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Le blog de Ritournelle

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Articles avec #litterature

 Comment terminer ce chapitre sur le sud italien sans évoquer le dernier livre de l'écrivaine décédée en 1996, dont les oeuvres connaissent actuellement, hélas un peu tard, une gloire posthume. Dans ce blog figurent deux articles consacrés à son autobiographie "L'art de la joie"et à son expérience en milieu carcéral "L"université de Rebibbia".
Cet ultime roman écrit en 1984 revient sur un épisode intense de la vie de cette femme libre, riche d'expériences et de découvertes.
A la fin des années 40, alors qu'elle partage la vie du cinéaste Franco Maselli et que tous deux cherchent un lieu susceptible de servir de décor à un film en préparation, la découverte de Positano est un vrai choc esthétique.

Rendez-vous à Positano - Goliarda Sapienza

Tous deux jugent l'endroit "trop beau et empreint de magie pour une histoire comme la nôtre".
En effet, à l'époque, ce lieu que la modernité n'a pas atteint, ne correspond pas au scénario de ce film qui paraîtra sous le titre "Les égarés". Peu à peu, Goliarda fait connaissance avec les habitants du village , pêcheurs, artistes, et aperçoit une fameuse "princesse"au charme envoûtant qui subjugue Nicolà, le fils du cuisinier mythique de Positano. Elle semble sortie d'un tableau de Botticelli, avance secrète et solitaire, d'un pas majestueux.
Peu de temps après, Goliarda  revient à Positano dans le but de chercher des figurants pour un documentaire sur le débarquement des sarrazins , fête célébrée chaque année le 15 août sur la côte amalfitaine.  Et là, le charme opère à nouveau. La fascination de ce village à flanc de montagne fait oublier tout le reste à Goliarda : le film, ses engagements politiques et professionnels, son compagnon. Elle décide de rester là quelque temps pour s'imprégner de la beauté, vivre une parenthèse enchantée à tel point que même Visconti la rappelle à l'ordre : "Tu me déçois, à ton âge, on doit être ici, en ville, et agir."
Alors réapparaît la princesse, beauté irréelle, "d'une ancienneté si lointaine qu'elle en apparaît parfois extrêmement moderne." Goliarda se sent comme une va-nu-pieds face à cette comtesse aux pieds nus, mais cette admiration se transforme en curiosité et complicité avec cette femme dont elle devient la confidente. C'est le début d'une amitié quasiment amoureuse de 22 ans, entrecoupée d'allers et retours entre Positano et Rome pour l'une, Positano et les Etats-Unis pour l'autre. Besoin de partager des secrets douloureux, même soif de liberté, même parcours hors norme, ces deux femmes trouvent en chacune une écoute, un soutien, une intimité qui va au-delà des mots.
Ce livre est un beau testament , celui d'une femme dont la vie tumultueuse a su saisir l'opportunité des instants de grâce qui lui étaient offerts. C'est après le décès de cette amie en 1984 qu'elle a voulu rendre compte d'une rencontre inoubliable avec un lieu et avec une femme, et à travers ce magnétisme évident, nous livrer un peu plus d'elle-même. Peu importe la part de fiction du roman, Goliarda sait transmettre par son style la magie des lieux et des êtres; elle parvient à nous faire ressentir les moindres sensations de cette nature superbe dans laquelle elle s'immerge; son écriture spontanée, sensuelle, baroque nous émerveille, nous entraîne dans ses émotions intenses, dans sa quête d'amour et de sens de la vie.
Un  roman lumineux comme le sud et qui invite à aller à Positano...
"L'intérêt pour ce lien secret entre beauté et mélancolie que Giacomino m'avait communiqué, je m'efforçai de le transmettre le soir à notre réalisateur et aux autres personnes de l'équipe, tous logés dans un petit hôtel impeccable, perché sur l'un des nombreux pics qui comme une étoile lumineuse le soir, tracent le dessin de Positano, bref j'essayais de les emprter le soir dans l'histoire de cette femme en équilibre entre l'ancien et le moderne, pour moi emblématique de son choix de vivre presque toute l'année dans un village encore isolé de l'avancée barbare des produits, des marchandises, de la folie urbaine."

