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Le blog de Ritournelle

0ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre

Attention, chef d'oeuvre! 
«La plupart des Européens de l'Ouest méconnaissent toujours l'histoire de leurs voisins de l'Est. Le goulag ne concerne pas que les Russes. Entre 1939 et 1953, près d'un million d'Européens, vivant dans les territoires annexés par l'URSS au début de la Seconde Guerre mondiale ou entrés dans la sphère d'influence soviétique à la fin du conflit, ont été déportés en tant qu'ennemis de classe. Ils se sont retrouvés soit dans des camps de prisonniers, soit dans des colonies spéciales de peuplement au fin fond de la Sibérie ou de l'Asie centrale».

Marta Craveri, historienne, créatrice d'un musée virtuel sur le web

 

Ruta Sepetys est fille d'émigrés lituaniens; son père est arrivé aux Etats-Unis à l'âge de 6 ans avec son grand-père, officier, qui voulait fuir le régime stalinien. En voulant enquêter sur sa famille, elle s'est rendue compte que la plupart de ses ancêtres avaient disparu dans le génocide de ces pays baltes annexés par la Russie; elle a donc recueilli les témoignages des derniers survivants avant d'écrire ce roman absolument magnifique qui s'adresse à tous les publics.

Lina, une adolescente de 15 ans très douée en dessin, voit ses projets d'artiste contrariés une nuit de juin 1941 par l'arrivée de soldats soviétiques qui l'emmènent ainsi que sa mère et son petit frère Jonas pour une destination inconnue. Son père, quant à lui, se retrouvera avec d'autres hommes, la séparation étant cruelle et définitive. Ces gens que l'on emmène dans des camps sont considérés dangereux pour le régime de par leur milieu social contraire à l'idéologie dominante (une méthode hélas courante chez les dictateurs pour éloigner toute possibilité de contestation). C'est ainsi que Lina et sa famille voyagent dans des wagons à bestiaux sans connaître leur destination; six longues semaines au cours desquelles Lina trompe l'angoisse en dessinant ses compagnons de route comme elle peut. Ensuite, pendant dix mois, le corps et le mental de tous est soumis à rude épreuve:le froid, le travail , le harcèlement, les coups, sont leur quotidien. Au-delà de la souffrance, ,il y a l'espoir qui les fait tenir : celui de retrouver le père, celui d'être sauvés par les allemands, celui de résister coûte que coûte à des traitements inhumains, à la maladie, grâce à la solidarité, au lien si fort qui unit Lina à ses proches et à sa passion naissante pour Andrius, 17 ans. Et l'art est un merveilleux moyen pour elle de dépasser l'horreur:

" - Comment peuvent-ils décider que nous sommes des animaux ? Ils ne nous connaissent même pas.
- Nous nous connaissons, répondit Mère. Ils se trompent. Ne leur permet jamais, Lina, de te convaincre du contraire. Comprends-tu ?
J’acquiesçai d’un signe de tête. Mais je savais qu’un certain nombre de nos compagnons s’étaient déjà laissé persuader de leur condition inférieure. Ils avaient une expression abattue, dénuée de tout espoir et se faisaient tout petits devant le NKVD. J’aurais voulu les dessiner tous."

Le récit très vivant, fait alterner les témoignages de cette dure condition et les moments de réflexion, de richesse intérieure de Lina qui sait que rien ne peut stopper son terrible désir de vivre . Il y a une grande force dans ce personnage, tout comme dans celui de sa mère qui lutte jusqu'à ses dernières forces en recommandant à sa fille de ne rien lâcher : "Ne leur donne rien Lina. Même pas ta peur".

Voilà un livre captivant qu'on lit d'une seule traite; il est à la fois émouvant par son souci de vérité, sa sensibilité , et utile pour le devoir de mémoire qui s'impose aux nouvelles générations:  

"Ces trois minuscules nations ont appris au monde qu'il n'est pas de plus puissante arme que l'amour. Quelle que soit la nature de cet amour- qui peut aller jusqu'à pardonner à ses ennemis-, il nous révèle la force miraculeuse de l'esprit humain."

Ce roman connaît un immense succès, a été traduit en 22 langues, c'est mon dernier coup de coeur!

Published by Ritournelle - - Littérature

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commentaires

cafardages 21/07/2012 07:25

une bonne idée de lecture. Merci

Ritournelle 21/07/2012 13:57



oui, franchement, sans hésitation;même si on a déjà beaucoup abordé en littérature les exactions commises sous les régimes dictatoriaux passés (ou présents) , il y a dans ce livre une
émotion particulière dûe au fait que Ruta Sepetys se fait la porte-parole de ceux qu'elle n'a pas connu et de ceux qui sont encore là et ont dû attendre 1991 pour ne plus se taire...dans une
interview donnée aux Etats-Unis et diffusée sur le net, elle est tellement submergée par l'émotion qu'elle doit s'arrêter de parler...je suis curieuse de savoir quel sera son prochain
bouquin!



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Mes photos, mes coups de coeur en littérature et au ciné, les auteurs et artistes que j'admire,mes productions personnelles et une pincée d'humour...

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