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Le blog de Ritournelle

Avec Facebook, Instagram ou Twitter, l'exposition de soi a décollé, atteignant des sommets de narcissisme parfois délirants. Pour les uns, il s'agit simplement de communiquer en se mettant en valeur, tandis que les autres y voient une passion de l'auto-promotion mâtinée de compétition.La différence de point de vue pousse à s'interroger sur ce qui distingue la mise en valeur de soi et la vantardise.
Entre ceux qui se vantent et ceux qui se mettent en valeur, la ligne de partage peut être ténue, voire floue, elle est pourtant bien réelle. Selon la psychanalyste I. Korolitski , « la différence tient à la construction narcissique du sujet. Se mettre en valeur demande d'avoir suffisamment confiance en soi et de connaissance de soi pour s'appuyer sur ses points forts tout en étant conscient de ses manques ou ses défauts, mais sans être freinés par eux. A contrario, se vanter témoigne d'une faille narcissique : c'est bien parce que l'on doute de sa valeur intrinsèque que l'on cherche la reconnaissance de l'autre en essayant de l'épater. »
Pour le vantard, sa propre valeur n'est jamais acquise une fois pour toutes, elle fluctue au gré des courants intérieurs et des interlocuteurs. Face à une personnalité brillante, il devient agressif ou démuni, tandis que celui dont la confiance en soi est plus solide, se nourrira de l'échange ou, a minima, se contentera d'admirer. Entre les deux, l'abîme qui sépare le regard soutenant, valorisant et individualisant d'un parent de celui, distrait, déçu ou trop exigeant et conditionnel qui donne à l'enfant la certitude qu'il ne sera jamais assez bien pour lui ou qu'il le sera à certaines conditions, les siennes. Aussi, le vantard, même lorsqu'il est convaincu de sa supériorité, a toujours en lui l'attente un peu désespérée d'allumer ou de rallumer le désir, le plaisir dans les yeux de ses parents. Des parents qui, au fil du temps, sont remplacés par un patron, un conjoint, un ami...
Malheureusement pour lui, l'effet qu'il souhaite, plus ou moins consciemment, est rarement celui qu'il obtient. Etalage de connaissances, récits triomphants de succès et de victoires, réparties cassantes pour dominer, lui renvoient rarement ce qu'il recherche vraiment. Il peut intimider, rendre envieux, épater parfois, il ne suscitera pas la reconnaissance chaleureuse, l'admiration spontanée et positive qui lui donneront l'impression d'être à la fois aimé et estimé. "Plus le besoin de montrer sa valeur est grand, moins la conviction d'en avoir est grande. "
Rien de tel chez ceux qui savent se mettre en valeur sans écraser ni tirer la couverture à eux : Ceux-là ont conscience de leurs limites et de leurs carences. Séduire, c'est retenir l'attention de son interlocuteur, provoquer son intérêt ou son désir, lui procurer du plaisir. On voit bien la différence majeure entre celui qui se vante pour se plaire à lui-même et celui qui se met en valeur pour rencontrer l'autre. Dans le second cas, tout est affaire d'altérité. Choisir ses mots, améliorer son apparence, peaufiner son style sont autant de manières de dire à l'autre qu'il est intéressant pour nous, puisque l'on fait des efforts pour capter son regard, arrêter son attention et créer une relation avec lui.
Une fois la ligne de partage déterminée, reste une question essentielle : peut-on passer de l'auto-promotion à la mise en valeur de soi sans forcément passer par une thérapie ? Même si il vaut mieux s'atteler à la tâche avec un professionnel, le premier conseil, basique mais incontournable, selon I.Korolitski, serait de revenir à ce que l'on est, à son humaine condition d'être incomplet, imparfait, forcément lacunaire et bancal. De sortir du système binaire du tout ou rien : tout intéressant ou tout nul. De reconnaître ses qualités, ses lignes de force en les nommant, en les illustrant d'exemples ; puis de faire même avec ses défauts, ses lignes de faiblesse ; et enfin d'embrasser les deux dans le même mouvement, en se disant : je suis tout cela. Côté ombre et côté lumière . Un autre appui : l'écoute. Au lieu de prendre la parole en force ou en majesté, écouter attentivement l'autre, pas seulement ses idées mais ses émotions, puis prendre le temps de la réflexion pour poser des mots en lien, pour créer de l'échange et sortir enfin du monologue. Il n'est pas interdit non plus de s'interroger sur son histoire, sur ce qui a fait que l'on peut se sentir défaillant, décevant ou transparent. Et comme ultime garde-fou, nous pouvons toujours nous réciter ce vers d'Esope tiré de la fable Le lion et l'âne chassant de compagnie : «  Les gens qui se vantent devant ceux qui les connaissent prêtent justement à la moquerie. »

Extrait de l'article : Se mettre en valeur n'est pas faire son auto-promotion. F.Mazelin Salvi- Philosophie magazine n° oct.2016

Published by Ritournelle - - Un peu de culture

commentaires

gina 22/10/2016 18:19

Tout à fait vrai Ritournelle cet article est édifiant.

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Mes photos, mes coups de coeur en littérature et au ciné, les auteurs et artistes que j'admire,mes productions personnelles et une pincée d'humour...

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