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Le blog de Ritournelle
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La fascination d'une bonne flambée

La fascination d'une bonne flambée

Les philosophes se penchent sur les raisons de cet attrait pour la cheminée, symbole d'hiver

La fascination d'une bonne flambée

- Pour se glorifier

Héraclite (550-480 av J.C)
Si nous aimons contempler le feu qui brûle dans une cheminée, c’est que nous éprouverions le sentiment d’y voir le principe de la naissance et de la mort de toute chose. Pour le penseur présocratique, le monde « est un feu toujours vivant qui s’allume avec mesure et qui s’éteint avec mesure ». Devant une flambée, c’est l’image même du cosmos que nous admirons. Et s’il est vrai qu’Héraclite aurait dit, en se chauffant devant le four d’un boulanger : « Ici aussi les dieux sont présents », alors allumer un feu, entretenir la braise, l’éteindre pour la rallumer le lendemain, n’est-ce pas se faire l’égal des dieux ?

 

-Par fascination

Jacob Böhme (1575-1624)
Cette pyrotechnie n’est pas sans risque. Le spectacle d’un feu d cheminée inspire aux illuminés, tel le théosophe germanique Jacob Böhme , alchimiste dialecticien, d’étonnantes spéculations. Attendant une première étincelle, l’obscur entre en lutte avec la lumière qui nie les ténèbres. Mais l’opération qui range le feu sous les lois de la lumière n’anéantit pas le fondement même du « feu magique »qui « brûle de ses propres sources » ; de même qu’il n’y a pas de fumée sans feu, il n’y a pas de feu sans bois inflammable, froid et sec. Pour l’auteur de « L’aurore naissante », c’est le combat dans l’âtre du « feu ardent » et du « feu glacé » qui fascine le regard.

 

-Pour se rapprocher

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Alors que la flamme effraie l’animal, elle attire l’homme si elle est apprivoisée. Dans son essai sur « L’origine des langues », Rousseau observe qu’ « on se rassemble autour d’un foyer commun».
En regardant le bois se consumer, on parle, on murmure, on se blottit les uns contre les autres pour jouir ensemble de la chaleur qui émane de l’âtre. Au coin du feu, l’homme se rapproche de son semblable. Pour Rousseau, ce qui brûle dans la cheminée, symbolise « le feu sacré qui porte au fond des coeurs le premier sentiment de l’humanité ». Est-ce pour cela que, point central d’une habitation, le foyer désigne aussi par extension la famille elle-même ?

 

-Pour se reposer et rêver

Gaston Bachelard ( 1884-1962)
Maître dans l’art de tisonner
, Bachelard voit dans l’allumage d’une flambée, un moment inaugural : « Le feu enfermé dans le foyer fut sans doute pour l’homme le  premier sujet de rêverie, le symbole du repos, l’invitation au repos ».
Au coin du feu, tous les sens trouvent satisfaction : au « bonheur calorifique » s’associent le plaisir auditif des sarments qui crépitent, et celui, olfactif , de l’odeur de la fumée de bois. S’y joint la joie chromatique des mutations de la flamme qui passe du bleu au vert, du rouge à l’orange, au jaune enfin, avant de s’éteindre en cendres grises. Condition idéale pour que le cogito rêveur trouve devant l’âtre de quoi se mettre à méditer.

Pourquoi aimons-nous les feux de cheminée? - N.Tenaillon- Philosophie magazine n°dec.2021