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Le blog de Ritournelle

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Si vous avez envie de lire un roman fort sur le monde d'aujourd'hui, n'hésitez pas, Rue des Voleurs est un miroir de la réalité que nous connaissons. Le personnage principal est un jeune marocain de 18 ans, Lakhdar, amoureux de la vie et de la littérature, curieux de tout ; il dévore les romans noirs français, aime se plonger dans le Coran et n'est pas insensible aux attraits des jeunes filles;mais il rêve aussi d'un ailleurs, tout comme l' illustre tangérois du 14è siècle, Ibn Batouta, qui voyagea jusqu'en Orient avant de revenir mourir à Fes. Lakhdar commence son errance après avoir succombé au désir charnel avec Meyriem, ce qui lui a valu d'être rejeté par sa famille. Meyriem, quant à elle, est exilée dans le bled. Les deux amoureux ne se reverront pas et Meyriem connaîtra une fin tragique. C'est alors que Lakhdar trouve sur son chemin un Cheik islamiste qui l'emploie dans sa librairie pour commercialiser la pensée coranique ; il a de l'admiration pour cet homme qui lui offre un emploi, lui permet d'accéder à l'arabe classique, et en même temps, il perçoit le côté négatif de l'embrigadement qu'il opère, surtout auprès de son copain Bassam; les attentats de Marrakech éveillent ses soupçons, d'autant que Judith, jeune espagnole rencontrée à Tanger, affirme avoir croisé Bassam dans les rues de Marrakech...Alors Lakhdar décide de fuir, il veut à tout prix aller à Barcelone retrouver Judith mais aussi sortir de sa condition. L'attente est longue, passe par des péripéties et des situations parfois sordides, douloureuses, et l'arrivée en Espagne dans cette ville grouillante où l'étranger n'a pas plus de chance de survie que les Indignés, semble être un chemin sans issue...
A travers la personnalité de Lakhdar, c'est Mathias Enard qui nous parle de ce monde, de ses excès et de ses espoirs. Son livre, profondément humaniste, met en lumière les grands bouleversements du monde arabe, la crise de l'Europe qui oublie le sens du mot respect face à l'étranger. C'est une invitation à une prise de conscience sur les aberrations des sociétés dominées par l'argent, la perte de repères d'une jeunesse qui vit entre rêve et désillusion, une fresque hyper réaliste où se côtoient, la violence, la misère et aussi ces lueurs d'espoir qui donnent sens à la vie. Pour avoir vécu dans les pays arabes et demeurer actuellement à Barcelone, l'auteur apporte un regard authentique à son récit et il sait aussi rendre hommage à la littérature garante de rêve, de poésie, de compréhension du monde et de reconnaissance sociale :

« J'étais conscient que c'étaient les livres qui m'avaient obtenu les meilleures situations que j'ai jamais eues ; je sentais confusément qu'ils me donnaient une supériorité douloureuse sur mes compagnons d'infortune, clandestins comme moi – sans parler d'un loisir presque gratuit »

 

La plus belle phrase résumant le livre est à mon avis celle-ci: 

« Je suis ce que j’ai lu, je suis ce que j’ai vu, j’ai en moi autant d’arabe que d’espagnol et de français, je me suis multiplié dans ces miroirs jusqu’à me perdre ou me construire, image fragile, image en mouvement. »

 

Rue des Voleurs, le futur Goncourt?

 

Il faut préciser que l'idée du roman est née du suicide de ce jeune tunisien, qui a marqué le début du printemps arabe :

« LE 17 DÉCEMBRE 2010, Muhammed Bouazizi, marchand ambulant, s’immole par le feu à Sidi Bouzid et déclenche la Révolution tunisienne. La révolte naît du désespoir ; elle commence par porter la main sur soi, par un sacrifice. La perte de patience. Le suicide ou l’action. Le Printemps arabe, longtemps attendu, commence dans la mort. »

 

Published by Ritournelle - - Littérature

commentaires

powered pbx 06/03/2014 11:45

This is exactly what I wanted. I was in a search to find a good book that is quite exciting as well as interesting. Hope this one will live up to my expectations. Thanks you so much for sharing the review.

JEA 17/10/2012 11:46

je m'interroge : un roman titre "Rue de la violée par des policiers" serait interdit d'affichage et/ou de vente en Tunisie ?

Ritournelle 18/10/2012 10:24



Rue des voleurs est le vrai nom d'une rue des bas-fonds de Barcelone; quant à la liberté en Tunisie, on ne sait pas trop à quoi elle ressemble encore...



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Mes photos, mes coups de coeur en littérature et au ciné, les auteurs et artistes que j'admire,mes productions personnelles et une pincée d'humour...

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