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Le blog de Ritournelle

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Luce Buchheit propose avec ce titre son sixième livre. Cette écrivaine installée au Pays Basque depuis quelques années est romancière, poétesse, mais aussi psychologue, ce qui donne une certaine acuité à son sens de l’observation des êtres.
Ici, elle a choisi de refaire le parcours d’une partie de sa vie en s’efforçant d’être au plus près de la vérité. Dans le puzzle des souvenirs qui composent une vie émerge toujours un personnage central : pour elle, il s’agit de la mère, à qui ces phrases s’adressent. Souvenirs entrecoupés d’images du présent, petites scènes de vie quotidiennes captées ici et là, gestes de tendresse, de complicité, moments de grâce devant la nature.
« En évoquant ces souvenirs, je me dis que la vie est rocailleuse comme le plateau du Larzac, et longue comme une nuit polaire .»
La Savoie, le Nord-Est et l’Algérie sont autant de repères d’une enfance chargée d’images gravées dans la mémoire avec leur cortège de petits bonheurs, de souffrances, de rêves et de peurs. Objets familiers, gestes répétés dans un univers humble qui porte les valeurs d’une époque : le sens de l’effort, et la satisfaction qui en découle, le respect de la nourriture, des aliments simples. Et déjà, une attention extrême aux êtres familiers de ce décor, à leur personnalité, le désir de leur plaire, de les comprendre aussi. Attirer l’attention de la mère, s’arranger avec sa trop grande rigueur, vivre la rivalité avec une sœur jumelle dont les atouts ont plus de valeur à ses yeux, et malgré tout, avoir une tendresse infinie pour celle qui n’a pas la douceur ni la générosité de la grand-mère paternelle dont Luce a hérité le prénom
La famille n’est pas toujours le lieu idéal pour apprendre à communiquer :Nous avons peur les uns des autres, écrit-elle. Alors l’écriture s’impose comme refuge pour combler les manques, éviter la mélancolie, cette « torture raffinée » qui revient souvent, ou évoquer les premiers emballements du coeur.
L’exil au soleil de l’Algérie, des illusions d’Eldorado qui s’envolent avec la guerre. Restent « les flaques de couleur », la luxuriance des épices, l’odeur iodée de la Méditerranée , l’expérience de l’humain…Et puis Paris, la conquête de la liberté après bien des déceptions, des fêlures.
« Les écrivains ne savent pas où a commencé leur solitude » : dans les interrogations de l’enfance, dans les méandres du coeur qui cherche la reconnaissance, la tendresse de la personne aimée ?
Dans cet itinéraire tout en ombre et lumière, Luce Buchheit nous émeut profondément en nous livrant ce qu’elle a de plus intime, en nous assurant que la richesse d’un être vient de la multiplicité des cultures qui l’ont nourri, des luttes qu’il a engagées pour s’affirmer , de sa curiosité toujours intacte envers l’autre, de sa capacité à s’émerveiller, à demeurer en quête de sens .
Une œuvre sincère, poétique et sensible, qui offre aux mots le pouvoir de réparer les blessures, d’aller chercher au fond de soi l’imprévisible, la lumière d’horizons s’ouvrant sur la certitude d’exister, d’atteindre la paix intérieure .

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Published by Ritournelle - - Littérature

Régis Debray et Francis Marmande à BayonneRégis Debray et Francis Marmande à Bayonne

La ville de Bayonne propose jusqu'au dimanche 6 novembre une série de rencontres, expositions, spectacles dans un rendez-vous annuel intitulé "Confluences". Cette année, le thème choisi est celui de la frontière, auquel littérature, musique, langues, et géopolitique font référence. Celui qui présente ces différents courants culturels est un enfant du pays, Francis Marmande, un homme aux multiples casquettes, professeur d'université spécialiste de G.Bataille et de M.Leiris, journaliste au Monde, chroniqueur de jazz et de rugby...
Régis Debray, philosophe, écrivain, militant engagé dans la cause révolutionnaire en Amérique du sud pendant les années 60, puis conseiller diplomatique dans les années 80, actuellement concerné par la laïcité et tout ce qui touche à l'enseignement, est venu à ce débat accompagné de son mentor, Jacques Lecarme, spécialiste de l'autobiographie, et de Pierre Vilar, enseignant en littérature à l'université de Pau et des Pays de l'Adour.
La table ronde entre ces différents participants a été riche d'échanges. Régis Debray a défini la littérature comme l'expression de ce que l'on sent et non de ce que l'on sait, à l'exception toutefois de l'exemple donné par C.Lévi-Strauss qui était à la fois écrivain et savant.
Quant à la frontière, thème d'actualité, il en a donné quelques caractéristiques : elle est reconnaissance d'une finitude, fait de civilisation, dépassement de la sauvagerie, défense du faible et par là-même, égalisateur de puissance. Bien entendu, l'arrivée massive de migrants a  été évoquée et l'une des personnes de l'assistance a cité cette belle phrase de Saint-Exupéry:
" Si tu diffères de moi, frère, loin de me léser, tu m'enrichis."