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Sur ce blog, il est peu question de politique, par choix , mais en ce jour de contestation, il est bon de rappeler que certaines associations ne vont plus pouvoir fonctionner avec la suppression des contrats aidés. Pour exemple, Libreplume,une association bayonnaise luttant contre l'illettrisme. Il est urgent de reconsidérer certains textes qui négligent des priorités indispensables à notre monde actuel.

Marche arrière
NOTRE FEE DU JOUR !

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Cet article est l'aboutissement d'une histoire incroyable. Il y a trois ans, j'ai trouvé dans un magazine la photo d'un couple de résistants morts en héros, fusillés par les nazis en 1944. Elle, c'était Lotka, juive polonaise venue de Cracovie arrivée à Paris pour faire un stage de modiste, puis être le mannequin vedette de Madeleine Vionnet à la fin des années 20. Lui, Jacques de Prévaux, officier de marine, issu d'une famille bourgeoise. Rien ne prévoyait que ces deux êtres se rencontreraient, Jacques étant marié, père de deux enfants et Lotka gravitant dans un milieu parisien plutôt mondain. Mais Jacques de Prévaux aime aussi fréquenter les salons littéraires, est introduit chez les célébrités de l'époque et c'est chez son amie Mopse, la femme du poète surréaliste René Crevel, qu'a lieu le coup de foudre qui va déterminer la suite de leur existence. Ces deux séducteurs sont pris à leur propre piège.
Après un divorce long et difficile, Jacques et Lotka se marient, s'engagent dans la Résistance en 1941, ont une petite fille qu'ils prénomment Aude en 1943 et sont arrêtés en 1944, suite à une trahison. Emprisonnés au fort de Montluc, La Gestapo les tue quatre jours avant de quitter les lieux.  Lotka prévoyant le pire, avait recommandé à la nurse de l'enfant de la confier au frère de Jacques, François, et à son épouse Micheline. Le couple élève donc Aude, mais sans rien lui dévoiler de ses origines.
Vingt deux ans plus tard, à la Bibliothèque Nationale, un vieux monsieur découvrant le nom de Prévaux sur la fiche de prêt d'un livre, questionne Aude et lui apprend qu'elle est la fille de héros. A partir de ce moment, sa quête identitaire commence. Elle se lance dans des recherches approfondies grâce à l'aide de son parrain polonais installé à Casablanca qui lui envoie une grande quantité de photos, de lettres (Jacques et Lotka se sont écrit tous les jours pendant des années). Elle rencontre des témoins qui les ont côtoyés, lui assurant que "Vox" et "Kalo"ont été exemplaires dans leur engagement, n'ayant jamais compromis leurs chefs ou leurs subordonnés, même sous la torture. Ils se sont montrés courageux, dignes et généreux jusqu'au bout : "Je me souviens de son sourire et de sa gentillesse. Elle est passée comme une fée au milieu de ma misère", a témoigné une ancienne détenue.
Ce livre contient énormément de données historiques concernant la carrière militaire de Jacques de Préveaux, ainsi que des témoignages d'époque sur la première moitié du vingtième siècle. C'est un hommage légitime à des parents qu'elle n'a pas connus, à des héros restés dans l'ombre dont il était nécessaire de souligner l'action dans l'Histoire de France.
Cette histoire m'a fascinée dès le début par la lecture de l'article;  la découverte du livre, que j'ai parcouru avec une grande curiosité, m'a passionnée. C'est à la fois un essai historique, quelque part aussi un roman d'aventures, l'histoire d'un grand amour et certainement la quête de soi à travers celle de ses parents.
Le triptyque figurant dans la rubrique "Mes peintures" représente Lotka d'après l'une des photos prises chez M.Vionnet. J'ai eu la joie d'avoir les remerciements de Aude de Prévaux pour cette interprétation de celle qu'elle n'a pas eu la joie de connaître.


