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Le blog de Ritournelle
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Hôtel silence - Auður Ava Olafsdðttir

Hôtel silence - Auður Ava Olafsdðttir

Après l’atmosphère bouillonnante et colorée de Naples dans La vie mensongère des adultes, le contraste avec la sobriété islandaise de ce roman est saisissant.
Et pour cause, il met en scène un homme de 48 ans, Jonas Ebeneser , divorcé de sa femme Gudrun avec laquelle il a élevé Nymphéa ; mais Nymphéa n’est pas la fille de Jonas . Lorsqu’il apprend cette nouvelle coup de poing, Jonas voit disparaître toute envie de vivre, d’autant que sa vieille mère n’a plus toute sa raison. Nymphéa est maintenant adulte, elle aussi a quitté le nid familial. La solitude pèse trop à Jonas , mais il ne veut pas que Nymphéa découvre son corps sans vie, aussi décide-t-il de partir pour aller finir ses jours ailleurs.
Après s’être fait tatouer un nymphéa à la place du coeur , il trouve sur internet une destination à sa convenance, prend l'avion avec pour bagages sa caisse à outils , un sac à dos contenant le strict nécessaire, et son journal de jeunesse.
Son choix s’est porté sur un pays qui sort tout juste de la guerre. A son arrivée à l’aéroport, il se fait conduire en taxi à l’hôtel Silence dont la propriétaire est partie en exil. C’est sa nièce May qui le gère avec l’aide de son frère Fifi . Tous deux sont intrigués par la présence de Jonas dans ce pays dévasté, où tout est à reconstruire. Ils se méfient des touristes à la recherche de trésors artistiques enfouis dans les ruines, et Jonas sait que cet hôtel possède de magnifiques mosaïques, ainsi que des thermes anciens dans ses sous-sols.
May , veuve de guerre, élève seule son petit garçon Adam, fortement traumatisé par les horreurs de la guerre. Devant l’ampleur du travail pour rendre l’hôtel accessible à un nombre suffisant de clients, elle demande à Jonas d’effectuer des petites réparations dans les sanitaires.
Une ancienne actrice et un homme en quête de plans lucratifs sont les seuls autres occupants de l’hôtel. Entre tous ces personnages se nouent des liens qui font que progressivement, l’idée de suicide s’éloigne de l’esprit de Jonas ; il est amené à effectuer différents travaux dans la ville, notamment pour un immeuble de femmes seules, ce qui n’est pas très bien perçu par la population masculine.
Dans son esprit se mêlent passé et présent, nostalgie des liens perdus, images de bonheur enfui, réminiscences de l'enfance, mais aussi de nouvelles sollicitations , qui lui confirment le sentiment d’être utile.
Après un début très sombre, Ava Ólafsdóttir nous entraîne progressivement vers la renaissance d’un homme confronté à d‘autres douleurs que les siennes, qui retrouve l’envie de côtoyer les autres, de les aider. Cette réparation passe par la douceur, la poésie, la fraternité.

« Je ne peux pas dire à cette jeune femme qui ne possède rien d’autre que la vie, que je suis perdu ? Ou que la vie a pris un tour différent auquel je ne m’attendais pas ? Mais si je disais : je suis comme tout le monde, j’aime , je pleure et je souffre, il est probable qu’elle me comprendrait et qu’elle me réponde : Je vois ce que vous voulez dire. »