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Le blog de Ritournelle

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"Le monde est un livre et ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page".
St Augusti
n

-Sylvain Venayre : Comment connaître le monde?Voilà un débat qui devient vraiment important à partir du 16è siècle, quand la question se pose de savoir si toute connaissance est livresque. Cette idée que l'on peut avoir une connaissance qui ne provienne pas des livres eux-mêmes et qui naisse du contact sensible avec le monde est quelque chose qui devient réellement important à partir de l'humanisme. c'est une question qui renvoie à la phrase de Montaigne, cette idée qu'il faut "frotter, limer notre cervelle contre celle d'autrui."

-Sylvain Tesson : Je ne suis pas d'accord avec cette idée que le voyage éclaire la conscience et la lecture que l'on a du monde, parce que sinon, il suffirait de faire de la route pour acquérir une sagesse et cela voudrait dire que les sédentaires sont des demeurés. Or, on a tous connu des paysans qui ne font que labourer leur carré de terre et qui ont accédé à l'universel - et il y a également des voyageurs stupides! En revanche - et je pense que c'est ça l'allégorie - si le monde est effectivement un réseau de symboles, de signes, de phénomènes qui demande une attention de tous les instants, une acuité du regard, un aiguisement des sens, exactement de la même manière qu'il faut une concentration pour lire un livre, alors, oui bien sûr.
Je crois en tout cas que le voyage n'est pas une science exacte et surtout que voyager ne nous délivre pas un brevet de vertu ni de sagesse.

Extrait de Philosophie magazine-juin 2014

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Published by Ritournelle - - Un peu de culture

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Le malentendu - Irène Némirovsky

Ce court roman est le premier écrit par Irène Némirovsky à l'âge de 21 ans et publié deux ans plus tard en 1926. Il a attiré mon attention puisque l'intrigue se déroule à Hendaye, dans un premier temps. C'est l'histoire d'une rencontre, celle de Yves Harteloup, jeune homme de milieu aisé, mais que la guerre a ruiné, et de Denise Jessaint, épouse d'un richissime homme d'affaires . Yves, devenu employé après avoir fait de mauvais placements en bourse, décide de prendre quelques vacances à Hendaye, station balnéaire qu'il a fréquentée adolescent avec ses parents. Sur la plage, une petite fille s'amuse à lui lancer du sable; ce geste permet à sa jolie maman, Denise, d'entrer en contact avec Yves. Désormais, ils se côtoient quotidiennement et l'absence de l'un ou de l'autre crée rapidement le manque. Riche et oisive, Denise prend vite conscience que l'attention qu'elle porte à cet homme peut se transformer en un sentiment très fort, propre à meubler son ennui ; de son côté Yves, orphelin et solitaire, ressent du désir pour cette belle femme. Et par une incroyable coïncidence, il se trouve qu'il a connu le mari de Denise au front. Celui-ci appelé par ses affaires déserte Hendaye, laissant libre cours à la naissance d'une romance entre Yves et Denise. Les vacances finies, le retour à Paris s'avère décevant pour Denise qui avait échafaudé un certain nombre de projets visant à vivre pleinement cette passion; Yves reprend son travail, ce qui le rend moins disponible; il se sent étouffer dans cette relation qui le prive de toute liberté, réalise qu'il n'est pas du même milieu que Denise, perd confiance en ses capacités à s'élever socialement.
Mais était-ce vraiment l'amour qui les liait ou la rencontre de deux égoïsmes?
Avec une incroyable maturité, Irène Némirovsky décrypte la relation amoureuse dans son ambigüité;elle donne à ce roman une vraie modernité car l'intrigue est transposable à n'importe quelle époque. Son style, que j'admire particulièrement, est d'une rare puissance dans ses descriptions psychologiques très fines. Comment ne pas penser à Françoise Sagan qui très tôt, a eu la même habileté à dépeindre un milieu identique et à cerner la complexité du sentiment amoureux?
Un régal de lecture.

