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Le blog de Ritournelle

Le constat est sans équivoque : le parti socialiste finit le quinquennat en très mauvaise posture. Le président F.Hollande a battu des records d'impopularité et le futur vainqueur de la primaire socialiste a peu de chances de se retrouver au second tour de l'élection présidentielle.
Mais ce glissement politique s'accompagne d'un changement plus profond, qui touche aux valeurs mêmes de notre civilisation. Les idéaux de partage, d'égalité, de solidarité, d'hospitalité, portés notamment par la tradition socialiste, mais aussi par l'Etat providence, sont en net repli.
Au chevet de la gauche malade, deux diagnostics contradictoires s'affrontent :
La gauche souffre-t-elle d'avoir trahi la cause du peuple? D'avoir choisi de défendre les désirs de la bourgeoisie bohême plutôt que la dignité des plus modestes?
Ou bien souffre-t-elle de ne pas avoir su adapter ses principes à la nouvelle donne de la liberté individuelle, de la révolution technologique ou des enjeux écologiques?
En somme : pas assez proche du peuple ou pas assez moderne , la gauche?

Cinq grandes notions ont structuré le logiciel de la gauche depuis deux siècles :
-l'idée de progrès social, soit une vision de l'avenir qui permet d'agir dans le présent :
-l'idée de "commun", soit le projet d'une redistribution à l'intérieur d'un collectif auquel on peut s'identifier
- l'idée d'égalité entendue comme un droit et comme une promesse sociale, assurée notamment par l'éducation
-l'idée utopique d'un autre monde où les rapports de domination et d'exploitation seraient dépassés
-enfin l'idée d'un peuple de gauche au sein duquel existe déjà la fraternité à venir.
Or toutes ces valeurs sont remises en question par le néolibéralisme où domine une conscience historique centrée sur le présent ou sur un avenir catastrophique, une vision de la société centrée sur l'individualisme, la compétition et le marché, une acceptation tacite des inégalités, une ouverture des peuples et des nations sur le réseau mondial.
Pour survivre, la gauche n'a donc d'autre choix que celui de se réinventer. Et pour ce fait, elle gagnerait à revenir à ses origines. Quand il forge le mot "socialisme", Pierre Leroux hésite. En 1834, il y voit d'abord un danger : "le socialisme absolu n'est pas moins abominable ni moins absurde que l'individualisme.Et puis, quelques années plus tard, il le conçoit comme un espoir.
"Nous sommes socialistes", écrit-il en 1843, si l'on veut entendre par socialisme la doctrine qui ne sacrifie aucun des termes de la formule "liberté, égalité, fraternité, unité", mais qui les conciliera tous.
Nous sommes revenus en 1845, à ce moment où la gauche est un chantier utopique au milieu duquel se côtoient des libertaires, des humanitaires qui veulent abolir toute distinction de classe, des solidaristes qui ne jurent que par la mutualité, des organisateurs en quête d'un pouvoir ouvrier. Comme le souligne le philosophe Halévy, dans son Histoire du socialisme européen, le socialisme recouvrait alors deux orientations bien différentes. Du côté des utopistes d'abord; qui attendent une société nouvelle mais qui se méfient de toutes les autorités, y compris de celle de l'Etat, vient l'idée que par le libre essaimage d'associations coopératives, on peut arriver sans le secours de l'Etat, en révolte contre l'Etat, à constituer un nouveau monde économique et moral. Du côté des organisateurs en quête d'une réponse à la révolution industrielle, ensuite s'affirme l'idée qu'il est possible de remplacer la libre initiative des individus par l'action concertée de la collectivité dans la production et la répartition des richesses.
Deux siècles plus tard, alors qu'une nouvelle révolution industrielle a fait éclater les repères, la gauche est revenue à ce carrefour entre transformation volontariste de la société grâce à un Etat fort et libération des énergies qu'elle recèle grâce au principe d'association volontaire. Elle ne doit pas sacrifier l'une à l'autre, mais retrouver le moyen de les articuler, de les conjuguer. Tout un chantier!
Martin Legros -Extrait du dossier De quoi la gauche est-elle malade? Philosophie magazine n° fév.2017

 

 

Published by Ritournelle -

commentaires

cathy 31/01/2017 18:14

Intéressant cet article...Oui la gauche française actuelle est dans un drôle d'état....une remise en question s'impose ..c'est sûr...et cela ne va pas se faire du jour au lendemain..!!!
Nous vivons dans un nouveau monde depuis plusieurs années..un monde imprévisible...difficile..très technologique.....pas évident pour personne....le monde bouge à une vitesse grand V...
il faut s'adapter...avancer..les mentalités changent..
la nouvelle génération est porteuse d'espoir..de renouveau...nous sommes libres et chanceux de vivre dans une démocratie..ce qui n'est pas le cas pour tout le monde..!!! et la France est un pays encore ou il fait bon de vivre...!!!!!....

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Mes photos, mes coups de coeur en littérature et au ciné, les auteurs et artistes que j'admire,mes productions personnelles et une pincée d'humour...

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