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Le blog de Ritournelle
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S'adapter - Clara Dupont-Monod

S'adapter - Clara Dupont-Monod

Avec S'adapter, Clara Dupont-Monod quitte le registre historique pour celui de l'intime, avec ce roman d'inspiration autobiographique. Le fait d'avoir eu un petit frère handicapé décédé à l'âge de 10 ans, a suscité en elle l'envie d'écrire une histoire similaire, une fois que le chagrin de l'avoir perdu s'est fait moins intense.
L'originalité de ce récit est d'observer le bouleversement de la famille entraîné par l'arrivée de cet enfant différent, à travers le prisme de son frère et de sa soeur. Car chacun d'eux vit à sa façon ce changement inattendu : le frère aîné se prend d'affection pour ce petit être fragile , qu'il soigne et traite avec tendresse; et le départ de l'enfant en institution spécialisée rompt ce lien fusionnel qui ne se recrée qu'en période de vacances, à son grand désespoir. Sa soeur par contre, a du mal à accepter de côtoyer ce corps difforme ; elle ne sait pas l'aimer, ce qui se manifeste par de la colère, du dégoût, de la peur aussi ; elle rend responsable ce petit frère d'avoir rompu l'équilibre familial, de l'avoir éloignée de son aîné. Elle se réfugie auprès de sa grand-mère et de ses copines pour fuir cet environnement qu'elle rejette.
Lorsque la mort vient surprendre cette famille, chacun réagit à sa façon, il faut encore s'adapter à une situation nouvelle. L'aîné se mure dans son chagrin, la soeur craque le jour de l'enterrement, puis elle quitte le milieu familial, et la naissance du petit dernier de la fratrie vient apaiser la douleur de l'absence, il console et répare. Cependant, lui aussi ne peut s'empêcher de s'adresser au disparu : « si tu n’étais pas mort, est-ce que moi je serais né ? ».
Avec des phrases courtes et rythmées, Clara Dupont-Monod dresse le portrait vibrant d'émotion d'une fratrie bouleversée par la différence , en soulignant aussi bien le bénéfice humain qu'elle en retire que le chagrin qu'elle engendre. Comme dans un conte, ce sont les pierres qui racontent, et les enfants sont les personnages principaux. Avec beaucoup de poésie et de sensualité, l'écrivaine nous parle de cette nature cévenole qu'elle affectionne, de sa faune et de sa flore.
Un beau roman sur l'importance des liens fraternels, plein d'humanité, de sensibilité, qui mérite grandement les prix Femina et Goncourt des lycéens.

« Depuis, l’aîné a grandi sans se lier. Se lier, c’est trop dangereux, pense-t-il. Les gens qu’on aime peuvent disparaître si facilement. C’est un adulte qui a associé la possibilité du bonheur à celle de la perte. Vents mauvais ou cadeaux, il ne laisse plus à la vie le bénéfice du doute. Il a perdu la paix. Il a rejoint ces êtres qui portent au coeur un instant arrêté, suspendu pour toujours ».

« La quiétude de l’après-midi la recouvrit. Bientôt lui parvinrent le pépiement des oiseaux, la rumeur des cascades. Autour, elle sentait la montagne énorme, confite dans le soleil d’été. Seuls les insectes bourdonnaient, profitant de l’immobile cuisson des végétaux. Une libellule frôla son oreille. Les choses reprenaient leur place. La montagne avait simplement attendu que la crise s’achève. Elle faisait cela depuis des millénaires, attendre que les humains s’apaisent".