 

Un amour dans la tempête de l'histoire - Aude Yung-de-PrévauxUn amour dans la tempête de l'histoire - Aude Yung-de-Prévaux

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Le troisième volet de cette histoire d'amitié entre deux napolitaines est , comme les deux précédents, un vrai bonheur de lecture. Elena Ferrante nous entraîne dans une série de bouleversements, ceux de ses deux protagonistes Elena et Lila, ainsi que ceux de l'Italie de l'après 68. Les deux héroïnes sont devenues des femmes mais vivent dans des univers complètement opposés : Elena, l'intellectuelle, se lance dans l'écriture après avoir obtenu son diplôme à l'université de Pise. Elle se plaît à côtoyer ceux qui, comme elle, trouvent dans la culture leur principal enrichissement, publie un premier roman à,succès. Auparavant amoureuse de Nino, elle épouse Pietro, un jeune universitaire issu d'une famille bourgeoise avec qui elle a deux filles. De ce fait, elle délaisse sa vie professionnelle pour s'occuper de ses enfants, ce qui ne va pas sans frustrations. Ce changement de statut lui fait quitter le milieu populaire de ses origines pour un confort bourgeois, bien éloigné de celui de son amie.
Lila, de son côté, mène une vie dure. Elle a quitté son mari Stefano avec qui elle a eu un petit garçon, Gennaro, rompu aussi avec Nino, et partage un appartement avec Enzo,  qui supporte en silence son caractère difficile, tout en l'aimant profondément; Tous deux travaillent en usine, leur quotidien est rythmé par le travail et Gennaro. Lila y perd progressivement sa santé.
Les personnages secondaires évoluent aussi dans cette Italie divisée : aux partis traditionnels que sont Le parti communiste et la démocratie chrétienne, s'ajoutent les extrêmistes de tous bords : à droite, les fascistes soutenus par la maffia, à gauche, les brigades rouges. Certains entrent dans le militantisme, d'autres sont assassinés. Lila, n'est pas la dernière à s'opposer à son patron Bruno en condamnant ses pratiques sexistes . Elle s'engage à sa manière auprès des ouvriers et réalise que son avenir est ailleurs : les prémices de l'informatique lui font entrevoir d'autres possibilités. Elle fait alors avec Enzo une formation qui va lui permettre de sortir du carcan de l'usine et mettre enfin à profit son intelligence.
Elena n'est pas épargnée par les changements de vie : le retour du beau Nino perturbe sa tranquillité et l'amène à faire des bilans qu'elle juge peu satisfaisants.
En toile de fond du roman, c'est toujours l'amitié qui en est le fil conducteur . Lina et Elena continuent à échanger , à se soutenir, même si parfois leurs destinées si éloignées causent des mésententes. Elles ont besoin l'une de l'autre et l'on ne sait jamais qui est la plus forte.
Le talent d'Elena Ferrante fait que l'on se pose toujours des questions par rapport à la vraie nature de ces femmes, ces femmes auxquelles on peut facilement s'identifier dans leur quête personnelle , que ce soit dans le domaine professionnel, familial, amoureux. Elle arrive à susciter notre curiosité en laissant plusieurs possibilités au dénouement à paraître prochainement.
Voilà encore un volet très dense qui mêle l'attrait d'une fiction à celui de la grande Histoire de l'Italie, en nous questionnant sur la vraie nature de l'amitié, de l'engagement politique, sur l'évolution de la condition féminine, sur le dur apprentissage de la vie. Il y a dans le style d'Elena Ferrante cette sincérité , cette simplicité qui a la marque du vécu et le met à la portée de chacun.

 

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Luce Buchheit voue à la poésie une affection particulière. Elle est sa respiration quotidienne.
Après avoir publié plusieurs récits autobiographiques faisant référence à son expérience professionnelle ou à son parcours intime, (des articles sont sur ce blog), elle nous livre ici un second recueil de poèmes Au berceau de ses rêves, Haïkitos ,illustré avec talent par les encres de Marie Bonnet.
La poésie se déguste, se savoure au gré des envies ; on peut y cueillir des petits bonheurs pour agrémenter le quotidien souvent pesant. Luce nous entraîne dans ses propres perceptions du monde . Elle sait comment éloigner le fardeau des soucis et autres désagréments, en accueillant pleinement la nature dont elle perçoit les moindres frémissements au fil des saisons : la nature est beauté, lumière, apaisement :

La lumière se pose

Sur l'argent dentelé

Des hêtres de décembre.

