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Le blog de Ritournelle

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Joyeuses fêtes et ...

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Published by Ritournelle -

La poule

Pattes jointes, elle saute du poulailler, dès qu’on lui ouvre la porte.
C’est une poule commune, modestement parée et qui ne pond jamais d’œufs d’or.
Éblouie de lumière, elle fait quelques pas, indécise, dans la cour.
Elle voit d’abord le tas de cendres où, chaque matin, elle a coutume de s’ébattre.
Elle s’y roule, s’y trempe, et, d’une vive agitation d’ailes, les plumes gonflées, elle secoue ses puces de la nuit.
Puis elle va boire au plat creux que la dernière averse a rempli.
Elle ne boit que de l’eau.
Elle boit par petits coups et dresse le col, en équilibre sur le bord du plat.
Ensuite elle cherche sa nourriture éparse.
Les fines herbes sont à elle, et les insectes et les graines perdues.
Elle pique, elle pique, infatigable.
De temps en temps, elle s’arrête.
Droite sous son bonnet phrygien, l’œil vif, le jabot avantageux, elle écoute de l’une et de l’autre oreille.
Et, sûre qu’il n’y a rien de neuf, elle se remet en quête.
Elle lève haut ses pattes raides, comme ceux qui ont la goutte. Elle écarte les doigts et les pose avec précaution, sans bruit.
On dirait qu’elle marche pieds nus.

Jules Renard

La poule

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Pourquoi un tableau ou une maison sont-ils des œuvres d'art , mais pas votre vie ?
M.Foucault

Se consacrer ardemment à un art, à une étude, à une passion. Réformer son mode de vie, manger bio, voire jeûner à l'occasion. S'adonner à l'exercice, au fitness ou au running. Purifier son esprit, méditer, en pleine conscience ou non. Autant de voies possibles pour la stylisation de soi. Que penser à présent d'une telle ambition ? La promesse est forte, l'attrait indéniable : se discipliner témoigne d'une volonté de suivre une même direction, de tenir le cap dans la durée, et ainsi de lutter contre les affres de la dispersion existentielle.
Cependant, il est temps de lever le voile:de sérieux soupçons entraînent l'esthétique de l'existence. Déjà, des questions très pratiques surgissent:si l'on n'est pas habité par une idée nette ou par une vocation, quelle pratique instaurer ? Pas évident de s'inventer quand le créateur putatif manque d'inspiration. Commencera-t-il par s'occuper de ses velléités littéraires, de son régime alimentaire, de sa vie intellectuelle ou sexuelle ? Et puis, à quel moment s'y mettre ? Le tourbillon de la vie quotidienne, l'amoncellement de ses tâches disparates compromet la réalisation effective car répétée de la résolution. Un décalage flagrant est susceptible d'apparaître entre la fin proclamée et les moyens proposés – une heure hebdomadaire de qi gong suffira-t-elle pour se métamorphoser sur le plan spirituel?L'ombre de Hadot plane : en l'absence d'un engagement et d'une persévérance réels, « faire de sa vie une œuvre d'art » s'avère une posture qui peut virer à l'imposture.
Non seulement, le programme a un aspect affecté et élitaire – les branchés n'ont donc que cela à faire?- mais le résultat n'est nullement garanti. Toujours dans ce registre de l'automystification, une gêne se déclare:le désir est celui d'afficher une différence, de travailler à sa propre singularité, alors que les recettes sont généralement identiques. La libération attendue se résout dans un asservissement à des effets de mode, à une standardisation de soi. L'esthète de l'existence se croit en rupture là où il est captif des injonctions typiques des sociétés néolibérales qui poussent à être autonome, proactif, à s'autoengendrer. On rejoint inexorablement le continent du développement personnel et de la publicité. D'ailleurs,  prends soin de toi    n'est-il pas le slogan d'une marque de cosmétiques ?
Mince, nous qui comptions faire du yoga -et-ou manger du quinoa. Passons à un autre argument de nature (onto)logique:chez Foucault, les rôles sont confondus, indémêlables : je suis en même temps le sujet et l'objet de l'oeuvre en train de se faire. Celui qui façonne, c'est moi ; celui qui est façonné, c'est moi également. Dans cette affaire, nous sommes à la fois l'architecte et l'édifice, le cartographe et le territoire, le juge et la partie. La difficulté est là : pour qu'il soit vraiment légitime de parler d'une œuvre, ne faut-il pas que celle-ci ait sa propre matérialité, qu'elle soit détachée de son créateur ? Autrement dit, contre Foucault, ne gagnerait-on pas à remettre de la distance, à séparer de nouveau les deux ordres de la vie et de l'oeuvre?Ici, on peut se référer à Hannah Arendt. Dans Condition de l'homme moderne, elle soutient que chaque vie individuelle peut être racontée comme une « histoire »dont nous sommes les héros ordinaires, les acteurs, néanmoins, nuance fondamentale , personne n'est l'auteur ni le producteur de l'histoire de sa vie. Car si la vie était une oeuvre, cela signifierait que l'on pourrait en avoir la maîtrise totale – à l'image du romancier qui rature remanie à loisir son intrigue et ses personnages. Or il y a toujours des impondérables, des brèches, des bifurcations inattendues. Si l'on tente de calquer sa vie sur un modèle préconçu, celle-ci ne fera que « vous jouer des tours »avertit la philosophe.
...Voulons-nous devenir des êtres performants jusque dans ce qui nous importe le plus ? Des êtres imperturbables, qu'une existence unidimensionnelle pétrifie ? Peut-il être opportun de savoir « désoeuvrer » sa vie ? Il ne s'agit pas tant de basculer dans l'inertie, la paresse occasionnelle- quoi que – que de renoncer parfois à l'impératif de se faire œuvre, de cesser de s'ériger en souverain virtuellement despote de soi-même. Il s'agit aussi de se rendre perméable à la surprise des événements, de se laisser déborder par les désirs et les puissances impersonnels qui nous traversent. Se désoeuvrer, en ce sens, ce serait s'ouvrir à cette expérience de l'éclipse, de la dépossession de soi. Ce serait tendre vers une vie clandestine qui ne se laisse pas identifier et figer dans un projet univoque. Une vie où l'on deviendrait soi-même sa propre inconnue, capable de prendre toutes les valeurs. Où l'on passerait su statut d'auteur omnipotent à celui de figurant embrassant les rôles, les aventures qui se présentent. Alors, certes, se sculpter au figuré comme au propre, donne une forme et une allure à ses jours. Mais si la statue a une main, déposons dans son creux une flamme qui vacille, prête à s'embraser, à tourner à tous les vents.

