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Le blog de Ritournelle

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Pourquoi avons-nous besoin de reconnaissance?

Parce que nous savons que nous allons mourir ? Nous aurions en conséquence ce besoin de voir notre valeur reconnue avant l’échéance fatidique, pour qu’elle puisse nous survivre…
On trouve en tout cas chez Hegel cette articulation entre la conscience de notre mortalité et le désir de reconnaissance, qui est le plus impérieux de nos désirs. Il s’agit pour l’auteur de la Phénoménologie de l’esprit d’une reconnaissance objective : elle passe par des actions, des œuvres, sur lesquelles se pose le regard des autres. Ce désir de reconnaissance nous pousse à travailler, à rencontrer les autres.
Il faut distinguer cette reconnaissance objective de la reconnaissance tout court à laquelle chacun, aujourd’hui, semble vouloir prétendre.
D’après Hegel, la reconnaissance objective est la reconnaissance de ce que j’ai fait.
La reconnaissance tout court est la reconnaissance de ce que je suis, indépendamment de ce que j’ai fait.
Les deux peuvent être légitimes. Un enfant non reconnu par son père et qui désire l’être veut être reconnu pour ce qu’il est. Un romancier cherchant la reconnaissance de ses pairs ou des lecteurs veut être reconnu pour la façon dont il a donné une forme objective à son intériorité. Notons au passage que le besoin de reconnaissance de cet écrivain se manifestera moins dans les moments d’intense créativité que dans ceux qui précèdent, ou suivent, ce pic de créativité.
Nous cherchons donc d’autant plus la reconnaissance que quelque chose nous manque, que nous ne sommes pas pleinement à ce que nous faisons. Habité par la joie du créateur, l’écrivain est moins soucieux de reconnaissance… Mais lorsque cette joie vient à le quitter, il recherche dans cette reconnaissance une compensation.
« On tient à l’éloge et aux honneurs, écrit ainsi Bergson, dans l’exacte mesure où l’on n’est pas sûr d’avoir réussi. » Ceci est vrai de toutes les activités humaines : elles nous offrent parfois une telle plénitude d’existence que nous ne pensons plus au regard des autres. L’artisan en train d’accomplir sa tâche à la perfection, les amants ayant l’impression de n’avoir jamais aussi bien fait l’amour ne songent pas une seule seconde à la reconnaissance. Mais quand la vie, soudainement moins intense, se retire un peu, alors ils sentent de nouveau ce besoin d’être reconnus. Ils se rappellent qu’ils ne sont pas éternels et ont de nouveau besoin d’une compensation – d’une consolation ?
C. Pépin - Pourquoi cherchons-nous autant la reconnaissance ? Philosophie magazine n°nov.2020