Estampe japonaise.

Entente délicate

Entre ciel peint en bleu

Et neige immaculée

Comme Christian Bobin qui « puise dans la vision d'une marguerite les forces nécessaires pour résister au monde », Luce trouve dans tout ce qui interpelle les sens,couleurs, parfums et sons, une échappatoire à la violence :

 

Les champs de blé sont d'or.

La lavande a remis

Sa robe parfumée

Peinte au bleu du ciel

Parfois un rossignol chante.

Peut-être sauront-ils

L'or, le bleu et leur chant

Bannir la violence

Tout comme les plantes, les arbres, les oiseaux, et les chats font partie de son décor familier indispensable. Ils sont la liberté, le mystère, la sensualité, habitent un "royaume dont nous ne savons rien".
D'autres nourritures viennent compléter les bienfaits de la nature : la musique, la danse, l'art :

 

La lune sur les toits

Va pêcher des étoiles

Pour jouer du piano

A la barbe du vent

Le soleil danse, vert

Sur le fil cotonneux

Des nuages tout blancs

Mais l'arme privilégiée pour résister, faire face au monde, n'est-elle pas encore l'amour, qui nous porte, nous stimule, nous sauve, nous rend vivants ?

 

Les mots d'amour nourrissent patiemment

Le souffle si ténu de nos fragiles rêves.

Ils sonnent toujours juste et s'en vont

Dans le vent

En célébrant la vie

Un petit livre porteur de rêve, dont la forme, inspirée des haïkus, est en parfaite correspondance avec les délicates encres de Marie Bonnet ; leur légèreté suggère des univers ouverts à la méditation, au silence, à la beauté.

A consommer sans modération.

 

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Timothy Brook est un éminent sinologue d'origine canadienne qui enseigne à l'université de Vancouver. Après avoir avoir écrit une Histoire de la Chine impériale, il a eu envie de nous éclairer sur les similitudes entre le XVIIè siècle et notre époque. Pour cela, il a utilisé comme point de départ l'un des souvenirs enchantés de son adolescence, qui l'a mené à découvrir la ville de Delft. Suite à un accident de vélo, il a été recueilli après sa chute par une vieille dame qui l'a initié aux trésors architecturaux et artistiques de la ville , parmi lesquels figurent les tableaux de Vermeer.
Ce qui nous est parvenu de l'oeuvre du peintre se résume à trente-cinq tableaux et c'est parmi ceux-ci que Peter Brook a puisé pour aborder le XVIIè siècle, en s'attachant à certains détails de chacun.


Le premier tableau, intitulé La vue de Delft, est l'un des rares paysages du peintre. On sait qu'il a donné la priorité aux scènes d'intérieur reflétant une atmosphère tranquille, loin du tumulte du port, très actif à cette époque. Ce qu'il faut remarquer sur cette toile, ce sont les bateaux, des harenguiers qui figurent au premier plan. Ils sont la preuve que ce siècle a connu lui aussi un bouleversement climatique, contraire au nôtre, puisque le refroidissement a fait descendre les harengs vers des mers plus tempérées, de la Norvège vers les Pays-Bas. Grâce à cette pêche, les Hollandais ont pu se lancer dans des opérations commerciales d'envergure de par le monde. Les bâtiments que l'on aperçoit au fond du tableau sont ceux de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales créée pour envisager des échanges avec l'Asie. C'est le début de la mondialisation, autre point commun avec aujourd'hui.

Le second tableau , L'officier et la jeune fille riant, propose une scène de séduction entre un militaire, très bien vêtu , coiffé d'un chapeau en poil de castor, et une jeune fille apparemment sous son charme. Deux éléments retiennent notre attention : le chapeau et la carte sur le mur du fond.
Ils sont la preuve d'un commerce très recherché en Amérique du nord, celui des castors. Samuel Champlain a profité de ce commerce pour se lancer dans des expéditions destinées à atteindre la Chine par le Canada, mais il n'y est jamais parvenu.

