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Le blog de Ritournelle

Tarnos7Il m'est difficle de parler de ce livre , tant je le trouve subtil. J'avais découvert Pascal Quignard avec Villa Amalia, l'histoire d'une femme entre deux âges qui décide de partir pour changer de vie. Ici, l'héroïne Claire fait la démarche inverse. Blonde et  longiligne, travaillant en tant que traductrice à Versailles, elle décide de revenir vivre dans ce village des Côtes d'Armor où elle a passé son enfance; à l'âge de neuf ans, après le décès de ses parents, elle a été élevée par une tante, séparée de son frère Paul, qui lui, a été placé ailleurs. Mais la complicité qu'elle établit dès la plus tendre enfance avec son frère ne s'oublie pas: il y a une solidarité mystérieuse qui les unit , même si tous les deux n'ont apparemment rien en commun, si ce n'est la difficulté à vivre une vie affective satisfaisante. Claire retrouve dans ce village les personnages de son enfance:la factrice Fabienne, Mme Ladon, son professeur de piano qui la considère comme sa fille et va lui laisser une maison en héritage, et puis Simon, son amour de toujours, devenu pharmacien et maire d'un village voisin. Même si chacun a envisagé sa vie différemment, il reste des traces de cet amour de jeunesse inabouti. Simon devient pour Claire sa préoccupation essentielle, ce qui inquiète son frère Paul. Elle marche inlassablement chaque jour dans la lande, semble faire corps avec cette nature sauvage et rude qu'elle adore et qui lui correspond si bien; en cela, on retrouve l'atmosphère des Déferlantes de Claudie Gallay où l'interaction semble évidente entre le lieu et  les personnages.

Comment ne pas évoquer le style brillant de P. Quignard qui est tour à tour chacun des personnages , Claire la solitaire, l'inquiète, l'étrange, la mystérieuse, l'insaisissable, qui cherche refuge dans la nature, Paul, le frère, plus apaisé et bienveillant, Juliette, la fille abandonnée, curieuse de connaître sa mère...
Un roman sombre mais d'une poésie et d'une profondeur qui nous touchent.

"Un jour elle m'expliqua que le paysage, au bout d'un certain temps, soudain s'ouvrait, venait vers elle, et c'est le lieu lui-même qui l'insérait en lui, la contenait d'un coup, venait la protéger, faisait tomber la solitude, venait la soigner. Son crâne se vidait dans le paysage. Il fallait alors accrocher les mauvaises pensées aux aspérités des roches, aux ronces, aux branches des arbres et elles y étaient retenues. Une fois qu'elle était complètement vide, le lieu s'étendait devant elle autant qu'il parvenait à s'étendre en elle. Les feuillages se développaient . Les papillons et les mouches et les abeilles commençaient à voleter sans peur. Un mulot avait surgi et s'était approché de ses genoux. Une chouette s'était posée sur une roche couverte de lichen jaune et ni ni l'autre n'avaient ressenti de crainte ni de menace. C'était comme si elle n'était plus un être humain, comme si elle ne représentait plus, pour les autres êtres le danger d'un être humain, ou d'un prédateur, ou d'un destructeur. Les odeurs s'avançaient jusqu'à elle, toutes reconnaissantes, plus opulentes-de terre, de menthe, de noisetier, de fougère, de mousse.

Peu à peu, les lumières s'éteignaient, les couleurs ternissaient, le silence grandissait, le crépuscule l'atteignait, l'ombre l'enveloppait, le nuit descendait, elle devenait tout cela en même temps que cela se produisait.
Et elle était la nuit."

Published by Ritournelle - - Littérature

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Mes photos, mes coups de coeur en littérature et au ciné, les auteurs et artistes que j'admire,mes productions personnelles et une pincée d'humour...

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