soi.
A ce stade intervient l'enseignement de la morale proprement dite. Je ne deviens un sujet moral que par l'entremise, le truchement d'autrui. Mais il existe différentes façons de concevoir ce rapport entre lui et moi. Pour Lévinas, le face à face, la relation interhumaine est fondatrice de l'éthique. Autrui m'apparaît dans son "visage", et dès que je le vois, je ressens l'interdit de le violenter, de le tuer. Or cet interdit est difficile à respecter parce que nous sommes habitués à considérer autrui comme un objet, une chose. Dès lors, l'alternative est simple : soit nous cherchons à dominer autrui, soit nous nous mettons à son service, nous nous effaçons devant lui. Cette deuxième option est caractéristique de l'éthique lévinassienne : le"je" dépend de l'autre et obéit à un modèle vertical, autrui doit être placé au-dessus de moi.
On peut essayer de rechercher un modèle plus horizontal, plus égalitaire de relations avec l'autre. Le concept d'empathie va dans ce sens. Traditionnellement, l'empathie désigne la capacité de "se mettre à la place de l'autre", de comprendre ce qu'il ressent, de s'identifier à lui dans ses joies et dans ses peines. Mais il ne faut pas en faire une solution miracle dans le développement de nos conduites morales. Si l'être humain était universellement bon, soucieux de partager les affects de ses semblables, nous n'aurions pas besoin de transmettre les idées de bien et de mal, ce que nous faisons pourtant avec raison!
...La vie bonne n'est pas celle qui se conforme à l'idée générale du bien; c'est la vie qui nous est permise par la générosité d'autrui. Dans notre relation toujours singulière, c'est lui, autrui, qui m'apprend le bien et c'est grâce à lui que je peux devenir quelqu'un de bien. ressentir le désir et surtout la capacité de rendre la pareille, de rendre à mon tour le bien que l'on m'a fait.

Extrait de l'article de F.Worms - Nous sommes des animaux empathiques- Dossier le bien et le mal, ça s'apprend?- Philosophie magazine fév 2016

Published by Ritournelle - - Un peu de culture

commentaires

GINA 10/02/2016 15:17

Comme disait mon grand-père, à propos de tout : une sentence d'auguste comte
TOUT EST RELATIF ET CELA SEUL EST ABSOLU

Ritournelle 10/02/2016 17:43

Ton grand-père était un sage!

Dominique Bouvet 08/02/2016 14:52

Bonjour, Intéressant à lire. Mais, bien, mal, ce sont des notions tellement personnelle et subjectives. La preuve, il dit " celui qui me veut du mal, je le hais. "
Pas certain de ça, moi.. M'est avis qu'un masochiste ne pense pas comme ça...

Ritournelle 08/02/2016 18:47

Tu as raison, et c'est vrai que dans les relations amoureuses, on peut aimer et détester en même temps, donc il y a beaucoup de masos!

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