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Le blog de Ritournelle
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Betty - Tiffany Mc Daniel

Betty - Tiffany Mc Daniel

Tiffany Mc Daniel est une jeune écrivaine de 35 ans qui vit dans l’Ohio, où elle est née . Ce deuxième roman porte le nom de sa mère , Betty, dont l’histoire singulière mérite l’hommage qu’elle lui rend à travers ce texte dense , fort et poétique.

« Ce livre est à la fois une danse, un chant et un éclat de lune, mais par-dessus tout, l’histoire qu’il raconte est, et restera à jamais, celle de la Petite Indienne ».
Betty est à la fois l’héroïne et la narratrice du récit. Métisse née en 1954 d’un père cherokee et d’une mère blanche, elle vit avec ses 5 frères et sœurs dans une bourgade de l’Ohio où la famille s’installe après avoir circulé de ville en ville, en tentant de fuir les préjugés raciaux à l’encontre du père, Landon Carpenter . La maison où ils s’installent est soi-disant maudite, peu importe, ils vont en faire leur domaine en pleine nature, près de la forêt et de la rivière. Car ce père cherokee , fier de ses origines, s’est donné la mission de transmettre à sa fille préférée, la seule qui lui ressemble, l’héritage de ses ancêtres : l’amour et le respect de la terre, et tout ce qu’il sait puiser dans cette nature sauvage pour guérir tous les maux, y compris ceux de l’âme. Il sait aussi que les légendes sont le plus grand des pouvoirs, celui de rendre la réalité plus belle, plus supportable. « Non seulement papa avait besoin que l’on croit à ses histoires, mais nous avions tout autant besoin d’y croire aussi… Nous nous raccrochions comme des forcenées à l’espoir que la vie ne se limitait pas à la simple réalité autour de nous.
Côté maternel, l’héritage est beaucoup plus pesant : la fragile Alka Lark porte depuis l’enfance la malédiction d’être née femme, une malédiction que Betty va découvrir aussi chez ses sœurs : «  Devenir femme, c’est affronter le couteau. C’est apprendre à supporter le tranchant de la lame et les blessures. Apprendre à saigner. Et malgré les cicatrices, faire en sorte de rester belle et d’avoir les genoux assez solides pour passer la serpillière dans la cuisine tous les samedis. Ou bien on se perd, ou bien on se trouve. »
Alors, pour affronter la noirceur des secrets, tout comme l’humiliation d’être différente par la couleur de sa peau et son statut familial marginal qu'on lui fait ressentir dans le voisinage, y compris à l'école, Betty confie sa peine à des petits bouts de papier qu’elle enferme dans des bocaux cachés sous terre autour de la maison, dans son « bout du monde » . Ils retraceront un jour son histoire. A huit ans, elle perd son innocence et sait déjà que les mots réparent des aléas de la vie.
Betty et son père Landon sont les personnages lumineux de ce roman dérangeant. Sachant occulter la noirceur
de la violence, les non-dits, les drames familiaux, la culpabilité, ils se ressourcent dans la beauté de la nature et des mots.
Betty est la mémoire de la famille, en grandissant, elle en devient le socle, la pièce maîtresse.
Un roman tout en contrastes, où la violence alterne avec la poésie, qui met en scène
des personnages forts, héritiers d’un lourd passé . Hommage vibrant à une mère et à travers elle, à toutes les femmes, hommage à la nature, au pouvoir de l’imaginaire :

"Nous nous raccrochions comme des forcenées à l’espoir que la vie ne se limitait pas à la simple réalité autour de nous. Alors seulement pouvions-nous prétendre à une destinée autre que celle à laquelle nous nous sentions condamnées. »

« 
Plus que des tortues et des cartes, j’aurais aimé qu’avec son couteau Papa nous taille assez d’argent pour qu’on puisse s’acheter un passé débarrassé de toute brutalité. »