"Elle se pencha vers lui, le prit par les épaules.
- Yves, est-ce que vous m’aimez ? demanda-t-elle, et sa voix ne ressemblait pas à celle d’une amoureuse qui murmure : « Tu m’aimes ? », comme une affirmation, divinement sûre d’avance de la réponse ; elle était pleine d’anxiété et de souffrance, au contraire. Tout de même, elle espérait. Il ne répondait rien. Il dit enfin :
- A quoi bon les mots, Denise ? les mots ne signifient r
ien."

"L'amour qui naît de la peur de la solitude est triste et fort comme la mort. Son désir d'Yves, de sa présence, de ses paroles, devenait pareil à une morne folie. Quand elle était loin de lui, elle se torturait l'esprit à imaginer ce qu'il faisait, où il était, avec qui ? Quand elle reposait dans ses bras, l'angoisse du lendemain était si forte qu'elle pénétrait peu à peu sa joie comme un lent poison. Sur son coeur, sous la chaleur de ses caresses, elle avait toujours présente à la mémoire l'heure qui s'écoulait (la dernière peut-être ?) si vite, si vite... Il lui arrivait, quand sept heures sonnaient, de se cramponner à lui, comme si elle se noyait, si pâle et si tremblante qu'il prenait peur. Et quand elle s'expliquait tant bien que mal, il lui caressait le front, comme à une enfant malade, et soupirait : "Petite, petite..." Mais il ne comprenait pas ce besoin féminin de sécurité, ce frénétique désir de sa présence et cette espèce d'épouvante de le perdre, comme si, sauf lui, plus rien au monde n'eût existé. Mais même ces minutes de souffrance âpre et savoureuse étaient rares. Le plus souvent, leur liaison, comme celle des trois quarts des couples illégitimes à Paris, se bornait à de brèves rencontres entre six et sept heures, à la sortie du bureau d'Yves, à des propos insignifiants, à quelques caresses inachevées... Le samedi, une après-midi de gestes amoureux, de silences, le masque absorbé, méchant de l'homme qui prend sa maîtresse, comme on boit du vin, pour soi... Si peu de chose, si peu..."

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Published by Ritournelle - - Littérature

"Tu le sais, bien sûr depuis longtemps :

le coq chante, cocorico,

la poule caquète,

le chien aboie,

le cheval hennit,

le boeuf beugle

la vache meugle,

l'hirondelle gazouille,

la colombe roucoule,

le pinson ramage.

Les moineaux piaillent,

le faisan et l'oie criaillent quand le dindon glousse,

La grenouille coasse mais le corbeau croasse et la pie jacasse.

Et le chat comme le tigre miaule,

l'éléphant barrit,

l'âne braie, mais le cerf rait.

Le mouton bêle évidemment et bourdonne l'abeille.

La biche brame quand le loup hurle.

Tu sais, bien sûr, tous ces cris-là mais sais-tu ? Sais-tu ?

Que le canard nasille – les canards nasillardent !

Que le bouc ou la chèvre chevrote.

Que le hibou hulule mais que la chouette, elle, chuinte.

Que le paon braille, que l'aigle trompète.

Sais-tu ? Que si la tourterelle roucoule, le ramier caracoule et que la bécasse croule que la perdrix cacabe, que la cigogne craquète et que si le corbeau croasse, la corneille corbine et que le lapin glapit quand le lièvre vagit.

Tu sais tout cela ?

Bien. Mais sais-tu, sais-tu ? Que l'alouette grisole, Tu ne le > savais pas.

Et peut-être ne sais-tu pas davantage que le pivert picasse C'est excusable !

Ou que le sanglier grommelle, que le chameau blatère.

Et que c'est à cause du chameau que l'on déblatère !

Tu ne sais pas non plus peut-être que la huppe pupule.

Et je ne sais pas non plus si on l'appelle en Limousin la pépue Parce qu'elle pupule ou parce qu'elle fait son nid avec de la chose qui pue. Qu'importe ! Mais c'est joli : la huppe pupule !