Avec La liseuse à la fenêtre, on entre directement dans le monde du commerce avec le tapis turc au premier plan et la jatte de fruits en porcelaine chinoise. Il était de bon goût d'avoir chez soi de la vaisselle chinoise et nombreux sont les européens qui ont tenté de l'imiter, mais sans succès,à cause de la mauvaise qualité de l'argile, ainsi que de l'émail. D'où l'importance de ce commerce.


Le géographe témoigne de la nécessité d'établir des cartes pour voyager dans des conditions plus sûres. Le compas magnétique, invention chinoise, marque l'époque, pourtant les Chinois ne sont pas de grands voyageurs, ils préfèrent laisser venir les Européens à eux, plus curieux de découvrir et comprendre le monde.

La femme à la balance ou La peseuse d'or fait référence selon T.Brook à l'exploitation des mines en Amérique du Sud, à toutes les transactions commerciales de l'époque. D'autres y ont vu une allégorie de la tempérance, avec cette jeune bourgeoise pesant ses bijoux, près d'une toile représentant le Jugement dernier .

A ces cinq tableaux, l'auteur a rajouté : - Les joueurs de cartes de Van der Burch, un contemporain de Vermeer, qui nous renseigne également sur l'importance des voyages et du commerce avec ce jeune serviteur noir, employé certainement comme esclave.


- Une faïence du musée de Delft, sur laquelle on devine au premier plan sur la gauche, un homme en train de fumer, l'occasion pour T.Brook de nous renseigner davantage sur cette pratique représentée en Europe dans la deuxième moitié du XVIè siècle et seulement au XVIIè en Chine grâce aux échanges.

 

Cet essai extrêmement dense nous remémore une période historique de premier plan, le Siècle d'Or, pendant laquelle le commerce, les échanges, les voyages ont pris une importance considérable, permettant aux hommes d'approfondir leurs connaissances scientifiques, de mieux appréhender le monde en développant les relations humaines et en donnant aux artistes l'opportunité de traduire l'évolution de leur temps. Avec parfois des accents de récit épique auxquels s'ajoute une lecture subtile des oeuvres d'art, Timothy Brook nous instruit, nous passionne, en nous faisant percevoir le sens et la beauté de ces toiles qui font "l'éloge du quotidien".
A avoir dans sa bibliothèque !



 

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Fred Campy, Tiffany Tavernier, Olivier Mony, Laure Buisson

Fred Campy, Tiffany Tavernier, Olivier Mony, Laure Buisson

L'après-midi de samedi au salon d'Hossegor a été consacrée dans un premier temps à une table ronde animée par Olivier Mony journaliste littéraire à Sud-Ouest, sur ces aventurières et exploratrices qui ont fait avancer la cause des femmes.
Tiffany Tavernier, romancière et scénariste a été marquée très tôt par l'incroyable destin d'Isabelle Eberhardt d'origine russe,dont la curiosité et la soif de liberté l'ont conduite dans plusieurs pays du monde en bravant les codes de l'époque, avant de terminer sa vie en Algérie où elle est morte noyée à 27 ans, en 1904. Plusieurs écrivains se sont intéressés à elle, notamment Edmonde Charles Roux avec Désir d'Orient, et Nomade j'étais.
Un destin dans l'Islam,
de T.Tavernier, propose un autre regard sur cette femme, en résonance avec l'époque actuelle.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Isabelle_Eberhardt


Laure Buisson, quant à elle, a découvert par hasard il y a une vingtaine d'années,Jeanne de Belleville, cette poitevine, combattante infatigable surnommée la "tigresse bretonne",épouse de seigneurs (mariée quatre fois) première femme pirate pendant 9 mois de sa vie.
Le titre du roman est très évocateur de cet esprit libre, indomptable, que rien n'effrayait:
Pour ce qu'il me plaist, Jeanne de Belleville, la première femme pirate
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeanne_de_Belleville

 

Fred Campoy et Mathieu Blanchot scénariste et illustrateur, se sont penchés sur un personnage non moins célèbre que les deux précédents, Alexandra David-Neel, dont le parcours a inspiré bon nombre de voyageurs au 20è siècle. Morte en 1969 à 101 ans, cette franco-belge hors norme a été la première femme à pénétrer au Tibet, s'est investie dans le journalisme, l' anarchisme, le bouddhisme, la franc-maçonnerie, le chant lyrique...
Cette figure importante pour le féminisme a capté l'attention d'écrivains, de cinéastes, de dramaturges, tous fascinés par son érudition et la richesse de sa personnalité.
Une vie avec Alexandra David-Néel retrace en BD ce parcours exceptionnel.