Extrait du dossier Suis-je l'auteur de ma propre vie ? Philosophie magazine n°déc. 2016

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Published by Ritournelle - - Un peu de culture

L'artiste du petit matin s'expose

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Biarritz s'habille de lumière pour les fêtes
Biarritz s'habille de lumière pour les fêtes
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Il va passer très bientôt!

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La promenade du chat pieux
La promenade du chat pieux

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Huile sur toile

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Published by Ritournelle - - Mes peintures

Voilà un des rares livres de cette rentrée littéraire qui éclaire la morosité ambiante. J'avais déjà apprécié le talent de Laurent Mauvignier avec "Des hommes" qui fait référence à la guerre d'Algérie et à toutes les blessures qu'elle a engendrées; ici, il s'agit d'une histoire bien différente, inspirée d'un faits divers en 2014 qui a conduit un père à faire avec son fils , un ado glissant sur la mauvaise pente, un voyage initiatique dans les montagnes du Kirghizistan.
Sibylle , une bordelaise d'une quarantaine d'années, se trouve à un moment de sa vie où elle a le sentiment d'avoir tout raté: sa vie professionnelle (elle rêvait d'être médecin alors qu'elle est infirmière), sa vie affective (elle a divorcé du père de son enfant et n'a pas retrouvé de lien satisfaisant) et son rôle de mère ; son fils Samuel est en pleine dérive, ne supporte plus sa mère. Alors elle décide, malgré l'avis de son ex-mari, de rompre avec ce quotidien pour emmener Samuel loin, très loin, dans l'espoir de rétablir la communication avec lui et de donner à chacun l'opportunité d'un nouveau départ. Elle vend la maison familiale de Bourgogne, sacrifie tout pour offrir à tous les deux cette ultime tentative de reconstruction. Leur voyage se fait à cheval, dans les montagnes du Kirghizistan, au climat rude. La nature sauvage implique l'effort, celui de braver la fatigue, le froid, de vivre au rythme des chevaux, de faire face à l'étranger dont on ne parle pas la langue, résister à la peur et continuer, toujours continuer...
Dans cette chevauchée fantastique, il y a des descriptions superbes de la nature, où les éléments du décor semblent être la récompense d'avoir affronté le vent, la poussière, les chemins escarpés, d'être allé au bout de ses forces. Des grandes et belles phrases nous plongent au coeur des émotions des personnages, de leurs affrontements, de leurs tensions lorsque le danger ou l'extrême fatigue surviennent. La présence des chevaux et la complicité qui s'instaure avec eux est un élément essentiel du récit ; on a l'impression que l'écriture s'adapte au rythme des bêtes, parfois lent, parfois plus rapide ou très accéléré et l'on est tenu en haleine jusqu'à la fin de cette épopée.
L'habileté de Laurent Mauvignier, c'est aussi celle de nous dévoiler progressivement les éléments du passé qui permettent de remonter aux causes du mal-être des personnages, comme si l'on tirait délicatement les fils d'une pelote de laine. Il intègre à la trame du récit des thèmes qui prennent toute leur importance dans le monde d'aujourd'hui : la tolérance, le respect de l'autre, l'ouverture à des cultures différentes.
Un beau roman, une lecture revigorante à conseiller à tous, adultes et ados.

"Qu'est-ce qu'on devient si personne ne nous apprend à devenir un homme ? Comment tu deviens quelqu'un de bien ? Comment tu respectes les femmes ? Comment tu admets que d'autres partagent le même espace que toi mais qu'ils ne te menacent pas forcément ?
Comment tu ne te caches pas du regard des autres ? Comment tu ne deviens pas lâche et laid si personne ne t'apprend
?"

"-Si on a peur des autres, on est foutu. Aller vers les autres, si on ne le fait pas un peu, même un peu, de temps en temps, tu comprends, je crois qu'on peut en crever. Les gens, mais les pays aussi en crèvent, tu comprends, tous, si on croit qu'on n'a pas besoin des autres ou que les autres sont seulement des dangers, alors on est foutu. Aller vers les autres, c'est pas renoncer à soi."

 



 

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Published by Ritournelle - - Littérature

Miroir, mon beau miroir, dis-moi...

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Published by Ritournelle - - Photo

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Mes photos, mes coups de coeur en littérature et au ciné, les auteurs et artistes que j'admire,mes productions personnelles et une pincée d'humour...

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