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Le blog de Ritournelle

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Articles avec #litterature

 

 

Timothy Brook est un éminent sinologue d'origine canadienne qui enseigne à l'université de Vancouver. Après avoir avoir écrit une Histoire de la Chine impériale, il a eu envie de nous éclairer sur les similitudes entre le XVIIè siècle et notre époque. Pour cela, il a utilisé comme point de départ l'un des souvenirs enchantés de son adolescence, qui l'a mené à découvrir la ville de Delft. Suite à un accident de vélo, il a été recueilli après sa chute par une vieille dame qui l'a initié aux trésors architecturaux et artistiques de la ville , parmi lesquels figurent les tableaux de Vermeer.
Ce qui nous est parvenu de l'oeuvre du peintre se résume à trente-cinq tableaux et c'est parmi ceux-ci que Peter Brook a puisé pour aborder le XVIIè siècle, en s'attachant à certains détails de chacun.


Le premier tableau, intitulé La vue de Delft, est l'un des rares paysages du peintre. On sait qu'il a donné la priorité aux scènes d'intérieur reflétant une atmosphère tranquille, loin du tumulte du port, très actif à cette époque. Ce qu'il faut remarquer sur cette toile, ce sont les bateaux, des harenguiers qui figurent au premier plan. Ils sont la preuve que ce siècle a connu lui aussi un bouleversement climatique, contraire au nôtre, puisque le refroidissement a fait descendre les harengs vers des mers plus tempérées, de la Norvège vers les Pays-Bas. Grâce à cette pêche, les Hollandais ont pu se lancer dans des opérations commerciales d'envergure de par le monde. Les bâtiments que l'on aperçoit au fond du tableau sont ceux de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales créée pour envisager des échanges avec l'Asie. C'est le début de la mondialisation, autre point commun avec aujourd'hui.

Le second tableau , L'officier et la jeune fille riant, propose une scène de séduction entre un militaire, très bien vêtu , coiffé d'un chapeau en poil de castor, et une jeune fille apparemment sous son charme. Deux éléments retiennent notre attention : le chapeau et la carte sur le mur du fond.
Ils sont la preuve d'un commerce très recherché en Amérique du nord, celui des castors. Samuel Champlain a profité de ce commerce pour se lancer dans des expéditions destinées à atteindre la Chine par le Canada, mais il n'y est jamais parvenu.

Avec La liseuse à la fenêtre, on entre directement dans le monde du commerce avec le tapis turc au premier plan et la jatte de fruits en porcelaine chinoise. Il était de bon goût d'avoir chez soi de la vaisselle chinoise et nombreux sont les européens qui ont tenté de l'imiter, mais sans succès,à cause de la mauvaise qualité de l'argile, ainsi que de l'émail. D'où l'importance de ce commerce.


Le géographe témoigne de la nécessité d'établir des cartes pour voyager dans des conditions plus sûres. Le compas magnétique, invention chinoise, marque l'époque, pourtant les Chinois ne sont pas de grands voyageurs, ils préfèrent laisser venir les Européens à eux, plus curieux de découvrir et comprendre le monde.

La femme à la balance ou La peseuse d'or fait référence selon T.Brook à l'exploitation des mines en Amérique du Sud, à toutes les transactions commerciales de l'époque. D'autres y ont vu une allégorie de la tempérance, avec cette jeune bourgeoise pesant ses bijoux, près d'une toile représentant le Jugement dernier .

A ces cinq tableaux, l'auteur a rajouté : - Les joueurs de cartes de Van der Burch, un contemporain de Vermeer, qui nous renseigne également sur l'importance des voyages et du commerce avec ce jeune serviteur noir, employé certainement comme esclave.


- Une faïence du musée de Delft, sur laquelle on devine au premier plan sur la gauche, un homme en train de fumer, l'occasion pour T.Brook de nous renseigner davantage sur cette pratique représentée en Europe dans la deuxième moitié du XVIè siècle et seulement au XVIIè en Chine grâce aux échanges.

 

Cet essai extrêmement dense nous remémore une période historique de premier plan, le Siècle d'Or, pendant laquelle le commerce, les échanges, les voyages ont pris une importance considérable, permettant aux hommes d'approfondir leurs connaissances scientifiques, de mieux appréhender le monde en développant les relations humaines et en donnant aux artistes l'opportunité de traduire l'évolution de leur temps. Avec parfois des accents de récit épique auxquels s'ajoute une lecture subtile des oeuvres d'art, Timothy Brook nous instruit, nous passionne, en nous faisant percevoir le sens et la beauté de ces toiles qui font "l'éloge du quotidien".
A avoir dans sa bibliothèque !