 

Marianne Payot, Laurent Selsik

Marianne Payot, Laurent Selsik

Laurent Selsik, talentueux auteur du prix Femina 2013 , "Le cas Eduard Einstein", est écrivain et médecin, ce qui lui permet d'aborder les personnages dont il traite avec un double regard. En tant que romancier, il tente de se mettre à leur place et en tant que thérapeute, il envisage d'aller au-delà des apparences, de ce que l'on sait de ces personnages.
Interviewé par Marianne Payot, rédactrice à l'Express, ce natif de Nice devait obligatoirement s'intéresser à celui qui fut élève au lycée Masséna, avant de remporter deux fois le prix Goncourt (sous un nom d'emprunt la deuxième fois), Romain Gary. Homme tourmenté à la personnalité complexe, il s'est inventé un père, lui qui a terriblement souffert du départ de son vrai père et qui a suivi ,consciemment ou pas, les désirs de sa mère souhaitant pour son fils un destin plus glorieux que le sien, au prix de nombreux mensonges.
Romain Gary s'en va-t'en-guerre tente d'analyser toutes les souffrances de l'écrivain, ses passions, ses rêves déçus, tout ce qui donnera par la suite matière à créer de grands romans.
Un entretien riche, passionnant!

 

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Comme chaque année, ce salon, spécialisé dans la biographie et le livre d'Histoire, propose de beaux échanges avec auteurs et éditeurs pendant les trois prochains jours dans le cadre agréable du Sporting Casino :

http://www.hossegor.fr/fr/decouvrir/les-grands-evenements/salon-livre/

http://www.hossegor.fr/upload/page/ftp/Salon-du-livre-programme.pdf

 

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En 1973, l'américan Richard Brautigan, proche de la Beat generation, publie "L'avortement", un roman dans lequel il imagine un bibliothécaire qui passe son temps dans une bibliothèque particulière regroupant tous les manuscrits refusés. Après le décès de Brautigan, une bibliothèque de ce type a effectivement été créée aux Etats-Unis.
C'est la lecture de ce livre qui a donné à David Foenkinos l'idée d'écrire Le mystère Henri Pick.
A Crozon, petite ville du Finistère, le bibliothécaire imite le personnage de Brautigan : dans les années 90, il met à la disposition des écrivains non publiés un rayonnage où les usagers peuvent venir puiser à leur gré. C'est ainsi que Delphine, une jeune éditrice de chez Grasset , dont la famille vit à Crozon, vient visiter cette bibliothèque avec son ami écrivain de talent mais encore inconnu. Tous deux y passent du temps et finissent par découvrir une histoire originale qui met en parallèle les dernières heures d'une histoire d'amour avec celles de Pouchkine. Son auteur se nomme Henri Pick. Après des recherches, il s'avère que cet homme, ancien pizzaiolo, est décédé depuis deux ans. Sa femme est éberluée par cette nouvelle, elle qui n'a jamais vu son mari lire ni écrire. Tout ce mystère autour du livre et de son auteur fait que Delphine sait que la publication de ce livre sera inévitablement un grand succès de librairie. Une question essentielle demeure : comment cet homme apparemment inculte a-t-il pu écrire un roman, qui en plus, suppose la lecture d'un grand écrivain russe? A-t-il été le pendant littéraire de la photographe Vivian Maïer qui, a toujours refusé la reconnaissance
David Foenkinos nous entraîne dans cette énigme avec son talent habituel, sa drôlerie, sa sensibilité. Sous des apparences de légèreté, l'auteur n'hésite pas à égratigner le milieu de l'édition,à souligner l'impact évident des médias dans la fabrication des succès littéraires, ainsi que dans leur capacité à bouleverser la vie des anonymes. On est pris dans cette histoire aux personnages multiples jusqu'au dénouement final, complètement inattendu, et si l'on peut reprocher quelques facilités de style, il n'en reste pas moins que ce que l'on aime chez cet auteur, c'est la variété des thèmes abordés dans ses romans, c'est sa plume qui mêle habilement  comédie, polar, histoire d'amour. Sa plus grande qualité est certainement sa faculté à rester proche du lecteur, ce qu'il est aussi dans la vie : un être simple, délicat, à l'écoute de l'autre.