Programme de ces rencontres sur le site :
http://www.bayonne.fr/fileadmin/user_upload/fichiers/Mairie_de_Bayonne/Docs/Campagnes_d_affichage/Confluences_Les_rendez-vous_de_Bayonne_octobre_novembre_2016.pdf
 

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Automne (3) : palette de campagne
Automne (3) : palette de campagne
Automne (3) : palette de campagne
Automne (3) : palette de campagne

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"Je t'aime", idéalement, voudrait dire "je t'aime toi, comme tu es, avec tes qualités et tes défauts, toi que je connais mais qui pourtant continues à m'échapper, toi que je découvre chaque jour un peu plus, mais qui restes une énigme". Et puis il y a le soupçon, les soupçons mêmes implicites dans la question : c'est moins toi que j'aime, que l'avenir possible ensemble.
Moins toi que tout ce que je projette sur toi, et qui peut-être n'est pas toi. Moins toi que l'état amoureux, l'idée d'être amoureux - moins toi que moi amoureux de toi ?
Mais alors, est-ce vraiment toi que j'aime?
Méfions-nous de cette question : nous aurions tort de vouloir isoler un amour pur, de chercher à débarrasser le sentiment amoureux de tout leurre. Ce n'est pas parce qu'il a du leurre dans l'amour que ce n'est pas de l'amour. Les animaux symboliques que nous sommes n'ont pas un rapport simple au réel. Nous le recevons toujours en projetant dessus nos attentes,nos fantasmes, nos affects, notre imaginaire. Le réel pur n'existe pas. A fortiori lorsqu'il s'agit de l'être aimé. Et c'est très bien comme ça. Nous ne savons pas exactement ce que nous aimons quand nous disons "je t'aime". Mais nous aimons. Et nous aimons aimer. Pourquoi le condamner? Pourquoi reprocher à l'être aimant d'aimer l'amour plus encore que l'être aimé?
D'ailleurs, qui pourra dire si c'est "plus", "autant" ou "moins"? Il faut n'avoir jamais aimé pour croire que nous savons pourquoi nous aimons. Pour croire que nous savons ce qu'est aimer.
Heureusement que nous ne le savons pas : inutile d'être dans Une saison en enfer de Rimbaud pour comprendre qu'aimer, c'est toujours réinventer l'amour. Chaque "je t'aime" dit à sa façon cette tentative, cet essai, ce tâtonnement, ce désir fou de réinventer l'amour.
Aimer, c'est ne pas savoir et aimer ne pas savoir. Je ne sais plus qui je suis tant l'amour me change : le temps de dire "je t'aime", "je" ne suis déjà plus le même. Je ne sais plus non plus qui tu es, mais j'apprends à aimer ce mystère qui d'habitude m'effraie. L'amour nous prend et nous surprend.
Dire "je t'aime", c'est accepter d'être surpris; c'est surprendre l'autre en confessant sa propre surprise.
C.Pépin - Savons-nous vraiment ce que veut dire "je t'aime" - Philosophie magazine oct. 2016

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Published by Ritournelle - - Un peu de culture

Chanson de l'eau
Chanson de l'eau
Chanson de l'eau

Furtive comme un petit rat
Un petit rat d'Aubervilliers
Comme la misère qui court les rues
Les petites rues d'Aubervilliers
L'eau courante court sur le pavé
Sur le pavé d'Aubervilliers
Elle se dépêche
Elle est pressée
On dirait qu'elle veut échapper
Echapper à Aubervilliers
Pour s'en aller dans la campagne
Dans les prés et dans les forêts
Et raconter à ses compagnes
Les rivières les bois et les prés
Les simples rêves des ouvriers
Des ouvriers d'Aubervilliers.

