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Le blog de Ritournelle

Personnellement, j'ai toujours éprouvé quelques réticences vis à vis de la théorie que développe Freud au sujet des pulsions et de leur possible sublimation. Selon Freud, il existerait une quantité d'énergie pulsionnelle donnée, que l'on peut dépenser dans la vie érotique, mais aussi dans les activités intellectuelles supérieures. C'est ainsi qu'il présente les choses dans ses Leçons d'introduction à la psychanalyse : "Nous croyons que la culture a été créée sous la poussée des nécessités vitales et aux dépens de la satisfaction des instincts. Parmi les forces instinctives ainsi refoulées, les émotions sexuelles jouent un rôle considérable, elles subissent une sublimation, c'est à dire qu'elles sont détournées de leur but sexuel et orientées vers des buts socialement supérieurs et qui n'ont rien de sexuel."
Freud a prononcé ces mots il y a un siècle en 1915. A l'époque, il choquait ses auditeurs car il assignait une possible origine sexuelle à l'art et à la culture. Ce qui me gêne dans cette affirmation, c'est qu'il trahit une mentalité de petit épargnant boursicoteur du dimanche : tout se passe comme si chacun de nous déclarait un capital un capital libidinal donné une fois pour toutes, à la manière d'un héritage physiologique et comme s'il était possible de l'investir dans le plaisir ou dans l'art, mais pas dans les deux à la fois. D'où les frustrations et déséquilibres inévitables.
Le matérialisme de La Mettrie qui remonte au 18è siècle propose une vision des choses nettement plus dynamique. Pour Freud, le désir est un fleuve que vous pouvez détourner de la basse terre de l'appétit sexuel pour l'orienter vers le champ du sublime. Mais il est possible que la bonne image hydraulique soit plutôt celle de la confluence. Comme l'écrit Ma Mettrie, on a d'autant plus d'énergie pour lire, écrire, créer et surtout philosopher qu'on vient de faire l'amour. Lorsque notre désir de penser est rassasié, rien ne soulage mieux la tension et la fatigue de l'esprit que de faire l'amour à nouveau. Au-delà de la provocation, l'idée est que le désir n'est pas un stock. Inutile de se demander comment il sera dépensé ou perdu. Au contraire, les désirs s'entretiennent et se suscitent mutuellement. Le désir ne répond pas à la logique soustractive mais cumulative.

Extrait de L'addition plutôt que la soustraction - Alexandre Lacroix - Philosophie magazine n° mars 2016

Published by Ritournelle - - Un peu de culture

commentaires

Dominique Bouvet 15/03/2016 08:11

" Le désir ne répond pas à la logique soustractive mais cumulative."
Je crois moi que le désir comme l'Amour ne répond à aucune logique. Si ce n'est que c'est Vie

Ritournelle 15/03/2016 11:45

Je le crois aussi; en fonction de l'âge et des événements de la vie, il change et il faut le laisser aller à sa guise car on ne le maîtrise pas.

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Mes photos, mes coups de coeur en littérature et au ciné, les auteurs et artistes que j'admire,mes productions personnelles et une pincée d'humour...

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