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Le blog de Ritournelle

Démocratie est le nom d'un problème, davantage que d'une solution. Construit avec les mots grecs demos, "peuple", et "kratos", pouvoir, le terme formule une exigence assez simple : donner le pouvoir au peuple. Cependant, la démocratie n'est pas, à proprement parler, un régime politique. Dans une monarchie, une seule personne exerce le pouvoir. Dans une aristocratie ou une oligarchie, les "grands" gèrent les affaires...Mais une démocratie, c'est censé fonctionner comment? Confier le pouvoir à un peuple, est-ce tenable? Même à la plus petite échelle de la communauté politique, la famille, cet idéal semble difficile à mettre en oeuvre : imaginez une famille où toutes les décisions (vacances, déménagement, budget) seraient prises en commun . Certains débats ne s'éterniseraient-ils pas?Comment trancher? Au-delà, est-il possible de transposer la même logique à l'échelle d'une nation et de faire en sorte que des milliers d'êtres humains s'autogouvernent librement, sans qu'aucun ne prenne l'ascendant sur les autres?
"A prendre le terme dans la rigueur de l'acception, il n'a jamais existé de véritable démocratie, et il n'en existera jamais. "
Ce constat n'est pas émis par un conservateur de droite, mais par Jean-Jacques Rousseau, dans l'un des essais qui entend donner le plus d'étendue à la souveraineté populaire, le Contrat social. " On ne peut imaginer que le peuple reste incessamment assemblé pour vaquer aux affaires publiques, et l'on voit aisément qu'il ne saurait établir pour cela des commissions sans que la forme de l'administration change."
Autrement dit, la pratique consiste à trouver de niveaux intermédiaires, des "commissions", donc à doter l'édifice du pouvoir d'étages, sans quoi une collectivité est ingouvernable.
Il reste que la difficulté ne devrait pas conduire à l'abandon pur et simple de l'aspiration démocratique. Si la démocratie n'est pas en elle-même un régime, elle n'en reste pas moins une exigence qui vient s'appliquer de l'extérieur à toute forme de gouvernement et d'administration. Un régime se montre démocratique lorsqu'il prend au sérieux cette exigence, qu'il la considère comme fondatrice, essentielle. Accorder à chacun le maximum de liberté, faire en sorte que tous soient traités de façon égale: voilà les principes minimaux. Avec ces prémices, la démocratie, c'est toujours un peu de bricolage! Il suffit pour s'en convaincre, de jeter un coup d'oeil à l'histoire :
La démocratie athénienne:
Si la démocratie athénienne suscite bien des fantasmes, elle était compatible avec l'esclavage et une inégalité foncière entre les hommes et les femmes.
La démocratie représentative :
Si le tirage au sort est au coeur du premier grand bricolage démocratique, c'est l'élection des représentants qui fonde la démocratie moderne.Avec le recul, nous savons que la démocratie représentative n'est pas la panacée. Ce système a permis à une classe de politiciens de métier d'accaparer le pouvoir, en fermant l'accès aux responsabilités, par les grandes écoles d'abord, puis par l'organisation interne des partis politiques et enfin , par la collusion des mass media. Au-delà de l'impression de déjà-vu, les partis politiques ne ressemblent pas à des organismes délibératifs servant à sélectionner les meilleurs projets pour la nation, mais à des appareils de conquête, dont les chefs s'acharnent à conserver le contrôle. Par conséquent, la démocratie ne saurait se réduire à l'organisation d'élections au suffrage universel.Pour qu'il y ait démocratie, il faut autre chose. Mais quoi? Un certain état social. Tocqueville remarque que "l'état social des Américains est éminemment démocratique". La cause en est simple : une grand égalité régnait entre tous les migrants venus s'établir sur les rivages de la Nouvelle-Angleterre. Le germe de l'aristocratie ne s'est jamais implanté. Les migrants ont recommencé presque à zéro. Les biens qu'ils ont amassés, ils les ont obtenus à force de travail. Pendant ce temps-là, au sud de l'Hudson, les vastes exploitations esclavagistes ont eu tendance à reproduire le modèle aristocratique européen, préparant la guerre de Sécession.
Et aujourd'hui?
Tout cela nous arme pour analyser la situation française actuelle. D'une part, les citoyens ne se sentent plus représentés par les élus, il y a rupture et incompréhension entre le peuple et les élites. D'autre part, la société civile est loin d'être dupe et passive, le mécontentement gronde, tandis que les initiatives fleurissent. Et si la démocratie, c'était cela : cette possibilité pour le citoyen de participer vraiment à la politique?

A.Lacroix - Extrait de l'article La démocratie, ça devrait être quoi? - Philosophie magazine n°nov. 2016

 

 

Published by Ritournelle - - Un peu de culture

commentaires

gina 16/12/2016 12:24

la nouvelle société est en marche, lente,mais en marche.

Ritournelle 16/12/2016 20:27

On espère!

cathy 13/12/2016 09:23

Billet intéressant..tout à fait d'actualité..!!!
Bonne journée

Ritournelle 13/12/2016 19:22

Oui, on est dans un époque de manque de repères, où beaucoup de choses sont à réinventer. Merci Cathy pour la visite!

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Mes photos, mes coups de coeur en littérature et au ciné, les auteurs et artistes que j'admire,mes productions personnelles et une pincée d'humour...

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