Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Ritournelle
Le blog de Ritournelle
Menu
Trois jours et trois nuits - Le grand voyage des écrivains à l'abbaye de Lagrasse

Trois jours et trois nuits - Le grand voyage des écrivains à l'abbaye de Lagrasse

Ils sont 42 chanoines à vivre à l'abbaye de Lagrasse dans les Corbières, selon la règle de St Augustin, en se partageant  entre la vie pastorale et la vie communautaire. Au printemps 2021, ils ont accueilli à tour de rôle 14 écrivains venus passer trois jours et trois nuits dans ce lieu qui exerce attirance et fascination.
Au cours de cette immersion dans la vie religieuse, les écrivains ont partagé le rythme de vie des chanoines, leurs repas, leurs prières, leur temps de méditation, dans la simplicité et l'austérité.
Chacun a retiré des sensations et émotions différentes de ce stage spirituel.
Pascal Bruckner présente cette expérience ainsi :
Que l’on soit croyant ou non, arriver à Lagrasse pour quelques jours, partager la vie des frères, c’est subir une immersion instantanée dans une société aux antipodes de la nôtre : le silence en lieu et place du bruit, la frugalité plutôt que l’abondance, la coupure plutôt que la connexion. Logé dans une cellule sobre mais vaste, la chambre de l’évêque, qui donne sur un jardin splendide, on s’endort le soir, ­fenêtres grandes ouvertes, au chant des crapauds et du ­rossignol, on se réveille avant 6 heures sur le pas menu des chanoines qui se rendent à matines“.
Cette abbaye édifiée au 8ème siècle , a connu bien des aléas au cours de l'Histoire.
Les chanoines en ont racheté la plus grande partie en 2004, le reste des bâtiments est propriété du département de l'Aude. Comme la plupart des édifices monastiques, il se trouve dans un paysage magnifique, éloigné du village, propre à la paix et à la méditation.
Athées , croyants ou agnostiques, tous ont livré leur ressenti personnel sur la vie monastique, la foi, et leur chemin de vie. Et de ces expériences variées, deux mots ressortent fréquemment : silence et beauté. Le silence accompagne les repas, les prières , les heures de méditation. Quant à la beauté, elle est partout : dans le paysage, dans le jardin avec toutes les essences méditerranéennes et une petite rivière, dans l'architecture des bâtiments dominés par un clocher du 16ème siècle avec des gargouilles d'angle représentant la cupidité, l'orgueil, la concupiscence et la désunion , et aussi dans la célébration du culte :
«  Pour nous autres, chanoines, la messe, avec la splendeur de la liturgie, c’est comme un ballet d’amour ». Les chants grégoriens, l'agencement des pierres, l'autel illuminé, la paix du cloître font dire à F.O.Gisbert : "On parle plus facilement à Dieu quand on est au milieu de la beauté."
Pour Jean-René Van der Plaetsen, la beauté ouvre sur la foi, elle est mystère, élan du coeur et silence. Comme l'a affirmé St Augustin "Fais silence, car si tu parles le verbe se taira ".
La beauté est aussi dans la simplicité du décor qui ne nécessite pas d'ameublement, de tableaux, elle est la plus grande esthétique car elle libère l'esprit des tentations.
Autant de personnalités , autant de perceptions et d'interrogations suscitées par ce temps de pause inédit : ainsi les agnostiques Bruckner et Enthoven estiment avoir noué "une sorte de complicité avec la transcendance", l'athée Boualem Sansal avoue être "un chercheur tenace de sacré et de vérité", considère que
"vivre en Dieu est une œuvre collective, non pas romantique et désintéressée, mais au contraire intéressée et pleinement engagée dans la réalisation de ce que les mystiques et les alchimistes d’antan appelaient le Grand Oeuvre".
Jean-Marie Rouart, quant à lui, voit une parenté entre art et croyance, par le désir d'élévation.
Pour F.O. Gisbert, le monastère est à l'abri de la crise de la foi.
Xavier Darcos compare le monastère à un livre : "Sa porte d’entrée pivote sur ses gonds, et nous passons d’un monde à un autre, comme la couverture d’un livre se plie suivant la reliure, ouvrant l’esprit à de nouvelles perspectives".
Et Sylvain Tesson, n'a pu s'empêcher d'interrompre la conversation avec les moines sur la pensée augustinienne, pour descendre en rappel la tour, en emmenant avec lui trois des chanoines.
F.Beigbeder a vu dans le chantre qui joue de l'orgue la réplique du Christ voilé de San Martino à Naples.
F.O. Gisbert fait un parallèle entre les moines et St Augustin, dont les écrits sont d'actualité comme jamais, car depuis son évêché d'Hippone , au nord-est de l'Algérie, il "a vécu avec sérénité la chute de l'empire romain en proie aux invasions barbares."
Ces textes rassemblent une diversité d'attentes et de découvertes. Ils ont donné lieu à des questionnements intimes, profonds, qui ont une portée universelle.
Des témoignages forts, riches d'enseignement, qui renvoient à l'essentiel.