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Le blog de Ritournelle
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Désir pour désir - Mathias Enard

Désir pour désir - Mathias Enard

Mathias Enard a écrit ce court récit lors de l'exposition au Grand Palais " Éblouissante Venise. Venise, les arts et l'Europe au XVIIIe siècle", à l'automne 2018.
A cette époque, la ville est le pôle d'attraction des européens passionnés d'art et de musique. On y vit au rythme des fêtes, des carnavals , spectacles, et on y cultive le mystère, les intrigues.
La belle Camilla est chanteuse à l'Ospedale della Pietà, où l'on recueille les orphelins et nécessiteux. C'est de là que vient Amerigo, violoncelliste non voyant , qui accompagne souvent la chanteuse. Un jour, ils se dirigent ensemble vers l'atelier du graveur le plus célèbre, surnommé le Maestro. Son jeune apprenti Antonio est subjugué par la beauté de Camilla. Un échange de regards suffit à sa détermination de tout mettre en oeuvre pour la rencontrer à nouveau, malgré le lien qu'elle semble entretenir avec Amerigo...
Mathias Enard brosse le portrait d'une ville où tout est sensualité, envoûtement, jeu de masques, rencontres artistiques, où les sentiments sont exacerbés dans cette atmosphère propice à la beauté, mais aussi au danger.
Avec une écriture foisonnante, qui restitue parfaitement l'effervescence de la ville, il nous promène parmi les odeurs et les parfums, les masques de ce théâtre permanent où tout est éblouissement, passion, ivresse, mais aussi frustration, renoncement.
Une nouvelle poétique à conseiller à tous les amoureux de Venise !

"Venise est une magnifique sorcière, un doux poison, une flûte mortelle, la patrie des mensonges et du commerce, des raisins de Corfou, des soieries, du marché du Rialto, des bateaux qu'on voit décharger sur la Riva, des palais et des richesses, des épices, des soldats, des territoires lointains, des intrigues, des pleurs ; Venise du théâtre, de la peinture, de la musique et du danger, des masques et des capes ;Venise des condottieri et de la douane. Venise érotique et religieuse, ouverte et fermée, secrète et puissante, maîtresse des mers, des galères et des caravelles ; Venise de Raguse à Constantinople ; Venise des fondachi et du ghetto, Venise de la bauta, du Bucentaure et de la grâce."

« Antonio observait Venise : inondation, ondulation, vertige. Antonio comprit qu'il ne pouvait plus vivre sans la jeune femme de l'Ospedale della Pietà. La poitrine rebondie, les joues légèrement roses, les cheveux tirant sur le roux, frisés, les yeux clairs et ce je ne sais quoi dans le regard qui le rendait vibrant - Antonio ne pouvait se concentrer ; il prit une feuille de papier et essaya d'esquisser, de mémoire et à la mine de plomb, le visage de Camilla tout en se demandant quel stratagème il pourrait bien imaginer pour lui parler, avant ou après la messe. Il se rappelait que le type grave, un rien sinistre qui l'accompagnait s'appelait Amerigo. »