"La vie possède une dimension intérieure, avec des histoires qui n'ont pas d'incarnation dans la réalité mais qui pourtant sont vécues."
 

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Après Orhan Pamuk, l'écrivain turc mondialement connu, je découvre Oya Baydar, son aînée d'une dizaine d'années, investie comme lui dans la cause militante.
Parole perdue est son premier roman, paru en 2010. Très dense, il mêle plusieurs thèmes qui offrent au lecteur une meilleure connaissance de la Turquie, par bien des aspects.
C'est l'histoire d'un couple qui a tissé des liens solides au fil du temps, mais dont l'investissement  professionnel et politique n' a pas permis de prendre le recul nécessaire pour dresser des bilans. A la cinquantaine, ils ne savent plus très bien où ils en sont : ils se voient rarement et leur fils unique s'est éloigné d'eux , ayant choisi de vivre dans un île scandinave avec son enfant.
Lui, Ömer Eren, a connu le succès avec ses écrits, cependant son inspiration s'est tarie. Il est aussi dans une impasse au niveau de son engagement politique , ce qui fait qu'il n'a plus qu'un désir : partir pour se trouver. Sa femme Elif est chercheuse à l'université; passionnée par son métier, elle partage son temps entre les expériences en laboratoire et les colloques à l'étranger. Son prochain voyage est pour l'Europe du Nord, elle va donc en profiter pour revoir Deniz, ce fils qui n'a pas les mêmes ambitions que ses parents, et tenter de comprendre le sens de son éloignement, de ses valeurs si différentes.
Ce voyage initiatique met très vite Ömer en présence d'une jeune kurde, Zelal, à la gare d'Ankara, lors d'un incident dramatique visant à éliminer cette femme qui a soi-disant sali l'honneur de sa famille.Son compagnon Mahmut, a fui la guérilla kurde, il est poursuivi par le PKK, parti d'indépendance kurde, aux méthodes aussi violentes que celle de l'armée turque.
En poursuivant son chemin vers l'Anatolie, Ömer rencontre la pharmacienne Jihan, femme aussi belle que mystérieuse, dont le mari a été assassiné par l'on ne sait quel parti. Son seul combat est la lutte pour plus de paix et d'humanité.
Face à ces personnes, Ömer comprend que son engagement a été minime, sans risques.
De son côté, Elif arrive en Norvège, dans cette île où Deniz, enfant, avait souhaiter rester pour fuir la violence de la Turquie. Jeune reporter photographe, il a à nouveau côtoyé la violence dans plusieurs pays, ce qui explique son retour dans cette île paisible, le rêve de son enfance, pour y découvrir ce qu'il estime être la vraie vie. Mère et fils tentent de renouer leurs liens.
Ce roman écrit par une ancienne militante, ayant fui la Turquie pour l'Allemagne après avoir été torturée, et qui est revenue au pays de ses racines en 1991, est celui d'une femme engagée, mais lucide, qui a compris que la violence n'est pas le meilleur moyen de régler les problèmes.
Roman politique, il nous informe sur la situation de ce pays, déchiré entre deux cultures où la violence est monnaie courante : celle de la guerre dont même les enfants ne sont pas épargnés, celle que subissent les femmes dans leur asservissement...
Roman philosophique, il nous interpelle sur le sens de la vie, sur celui des responsabilités, de l'engagement politique, de la transmission.
Roman choral, il alterne la parole de la narratrice avec celle des personnages dans un souci de vérité, d'authenticité.
Un livre fort, émouvant, porté par une langue précise qui même l'intime au politique.
  A avoir dans sa bibliothèque.
 

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Mes photos, mes coups de coeur en littérature et au ciné, les auteurs et artistes que j'admire,mes productions personnelles et une pincée d'humour...

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