 

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Fred Campy, Tiffany Tavernier, Olivier Mony, Laure Buisson

Fred Campy, Tiffany Tavernier, Olivier Mony, Laure Buisson

L'après-midi de samedi au salon d'Hossegor a été consacrée dans un premier temps à une table ronde animée par Olivier Mony journaliste littéraire à Sud-Ouest, sur ces aventurières et exploratrices qui ont fait avancer la cause des femmes.
Tiffany Tavernier, romancière et scénariste a été marquée très tôt par l'incroyable destin d'Isabelle Eberhardt d'origine russe,dont la curiosité et la soif de liberté l'ont conduite dans plusieurs pays du monde en bravant les codes de l'époque, avant de terminer sa vie en Algérie où elle est morte noyée à 27 ans, en 1904. Plusieurs écrivains se sont intéressés à elle, notamment Edmonde Charles Roux avec Désir d'Orient, et Nomade j'étais.
Un destin dans l'Islam,
de T.Tavernier, propose un autre regard sur cette femme, en résonance avec l'époque actuelle.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Isabelle_Eberhardt


Laure Buisson, quant à elle, a découvert par hasard il y a une vingtaine d'années,Jeanne de Belleville, cette poitevine, combattante infatigable surnommée la "tigresse bretonne",épouse de seigneurs (mariée quatre fois) première femme pirate pendant 9 mois de sa vie.
Le titre du roman est très évocateur de cet esprit libre, indomptable, que rien n'effrayait:
Pour ce qu'il me plaist, Jeanne de Belleville, la première femme pirate
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeanne_de_Belleville

 

Fred Campoy et Mathieu Blanchot scénariste et illustrateur, se sont penchés sur un personnage non moins célèbre que les deux précédents, Alexandra David-Neel, dont le parcours a inspiré bon nombre de voyageurs au 20è siècle. Morte en 1969 à 101 ans, cette franco-belge hors norme a été la première femme à pénétrer au Tibet, s'est investie dans le journalisme, l' anarchisme, le bouddhisme, la franc-maçonnerie, le chant lyrique...
Cette figure importante pour le féminisme a capté l'attention d'écrivains, de cinéastes, de dramaturges, tous fascinés par son érudition et la richesse de sa personnalité.
Une vie avec Alexandra David-Néel retrace en BD ce parcours exceptionnel.

 

Marianne Payot, Laurent Selsik

Marianne Payot, Laurent Selsik

Laurent Selsik, talentueux auteur du prix Femina 2013 , "Le cas Eduard Einstein", est écrivain et médecin, ce qui lui permet d'aborder les personnages dont il traite avec un double regard. En tant que romancier, il tente de se mettre à leur place et en tant que thérapeute, il envisage d'aller au-delà des apparences, de ce que l'on sait de ces personnages.
Interviewé par Marianne Payot, rédactrice à l'Express, ce natif de Nice devait obligatoirement s'intéresser à celui qui fut élève au lycée Masséna, avant de remporter deux fois le prix Goncourt (sous un nom d'emprunt la deuxième fois), Romain Gary. Homme tourmenté à la personnalité complexe, il s'est inventé un père, lui qui a terriblement souffert du départ de son vrai père et qui a suivi ,consciemment ou pas, les désirs de sa mère souhaitant pour son fils un destin plus glorieux que le sien, au prix de nombreux mensonges.
Romain Gary s'en va-t'en-guerre tente d'analyser toutes les souffrances de l'écrivain, ses passions, ses rêves déçus, tout ce qui donnera par la suite matière à créer de grands romans.
Un entretien riche, passionnant!

 

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Comme chaque année, ce salon, spécialisé dans la biographie et le livre d'Histoire, propose de beaux échanges avec auteurs et éditeurs pendant les trois prochains jours dans le cadre agréable du Sporting Casino :

http://www.hossegor.fr/fr/decouvrir/les-grands-evenements/salon-livre/

http://www.hossegor.fr/upload/page/ftp/Salon-du-livre-programme.pdf

 

