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Le blog de Ritournelle
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L'incroyable histoire du facteur Cheval

L'incroyable histoire du facteur Cheval

L'incroyable histoire du facteur Cheval

Quelle merveilleuse idée a eu Niels Tavernier d'adapter au cinéma la biographie de ce personnage hors norme, peu doué pour les contacts humains, mais guidé par un élan créatif qui l'a mené à laisser sa trace dans l'Histoire de l'art !
Né en 1836 dans une famille rurale humble de la Drôme, Joseph-Ferdinand Cheval devient boulanger après son certificat d'études. A la mort de son premier fils, il devient ouvrier agricole puis facteur.
Le scénario du film commence à partir de ce moment ; sa tournée lui fait parcourir 33km à pied quotidiennement, dans la campagne verdoyante qu'il observe attentivement. Après le travail, il se prend à rêver en feuilletant les journaux dont les premières photos représentent des architectures de pays lointains. Son maigre salaire parvient tout juste à nourrir sa femme et son deuxième fils, Cyril. Sa femme décède assez vite de maladie , son fils est envoyé en pension; il ne le retrouvera  que bien plus tard. Il épouse en secondes noces la veuve Richaud qui a quelques biens immobiliers. En 1879, naît leur fille Alice. Alors que jusque là, Joseph-Ferdinand avouait "ne pas savoir s'y prendre" avec les enfants, il éprouve pour cette enfant une affection sans bornes qui se concrétise par la création de ce palais dont il entame la construction la même année, après avoir fait une chute sur une pierre :

« Un jour du mois d'avril en 1879, en faisant ma tournée de facteur rural, à un quart de lieue avant d'arriver à Tersanne, je marchais très vite lorsque mon pied accrocha quelque chose qui m'envoya rouler quelques mètres plus loin, je voulus en connaitre la cause. J'avais bâti dans un rêve un palais, un château ou des grottes, je ne peux pas bien vous l'exprimer… Je ne le disais à personne par crainte d'être tourné en ridicule et je me trouvais ridicule moi-même. Voilà qu'au bout de quinze ans, au moment où j'avais à peu près oublié mon rêve, que je n'y pensais le moins du monde, c'est mon pied qui me le fait rappeler. Mon pied avait accroché une pierre qui faillit me faire tomber. J'ai voulu savoir ce que c'était… C'était une pierre de forme si bizarre que je l'ai mise dans ma poche pour l'admirer à mon aise. Le lendemain, je suis repassé au même endroit . J'en ai encore trouvé de plus belles, je les ai rassemblées sur place et j'en suis resté ravi… C'est une pierre molasse travaillée par les eaux et endurcie par la force des temps. Elle devient aussi dure que les cailloux. Elle représente une sculpture aussi bizarre qu'il est impossible à l'homme de l'imiter, elle représente toute espèce d'animaux, toute espèce de caricatures.
Je me suis dit : puisque la Nature veut faire la sculpture, moi je ferai la maçonnerie et l'architecture. »

Il mettra 33 ans à terminer le palais, que sa fille, morte à 15 ans, ne verra pas dans sa totalité. Très affecté par ce décès, il perd ensuite sa compagne et construit son propre tombeau au cimetière, de 1914 à 1922, ne pouvant être inhumé dans son palais, selon son souhait.
Dans les dernières années de sa vie, il connaît la consécration locale, puis internationale, grâce à cette oeuvre complètement décalée pour l'époque.
Son fils Cyril, très fier de ce père qu'il a peu côtoyé, prénomme sa deuxième fille Alice, en souvenir de cette demi-soeur trop tôt décédée.
Le facteur Cheval décède à l'âge de 88 ans. Son oeuvre est classée au titre des Monuments historiques depuis 1969, grâce à André Malraux.
Ce film est un condensé de beauté et d'émotion. Niels Tavernier a su capter en toute saison ce que le paysage de la Drôme a de magnifique, avec ses essences méditerranéennes, ou dans le lointain ses cimes enneigées, de grands panoramas sublimés par la lumière. De plus, l'atmosphère de l'époque est bien rendue dans la simplicité de la vie, les gestes quotidiens, la souffrance causée par la maladie fréquente et le deuil. Et que dire du facteur Cheval? Ce grand taiseux, mal à l'aise dans sa relation à l'autre, a des trésors d'amour à offrir qu'il exprime dans la construction de ce Palais idéal pour sa fille Alice. Jacques Gamblin en fait une composition bouleversante; il sait souligner les moindres variations de ses émotions, en faire un être totalement habité par son art, s'est approprié le physique et l'intériorité de ce personnage singulier avec une maestria étonnante :

"En perdant quelques kilos, avec une heure trente de maquillage quotidien (visage et mains comprises), il a réussi à ressembler tellement à Joseph Ferdinand Cheval que, dans le film, certains ne l’ont pas reconnu tout de suite. Il s’est approprié ce rôle d’une manière hallucinante. En amont du tournage, il a énormément travaillé. Il a appris les textures des pierres et le maniement des instruments des maçons en répétant leurs gestes pendant des heures. Il est allé au-delà de la précision que demandait le film, tout en faisant évoluer son personnage sur un demi-siècle. Son travail est celui d’un orfèvre. Il nous a stupéfiés !" Niels Tavernier

Laetitia Casta est une Philomène très crédible, femme fidèle qui a supporté les sautes d'humeur, les délires du facteur tout en le soutenant jusqu'à sa mort, en dépit de l'hostilité de certains qui le tenaient pour fou.
Après avoir vu le film, il ne reste plus qu'à aller à Hauterives, voir de près cette oeuvre incroyable, née de l'imagination d'un être touchant , qui a inspiré d'autres artistes, notamment Tinguely, Nicky de St Phalle, Hundertwasseur et beaucoup d'autres.
 

L'incroyable histoire du facteur Cheval
L'incroyable histoire du facteur Cheval
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