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Le blog de Ritournelle

                                  Neal et Jack

neal & jack

 Actuellement exposé au Musée des Arts et Lettres de Paris, ce rouleau mythique, qu'un américain a acquis en 2001 pour la somme de 2,43 millions de dollars , rend compte d'une aventure hors norme à travers les Etats-Unis de 1949 à 1951.  

« Tous les autres se contentent de vivre pour vivre,pas moi. Je veux comprendre pour comprendre,après quoi, vivre pour vivre. »
Telle était le souhait de Kerouac, peu après la disparition de son père dont il portera la douleur tout sa vie. Sa rencontre avec Neal Cassady, tête brûlée, prêt à tous les excès, est déterminante dans sa quête identitaire et son désir de fuir l'angoisse de la mort. 

« La seule chose qu'on souhaite ardemment, tous les jours de la vie, celle qui nous fait soupirer,gémir, éprouver toutes sortes de bouffées de douceur écoeurante, c'est le souvenir de la béatitude perdue qu'on a dû connaître dans le ventre maternel, et qui ne peut se retrouver-mais on ne veut pas l'admettre-que dans la mort. Mais qui veut mourir ? »

Jack et Neal sont habités par la même frénésie de vivre, de tenter des expériences multiples, l'idole de l'époque n'est-elle pas James Dean? Ces virées à répétition qu'entreprennent les deux copains sont aussi inscrites dans une époque, celle de la naissance du rock et du free jazz. Ces moments musicaux rythment le récit, offrent une parenthèse à la littérature qui est vraiment la passion de Kerouac, tout comme celle de ses amis Burroughs et Ginsberg qui font de la poésie. Ensemble, ils partagent les expériences ; Cassady les admire, il veut les égaler, accéder à ce statut d'intellectuel si éloigné de son parcours de petit voyou. Les trois membres fondateurs de cette beat generation ont en commun une écriture spontanée, quasiment surréaliste pour Burroughs et Ginsberg, c'est ce qui en fait la nouveauté dans un monde littéraire assez hostile. L'écriture de Kerouac reflète l'urgence par son manque de chapitres, c'est une longue loggorhée tapée sur des feuilles collées entre elles dans le souci de représenter la route; la fin a disparu, mangée par un chien...
« Je veux un ravissement ininterrompu ». Les virées successives, sont entrecoupées de moments plus calmes correspondant à une tentative d'équilibre auprès de femmes, car si le ravissement est bien ce que cherche Kerouac dans sa course folle, il a aussi besoin de tendresse, d'apaisement :

« Ma garce de vie s'est mise à danser devant mes yeux, et j'ai compris que quoi qu'on fasse, on perd son temps, alors autant choisir la folie.Moi, tout ce que je voulais, c'était noyer mon âme dans celle de ma femme et l'atteindre par le nœud de la chair, dans le linceul des draps. »

La grande aventure se termine par l'expérience la plus forte, celle du Mexique, et en cela, ce manuscrit rend compte d'une époque où le racisme trouble la vision de l'autre :

 « Tu te rends compte toutes les histoires idiotes qu'on lit sur le Mexique, et l'humble paysan, toutes ces conneries...et ces conneries sur les émigrés aussi...alors qu'en fait les gens sont simples, gentils, sans baratin. J'en reviens pas. »

Cette dernière partie donne à Kerouac l'occasion de faire de magnifiques descriptions de ces paysages quasi bibliques, comme s'il avait conscience d'être parvenu au bout de sa quête:

« A présent, le soleil se dorait, l'air était vif et bleu, et le désert, où apparaissaient par-ci par-là des rivières, une vaste étendue lumineuse de sable chaud, avec, soudain, des ombrages sortis de la bible. On a franchi une zone où les indiens étaient vêtus comme au temps des commencements, de longs habits flottants, les femmes portant des ballots de filasse dorée, les hommes appuyés sur de grands bâtons. Au fil du désert étincelant, on a vu de grands arbres, avec des assemblées de bergers assis dessous, pendant que les bêtes allaient et venaient au soleil en soulevant la poussière. De grands agaves poussaient comme des champignons dans cet étrange pays de Judée. »

Ce livre restera dans la littérature l'un des plus forts, des plus émouvants aussi, celui de l'éternelle quête identitaire dans un souci d'authenticité, celui de la prise de conscience du décalage profond entre la vie que l'on veut et celle que l'on vit.

 

Published by Ritournelle - - Littérature

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Mes photos, mes coups de coeur en littérature et au ciné, les auteurs et artistes que j'admire,mes productions personnelles et une pincée d'humour...

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