Et encore sais-tu ? Sais-tu que la souris, la petite souris grise Devine ! La petite souris grise chicote. Avoue qu'il serait dommage d'ignorer que la souris chicote et plus dommage encore de ne pas savoir, de ne pas savoir que le geai, Que le geai cajole ! "

"L'Albine" de Fernand Dupuy chez "Fayard

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Published by Ritournelle - - Un peu de culture

Huile sur toile

Huile sur toile

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Published by Ritournelle - - Mes peintures

"Tu écris des chansons à la surface de l'eau , puis tu les effaces. Ainsi fait le poète quand il crée."

Kahlil Gilbran

Ecrire avec l'eau

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Une partie de pêche du dimanche sans surprise!

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Du Sahara aux Cévennes:Itinéraire d'un homme au service de la Terre-Mère - Pierre Rabhy

il y a des personnes rares, que l'on ne se lasse pas de lire ou d'écouter:Pierre Rahby est de ceux-là.
Il est né en 1938 dans une oasis du sud algérien, pendant la période coloniale; son père forgeron, musicien et poète, travaille par la suite dans les mines de houille exploitées par les européens. L'enfant voyant retourner son père à la maison le visage couvert de suie prend conscience que la modernité peut aussi faire perdre la dignité. L'école coranique lui donne ses premières notions éducatives et religieuses, mais au décès de sa mère, son père ayant l'ambition d'un avenir meilleur pour son fils le confie à une famille française ; autre culture, autre religion . La conversion amène l'adolescent à changer de prénom : il choisit celui de Pierre pour tout ce qu'il peut évoquer et de ce fait, il est rejeté par sa famille biologique. Quelques études l'amènent à exercer la profession de prothésiste dentaire puis employé de banque et c'est la guerre d'indépendance qui va être l'élément déclencheur de son destin. Pierre se retrouve en situation de double exclusion avec une terrible interrogation :Qui suis-je? . Une solution s'impose alors:partir et c'est Paris qui l'accueille. Petits métiers, situation précaire, mais le bonheur de rencontrer en usine celle qui deviendra son épouse, Michelle. Tous deux ont du mal à supporter le milieu urbain et son enfermement ; d'un commun accord, ils décident, à contre-courant des trente glorieuses, de s'établir en Ardèche au milieu des années 60. Sans aucune expérience du monde agricole, Pierre devient ouvrier agricole; puis avec l'aide la Maison familiale rurale, il peut obtenir des conseils pour avancer dans ses projets. Il se lance dans l'élevage de chèvres et l' agriculture alternative biodynamique . Parallèlement la famille s'agrandit, et si les débuts sur cette nouvelle terre sont vraiment difficiles, obligeant Michelle à retravailler par ailleurs, l'expérience et la ténacité portent leurs fruits : les néo-ruraux de l'après 68 sont accueillis et formés par Pierre à la ferme. Dès 1978, Pierre commence à faire partager ses connaissances au Centre d'Etudes rurales appliquées, se rend dans les pays pratiquant le mode de culture alternatif en Afrique ou en Europe, participe à la lutte contre la désertification dans le cadre de L'ONU. La terre et le lien social sont nos biens les plus chers, il ne cesse de nous le rappeler, partout à travers le monde. Tous les mouvements dont il est l'initiateur tendent à nous faire réfléchir sur notre société et sur nous-mêmes. Cet être clairvoyant et bienveillant qui a connu la misère, le racisme, nous donne des leçons de courage et d'humanité.
" Partis de rien, nous sommes devenus des gens qui ont réussi à subsister sur un bout de terre presque inhospitalier. Et si nous avions à dire quelque chose, ce serait que notre malheureuse société n'est pas une fatalité, mais l'image pétrifiée de notre conscience. Nous avons fait des choix générateurs d'injustice, de misère pour le plus grand nombre et de boulimie maladive pour une minorité. Il faudra bien que nous changions ce désordre. Le superflu est reconnaissable à ce qu'il se retourne contre vous en vous donnant l'illusion qu'il est à votre service. Le seuil idéal a pour limite la nécessité. Au-delà commence l'avidité des gens qui ont peur, en même temps que les troubles de toute nature.
Nous avons voulu témoigner pour la joie, car, malgré les apparences, elle existe, nous ne l'avons pas sulement rencontrée, elle habite les jours paisibles qui abritent notre patience
."

