Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Ritournelle
Le blog de Ritournelle
Menu
Les flammes de pierre - Jean-Christophe Rufin

Les flammes de pierre - Jean-Christophe Rufin

Jean-Christophe Rufin voulait écrire depuis longtemps un livre sur la montagne, à laquelle il voue une passion, un univers qu’il a découvert enfant lorsque sa mère travaillait en Suisse. Mais si le souvenir est lié à l’émerveillement devant les hautes cimes, il ne va pas sans la peur, celle que peut susciter un orage ou tout ce qui peut mettre la vie de l’homme en danger, et qui donne du prix au plaisir de se trouver dans ce décor grandiose.
Parti escalader l’aiguille de la République, au-dessus de Chamonix, avec Sylvain Tesson, un guide et l’arrière petite-fille de Joseph Simond, le premier à s’être hissé à son sommet grâce à une arbalète (détail repris par le facétieux S.Tesson), l’écrivain et son groupe rencontrent un guide prénommé Rémy, dont le frère Julien est un grand alpiniste, contrairement à lui qui n’a vécu aucun exploit mémorable, si ce n’est qu’il est tombé amoureux d’une parisienne venue faire de la montagne, et qu’elle a bouleversé sa vie.
Voilà les éléments essentiels de la trame du roman  basés sur le vécu de cette relation : un couple et la montagne qui trace leurs trajectoires respectives.
Rémy est devenu guide un peu par hasard , il ne se lance pas de défis comme son frère qui recherche la difficulté dans ses ascensions. C’est un hédoniste pour qui le plaisir de la randonnée ou de l’escalade est primordial ; grâce à son charme, il séduit facilement les femmes venues s'initier au sport de montagne, jusqu’au jour où il croise Laure, une parisienne belle et énigmatique, qui travaille dans une banque d’affaires. Ils se revoient à plusieurs reprises, entament une relation qui devient de plus en plus intense au cours de leurs ascensions. Mais Rémy souffre de l’éloignement géographique de Laure, il souhaiterait sa présence au quotidien, alors il décide de la rejoindre à Paris sans l’avertir…
Le parcours long et difficile des deux protagonistes est indissociable de la montagne qui est à l’origine de leur rencontre et qui forge leur destin à leur insu. L’écrivain sait parfaitement analyser le sentiment amoureux, à travers deux personnages que tout oppose, chacun avec ses élans , ses doutes aussi, mais toujours animé d’une grande sincérité ; et c’est le lien si fort à la montagne qui les aide à se connaître, à se construire, à grandir.
Au-delà de cette fine analyse des personnages, il y a aussi des descriptions superbes de la haute montagne dans le décor majestueux du Mont Blanc, comme ces « flammes de pierre » au-dessus du refuge de la Charpoua près de la mer de glace, un environnement poétique dont la beauté n’exclut pas le sentiment du tragique lié au risque et rend les émotions plus intenses.
Romantisme, aventure, tension dramatique, réflexions philosophiques, font tout l’intérêt de ce roman sensible qui fera vibrer en particulier tous les amateurs de hautes cimes.
Il ne fait pas partie de cette littérature de montagne se limitant à des exploits sportifs, il est plus tourné vers l’humain, vers l’impact de la montagne dans la connaissance de soi et des autres.

Et il donne envie d’aller côtoyer les hautes cimes pour le bénéfice esthétique et plus profond qu’elles procurent.

"Rémy gardait les yeux fixés sur le lac couleur d'émeraude, traversé de zébrures d'ombre. De grandes nappes turquoise s'étalaient sur les eaux, reflets des nuages immobiles. Sur les rives, un liseré blanc suivait les replis de terre et formait l'équivalent lacustre du jusant marin. Il est des beautés qui étouffent et d'autres qui rendent la respiration plus ample."

« Elle se dit que la montagne lui apportait exactement tout ce dont la société avait prétendu la délivrer. Elle avait vécu dans un monde qui ne veut plus voir la mort, qui a la douleur en horreur, qui veut réduire l’effort à son maximum, un monde de confort et de protection qui fait des êtres qui le peuplent des victimes plutôt que des héros, des consommateurs plutôt que des créateurs, des esclaves plutôt que des souverains » .

"En montagne, il n'y a pas d'absolu qui ne soit construit sur l'évidence de l'éphémère, pas de conquête qui n'ait en même temps fait éprouver des limites, pas de bonheur qui ne trouve son relief dans la souffrance et dans la mort".