Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Ritournelle
Le blog de Ritournelle
Menu
Berlin requiem -  Xavier-Marie Bonnot

Berlin requiem - Xavier-Marie Bonnot

Xavier - Marie Bonnot est documentariste pour la télévision et le cinéma, et écrivain. Passionné d'Histoire, il était naturel qu'il se penche sur une période noire qui a marqué le 20ème siècle, celle du 3ème Reich, et plus particulièrement, sur son rapport avec l'art.  Le titre du livre signifie que les années 30 ont été catastrophiques pour Berlin qui était la capitale culturelle de l'Europe dans les années 10 et 20, car l'arrivée des nazis au pouvoir a chassé d'Allemagne les plus grands musiciens. Et l'on sait que ce régime accordait une grande importance à la musique, car la radio, qui diffusait des concerts, était un instrument de propagande.
En 1932, Wilhelm Furtwängler dirige l'orchestre philharmonique de Berlin, c'est un virtuose apprécié de tous. Bien qu'opposé aux idées d'Hitler, il décide de rester pour résister, alors que beaucoup de ses collègues fuient à l'étranger. Se pose alors la question : l'art peut-il se passer de la politique, est-il au-dessus de la morale ? N'y a-t-il pas dans le comportement du chef d'orchestre une preuve de collaboration ? Dans la partie fictionnelle du livre, l'écrivain ajoute à ces éléments historiques deux personnages : une cantatrice proche de Furtwängler et son fils, le petit Rodolphe, qui observe les événements avec l'innocence de l'enfance, fasciné par les uniformes des SS, sans comprendre le tragique de la situation. Il démontre déjà un talent pour la musique et il sait qu'il sera le prochain grand chef d'orchestre allemand. Sa détermination est telle qu'il passe outre l'absence de son père dont il ignore l'identité, et la déportation de sa mère qui perdra la raison dans les camps.
L'intérêt de ce roman est d'apporter un éclairage intéressant sur la personnalité de ce grand chef d'orchestre, dont le comportement a donné lieu à de multiples interrogations, et il nous interpelle sur le rapport de l'art et de la morale. 

"Rendre un peuple tout entier responsable des crimes commis dans les camps de concentration, c'est utiliser le schéma de pensée des nazis. Eux qui, pour la première fois, ont défini et appliqué la notion de responsabilité collective dans la question juive. Je n'ai jamais compris la responsabilité collective. L'antisémitisme m'est aussi incompréhensible que le nazisme.
A l'extérieur de notre pays, on n'a pas idée de l'aversion que ce système politique provoquait chez les hommes droits, en Allemagne, depuis longtemps déjà.
Je connais le national- socialisme réellement. Je sais ce dont ce système de violence et de terreur était capable. Et je sais combien le peuple allemand était en réalité loin de ce phénomène horrible, sorti de ses propres entrailles. Sinon, je ne serais pas resté en Allemagne. Le fait que je sois resté est la meilleure preuve qu'il y a une autre Allemagne.
"

Un livre intéressant et utile en cette période où les idéologies extrémistes séduisent encore beaucoup!