J.Prévert

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Hubert Haddad , d'origine tunisienne et algérienne est un amoureux des mots et de l'art. Il est à la fois poète et humaniste, écrivain engagé, témoin de son époque. Fasciné par le Japon et fortement marqué par les tsunamis et séismes qui l'ont ravagé, il a eu l'idée de concevoir cette magnifique histoire où nature et art se conjuguent dans leur portée philosophique.
Hi Han, un brillant universitaire, revient sur son parcours de jeunesse qui lui a permis de côtoyer Matabei Reien, un peintre d'éventails retiré dans une pension de l'île Honshu tenue par Dame Hison, une ancienne geisha. Ce lieu est le refuge des abîmés de la vie, ils viennent y chercher l'apaisement , se ressourcer près d'une nature magnifique entretenue par le jardinier Osaki. Tout est affaire de transmission : Osaki enseigne à Matabei l'art de composer un jardin et de transférer cette quête d'élégance épurée sur des éventails. Hi Han , venu travailler dans la pension, reçoit à son tour l'enseignement de Matabei. Dans cette initiation à la sagesse et à la beauté, tout est harmonie, sensualité. Mais la contemplation infinie de la nature est troublée par l'arrivée d'une jeune fille, Enjo, dont les formes perturbent Matabei .
Un autre cataclysme plus important, un séisme suivi d'un tsunami, dévaste ce coin de paradis, laissant Matabei anéanti.
Avec une élégance rare, Hubert Haddad nous décrit la délicatesse d'une culture respectueuse de la nature:

"C'est avec une attention d'enfant, aiguë mais distraite d'un rien, qu'il écoutait pour l'heure les considérations de Matabei sur les affinités entre la peinture d'un simple éventail et la composition d'un paysage .
-On peut exprimer sa pensée avec des couleurs, des mots, mais aussi avec ce que tu vois : les plantes, l'eau, et les pierres. Là, il faut compter avec l'adversité, le vent et la pluie, les saisons.
Le jardin vit de ta vie, c'est la différence."

..."Jardiner, c'est renaître avec chaque fleur".

On a envie de déguster très lentement les descriptions minutieuses de ce monde coloré où chaque essence s'intègre parfaitement; tous les éléments participent à la fête des sens. Le plaisir est visuel, sensoriel. Les haïkus ponctuent habilement les paragraphes.
"Ecoute le vent qui souffle, dit-il soudain. On peut passer sa vie à l'entendre en ignorant tout des mouvements de l'air.
La deuxième partie est plus brutale, plus intense dans les émotions . A la paix et l'harmonie succèdent l'effroi, le chagrin causé par la dévastation. Cependant, la vie est là, elle renaît au milieu du désastre :

"La vie est un chemin de rosée dont la mémoire se perd, comme un rêve de jardin. Mais le jardin renaîtra, un matin de printemps, c'est bien la seule chose qui importe. Il s'épanouira dans une palpitation insensée d'éventails."

Une oeuvre sensible, poétique, au style foisonnant , raffiné, comme le papier de soie des éventails.

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Aube

On dirait qu'un dieu se réveille, regarde serres et fontaines

Sa rosée sur nos murmures nos sueurs

J'ai de la peine à renoncer aux images

Il faut que le soc me traverse miroir de l'hiver, de l'âge

Il faut que le temps m'ensemence.
 

Philippe Jaccottet

 

 
Aube

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Si Hillary Clinton remporte l’élection présidentielle américaine :

Ce sera la première fois que deux présidents couchent ensemble

 

Si Donald Trump remporte l’élection présidentielle américaine :

Ce sera la première fois dans l’histoire qu’un milliardaire américain déménage dans un logement public abandonné par une famille noire

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Published by Ritournelle - - Humour

Automne (2) : la flamboyante
Automne (2) : la flamboyante

En automne, la vigne vierge rougit face aux arbres qui se dénudent.
Sylvain Tesson

