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Le blog de Ritournelle

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Heureuse coïncidence que la lecture de ce livre avec mon voyage à Bruxelles sur les traces de la peinture flamande. L'auteur du tableau, Antonello da Messina, a eu pour maître Van Eyck et grâce à lui, il a pu obtenir tous les secrets de la peinture à l'huile alors méconnue en Italie.
Ce roman représente pour Perec sa première oeuvre "aboutie"; le manuscrit, plusieurs fois remanié, a été refusé puis retrouvé 30 ans après sa mort ; sa publication à titre posthume lui en assure une reconnaissance bien légitime. Pourquoi l'auteur tenait-il tant à la parution de ce livre?Parce qu'il a envisagé le thème du faux (récurrent dans son oeuvre) pour aller à la recherche de lui-même et de la création artistique qui suppose une libération, et en cela dépasse l'analyse. Le choix de ce tableau réalisé en 1475 que Perec a vu au Louvre s'explique parce qu'il réunit à la fois la perfection technique et la perception d'une forte personnalité, un capitaine de mercenaires, dont le pouvoir et l'ambition sont sans limites. Il suffit de noter certains détails:le regard, la mâchoire très affirmée et la petite cicatrice (point commun avec Perec) pour s'en assurer.
Le personnage du roman, Gaspard Winckler, un être solitaire, a entrepris une solide formation artistique au hasard des rencontres, ce qui lui vaut d'être restaurateur de tableaux et en même temps faussaire. Cette dernière activité lui procure pas mal d'argent et en même temps, l'absorbe complètement. Le récit débute par le meurtre de son commanditaire véreux, un certain Madera, ce que Winckler va tenter de justifier dans la suite de l'histoire. Dans une première partie, il dialogue avec lui-même sur sa vie, puis par une suite d'interrogations, il tire un à un les fils de ce crime : enfermement et libération. Etre faussaire, c'est renoncer à la vie, car cela suppose une initiation très poussée à l'art, de nombreuses recherches dans les musées, un travail de longue haleine pour mener un tête-à-tête avec l'oeuvre, et c'est surtout exister à travers un autre, ne pas savoir être soi. 

 

Pourquoi vouloir le Condottiere?Qui était le Condottiere?La peinture du triomphe ou la peinture triomphale?Qui avait tout structuré, tout rendu sensible ? Antonellus Messaneus me pinxit. Et le voilà cloué sur le panneau, étiqueté, défini, enfin limité, avec sa force, sa sérénité, sa certitude, son impassibilité. Qu'était l'art, sinon cette approche, sinon cette manière de définir parfaitement une époque, la dépassant et l'expliquant en même temps, l'expliquant parce que la dépassant, la dépassant parce que l'expliquant ?Ce mouvement identique. Commençant on ne savait où, dans une simple exigence de cohérence peut-être, s'achevant dans une maîtrise complète, brutale, décisive du monde..."
 

"Le Condottiere n'existe pas. Mais un homme appelé Antonello de Messine. Et comme lui tu iras vers le monde, cherchant l'ordre et la cohérence .Cherchant la vérité et la liberté . Dans cet au-delà accessible gisent ton temps et ton espoir, ta certitude et ton expérience, ta lucidité et ta victoire."

 W ou le souvenir d'enfance, Un cabinet d'amateur, reprennent ce thème du faux qui permet d'aboutir à l'authenticité.
Ce livre m'a fascinée par ce qu'il suscite d'interrogations en nous; c'est un vibrant hommage à l'art, à sa capacité à nous interpeller par ce qu'il dévoile et par ce qu'il tait. Ce qui explique peut-être toutes les convoitises et perversions qu'il entraîne dans son sillage.
Un grand livre, mené comme un polar, qui plaira à tous ceux qui s'intéressent à l'art et aux autres aussi, j'espère!

 

Published by Ritournelle - - Littérature

commentaires

Theoma 14/06/2012 18:34

dit comme ça... ça fait envie !

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Mes photos, mes coups de coeur en littérature et au ciné, les auteurs et artistes que j'admire,mes productions personnelles et une pincée d'humour...

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