Un livre utile qui invite à mieux connaître ce personnage fascinant

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Published by Ritournelle - - Littérature

Comme des objets frêles,
Les vaisseaux blancs semblent posés
Sur la mer éternelle.

Le vent futile et pur n’est que baisers ;
Et les écumes,
Qui doucement échouent
Contre les proues,
Ne sont que plumes ;
Il fait dimanche sur la mer !...

Emile Verhaeren

Vers la mer...

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Levez les yeux ! C’est moi qui passe sur vos têtes,
Diaphane et léger, libre dans le ciel pur ;
L’aile ouverte, attendant le souffle des tempêtes,
Je plonge et nage en plein azur.

Comme un mirage errant, je flotte et je voyage.
Coloré par l’aurore et le soir tour à tour,
Miroir aérien, je reflète au passage
Les sourires changeants du jour.

Le soleil me rencontre au bout de sa carrière
Couché sur l’horizon dont j’enflamme le bord ;
Dans mes flancs transparents le roi de la lumière
Lance en fuyant ses flèches d’or.

Quand la lune, écartant son cortège d’étoiles,
Jette un regard pensif sur le monde endormi,
Devant son front glacé je fais courir mes voiles,
Ou je les soulève à demi.

On croirait voir au loin une flotte qui sombre,
Quand, d’un bond furieux fendant l’air ébranlé,
L’ouragan sur ma proue inaccessible et sombre
S’assied comme un pilote ailé.

Dans les champs de l’éther je livre des batailles ;
La ruine et la mort ne sont pour moi qu’un jeu.
Je me charge de grêle, et porte en mes entrailles
La foudre et ses hydres de feu.

Sur le sol altéré je m’épanche en ondées.
La terre rit ; je tiens sa vie entre mes mains.
C’est moi qui gonfle, au sein des terres fécondées,
L’épi qui nourrit les humains.

Où j’ai passé, soudain tout verdit, tout pullule ;
Le sillon que j’enivre enfante avec ardeur.
Je suis onde et je cours, je suis sève et circule,
Caché dans la source ou la fleur.

Un fleuve me recueille, il m’emporte, et je coule
Comme une veine au coeur des continents profonds.
Sur les longs pays plats ma nappe se déroule,
Ou s’engouffre à travers les monts.

Rien ne m’arrête plus ; dans mon élan rapide
J’obéis au courant, par le désir poussé,
Et je vole à mon but comme un grand trait liquide
Qu’un bras invisible a lancé.

Océan, ô mon père ! Ouvre ton sein, j’arrive !
Tes flots tumultueux m’ont déjà répondu ;
Ils accourent ; mon onde a reculé, craintive,
Devant leur accueil éperdu.

En ton lit mugissant ton amour nous rassemble.
Autour des noirs écueils ou sur le sable fin
Nous allons, confondus, recommencer ensemble
Nos fureurs et nos jeux sans fin.

Mais le soleil, baissant vers toi son oeil splendide,
M’a découvert bientôt dans tes gouffres amers.
Son rayon tout puissant baise mon front limpide :
J’ai repris le chemin des airs !

Ainsi, jamais d’arrêt. L’immortelle matière
Un seul instant encor n’a pu se reposer.
La Nature ne fait, patiente ouvrière,
Que dissoudre et recomposer.

Tout se métamorphose entre ses mains actives ;
Partout le mouvement incessant et divers,
Dans le cercle éternel des formes fugitives,
Agitant l’immense univers.

Louise Ackermann

Mirage flottant
Mirage flottant

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Mes photos, mes coups de coeur en littérature et au ciné, les auteurs et artistes que j'admire,mes productions personnelles et une pincée d'humour...

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