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Avec Facebook, Instagram ou Twitter, l'exposition de soi a décollé, atteignant des sommets de narcissisme parfois délirants. Pour les uns, il s'agit simplement de communiquer en se mettant en valeur, tandis que les autres y voient une passion de l'auto-promotion mâtinée de compétition.La différence de point de vue pousse à s'interroger sur ce qui distingue la mise en valeur de soi et la vantardise.
Entre ceux qui se vantent et ceux qui se mettent en valeur, la ligne de partage peut être ténue, voire floue, elle est pourtant bien réelle. Selon la psychanalyste I. Korolitski , « la différence tient à la construction narcissique du sujet. Se mettre en valeur demande d'avoir suffisamment confiance en soi et de connaissance de soi pour s'appuyer sur ses points forts tout en étant conscient de ses manques ou ses défauts, mais sans être freinés par eux. A contrario, se vanter témoigne d'une faille narcissique : c'est bien parce que l'on doute de sa valeur intrinsèque que l'on cherche la reconnaissance de l'autre en essayant de l'épater. »
Pour le vantard, sa propre valeur n'est jamais acquise une fois pour toutes, elle fluctue au gré des courants intérieurs et des interlocuteurs. Face à une personnalité brillante, il devient agressif ou démuni, tandis que celui dont la confiance en soi est plus solide, se nourrira de l'échange ou, a minima, se contentera d'admirer. Entre les deux, l'abîme qui sépare le regard soutenant, valorisant et individualisant d'un parent de celui, distrait, déçu ou trop exigeant et conditionnel qui donne à l'enfant la certitude qu'il ne sera jamais assez bien pour lui ou qu'il le sera à certaines conditions, les siennes. Aussi, le vantard, même lorsqu'il est convaincu de sa supériorité, a toujours en lui l'attente un peu désespérée d'allumer ou de rallumer le désir, le plaisir dans les yeux de ses parents. Des parents qui, au fil du temps, sont remplacés par un patron, un conjoint, un ami...
Malheureusement pour lui, l'effet qu'il souhaite, plus ou moins consciemment, est rarement celui qu'il obtient. Etalage de connaissances, récits triomphants de succès et de victoires, réparties cassantes pour dominer, lui renvoient rarement ce qu'il recherche vraiment. Il peut intimider, rendre envieux, épater parfois, il ne suscitera pas la reconnaissance chaleureuse, l'admiration spontanée et positive qui lui donneront l'impression d'être à la fois aimé et estimé. "Plus le besoin de montrer sa valeur est grand, moins la conviction d'en avoir est grande. "
Rien de tel chez ceux qui savent se mettre en valeur sans écraser ni tirer la couverture à eux : Ceux-là ont conscience de leurs limites et de leurs carences. Séduire, c'est retenir l'attention de son interlocuteur, provoquer son intérêt ou son désir, lui procurer du plaisir. On voit bien la différence majeure entre celui qui se vante pour se plaire à lui-même et celui qui se met en valeur pour rencontrer l'autre. Dans le second cas, tout est affaire d'altérité. Choisir ses mots, améliorer son apparence, peaufiner son style sont autant de manières de dire à l'autre qu'il est intéressant pour nous, puisque l'on fait des efforts pour capter son regard, arrêter son attention et créer une relation avec lui.
Une fois la ligne de partage déterminée, reste une question essentielle : peut-on passer de l'auto-promotion à la mise en valeur de soi sans forcément passer par une thérapie ? Même si il vaut mieux s'atteler à la tâche avec un professionnel, le premier conseil, basique mais incontournable, selon I.Korolitski, serait de revenir à ce que l'on est, à son humaine condition d'être incomplet, imparfait, forcément lacunaire et bancal. De sortir du système binaire du tout ou rien : tout intéressant ou tout nul. De reconnaître ses qualités, ses lignes de force en les nommant, en les illustrant d'exemples ; puis de faire même avec ses défauts, ses lignes de faiblesse ; et enfin d'embrasser les deux dans le même mouvement, en se disant : je suis tout cela. Côté ombre et côté lumière . Un autre appui : l'écoute. Au lieu de prendre la parole en force ou en majesté, écouter attentivement l'autre, pas seulement ses idées mais ses émotions, puis prendre le temps de la réflexion pour poser des mots en lien, pour créer de l'échange et sortir enfin du monologue. Il n'est pas interdit non plus de s'interroger sur son histoire, sur ce qui a fait que l'on peut se sentir défaillant, décevant ou transparent. Et comme ultime garde-fou, nous pouvons toujours nous réciter ce vers d'Esope tiré de la fable Le lion et l'âne chassant de compagnie : «  Les gens qui se vantent devant ceux qui les connaissent prêtent justement à la moquerie. »

Extrait de l'article : Se mettre en valeur n'est pas faire son auto-promotion. F.Mazelin Salvi- Philosophie magazine n° oct.2016

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Published by Ritournelle - - Un peu de culture

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Mes photos, mes coups de coeur en littérature et au ciné, les auteurs et artistes que j'admire,mes productions personnelles et une pincée d'humour...

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