Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Ritournelle
Le blog de Ritournelle
Menu
Un mois à Sienne - Hischam Matar

Un mois à Sienne - Hischam Matar

Hischam Matar est un écrivain d'origine libyenne, né à New York en 1970. Après avoir vécu à Tripoli et au Caire, il s'installe à Londres où il a pour habitude de fréquenter la National Gallery. A 19 ans, il est attiré par l'école siennoise dont les tableaux, qu'il situe entre les primitifs et la Renaissance, exercent sur lui une réelle fascination de part leur symbolisme. C'est à ce moment que son père, exilé au Caire, est kidnappé, puis enfermé dans les prisons de Kadhafi; depuis, il n'y a aucune trace de lui (cet événement a fait l'objet d'un livre publié par l'auteur : La terre qui les sépare, plusieurs fois primé ).
Après avoir vainement cherché son père puis écrit ce livre pour lequel il est revenu en Libye, Hischam Matar a éprouvé le besoin de faire un voyage en Toscane pour, à la fois faire le deuil de son père, et contempler à loisir ces oeuvres qui ne sont jamais sorties de sa mémoire.
Il parcourt les rues pavées de Sienne bordées de magnifiques palazzi, se retrouve sur la célèbre piazza del Campo, fréquente assidûment la pinacothèque où il admire les tableaux de Lorenzetti, Duccio, fait quelques rencontres de personnes qui lui permettent de mieux ressentir l'atmosphère de la ville, son passé, ses coutumes. Tout est prétexte à réflexion, à méditation sur les liens avec autrui, sur la mort, sur la portée de l'art dans la vie de chacun. Car il faut du temps pour appréhender une oeuvre, en saisir ses répercussions sur notre psychisme.
"Examiner une oeuvre, c'est surprendre une des plus passionnantes discussions de l'histoire de l'art : celle qui cherche à définir ce que peut être un tableau, sa raison d'être, ce qu'il peut accomplir à l'intérieur du drame intime se jouant dans la relation unique qu'il noue avec l'inconnu devant lui."
Cette constatation ne s'applique pas seulement à la peinture , mais aussi à l'architecture : "Les bâtiments que nous rencontrons, comme les personnes,  peuvent réveiller des passions jusque là en sommeil. la plupart du temps, nous n'avons même pas conscience de ces ajustements."
La fresque permet aussi de décrypter les sens profond de la politique : " C'est comme si la fresque défendait l'idée que ce que les détracteurs de la démocratie lui reprochent habituellement - une confiance exagérée en la nature humaine pourtant si variable, une foi excessive en la vie intérieure des individus, mystérieuse et tellement peu fiable quand il s'agit du bien commun - était précisément ce qui faisait sa force."
Ce livre , écrit avant l'actuelle pandémie, met aussi l'accent sur l'impact de la peste noire au 14ème siècle, qui changea l'art , la pensée et la philosophie. Selon l'historien tunisien Ibn Kaldoun, l'épidémie se manifesta en période de décadence des empires, elle les obligea à tout recréer et reconsidérer.
Voilà un roman érudit et sensible, à recommander à tous ceux qui aiment l'art et l'Italie, ils y trouveront des évocations chères à leurs souvenirs, ainsi qu'une incitation à mieux observer les ouvres d'art pour en tirer les plus grands bénéfices.