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En 1973, l'américan Richard Brautigan, proche de la Beat generation, publie "L'avortement", un roman dans lequel il imagine un bibliothécaire qui passe son temps dans une bibliothèque particulière regroupant tous les manuscrits refusés. Après le décès de Brautigan, une bibliothèque de ce type a effectivement été créée aux Etats-Unis.
C'est la lecture de ce livre qui a donné à David Foenkinos l'idée d'écrire Le mystère Henri Pick.
A Crozon, petite ville du Finistère, le bibliothécaire imite le personnage de Brautigan : dans les années 90, il met à la disposition des écrivains non publiés un rayonnage où les usagers peuvent venir puiser à leur gré. C'est ainsi que Delphine, une jeune éditrice de chez Grasset , dont la famille vit à Crozon, vient visiter cette bibliothèque avec son ami écrivain de talent mais encore inconnu. Tous deux y passent du temps et finissent par découvrir une histoire originale qui met en parallèle les dernières heures d'une histoire d'amour avec celles de Pouchkine. Son auteur se nomme Henri Pick. Après des recherches, il s'avère que cet homme, ancien pizzaiolo, est décédé depuis deux ans. Sa femme est éberluée par cette nouvelle, elle qui n'a jamais vu son mari lire ni écrire. Tout ce mystère autour du livre et de son auteur fait que Delphine sait que la publication de ce livre sera inévitablement un grand succès de librairie. Une question essentielle demeure : comment cet homme apparemment inculte a-t-il pu écrire un roman, qui en plus, suppose la lecture d'un grand écrivain russe? A-t-il été le pendant littéraire de la photographe Vivian Maïer qui, a toujours refusé la reconnaissance
David Foenkinos nous entraîne dans cette énigme avec son talent habituel, sa drôlerie, sa sensibilité. Sous des apparences de légèreté, l'auteur n'hésite pas à égratigner le milieu de l'édition,à souligner l'impact évident des médias dans la fabrication des succès littéraires, ainsi que dans leur capacité à bouleverser la vie des anonymes. On est pris dans cette histoire aux personnages multiples jusqu'au dénouement final, complètement inattendu, et si l'on peut reprocher quelques facilités de style, il n'en reste pas moins que ce que l'on aime chez cet auteur, c'est la variété des thèmes abordés dans ses romans, c'est sa plume qui mêle habilement  comédie, polar, histoire d'amour. Sa plus grande qualité est certainement sa faculté à rester proche du lecteur, ce qu'il est aussi dans la vie : un être simple, délicat, à l'écoute de l'autre.

"La vie possède une dimension intérieure, avec des histoires qui n'ont pas d'incarnation dans la réalité mais qui pourtant sont vécues."
 

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Après Orhan Pamuk, l'écrivain turc mondialement connu, je découvre Oya Baydar, son aînée d'une dizaine d'années, investie comme lui dans la cause militante.
Parole perdue est son premier roman, paru en 2010. Très dense, il mêle plusieurs thèmes qui offrent au lecteur une meilleure connaissance de la Turquie, par bien des aspects.
C'est l'histoire d'un couple qui a tissé des liens solides au fil du temps, mais dont l'investissement  professionnel et politique n' a pas permis de prendre le recul nécessaire pour dresser des bilans. A la cinquantaine, ils ne savent plus très bien où ils en sont : ils se voient rarement et leur fils unique s'est éloigné d'eux , ayant choisi de vivre dans un île scandinave avec son enfant.
Lui, Ömer Eren, a connu le succès avec ses écrits, cependant son inspiration s'est tarie. Il est aussi dans une impasse au niveau de son engagement politique , ce qui fait qu'il n'a plus qu'un désir : partir pour se trouver. Sa femme Elif est chercheuse à l'université; passionnée par son métier, elle partage son temps entre les expériences en laboratoire et les colloques à l'étranger. Son prochain voyage est pour l'Europe du Nord, elle va donc en profiter pour revoir Deniz, ce fils qui n'a pas les mêmes ambitions que ses parents, et tenter de comprendre le sens de son éloignement, de ses valeurs si différentes.
Ce voyage initiatique met très vite Ömer en présence d'une jeune kurde, Zelal, à la gare d'Ankara, lors d'un incident dramatique visant à éliminer cette femme qui a soi-disant sali l'honneur de sa famille.Son compagnon Mahmut, a fui la guérilla kurde, il est poursuivi par le PKK, parti d'indépendance kurde, aux méthodes aussi violentes que celle de l'armée turque.
En poursuivant son chemin vers l'Anatolie, Ömer rencontre la pharmacienne Jihan, femme aussi belle que mystérieuse, dont le mari a été assassiné par l'on ne sait quel parti. Son seul combat est la lutte pour plus de paix et d'humanité.
Face à ces personnes, Ömer comprend que son engagement a été minime, sans risques.
De son côté, Elif arrive en Norvège, dans cette île où Deniz, enfant, avait souhaiter rester pour fuir la violence de la Turquie. Jeune reporter photographe, il a à nouveau côtoyé la violence dans plusieurs pays, ce qui explique son retour dans cette île paisible, le rêve de son enfance, pour y découvrir ce qu'il estime être la vraie vie. Mère et fils tentent de renouer leurs liens.
Ce roman écrit par une ancienne militante, ayant fui la Turquie pour l'Allemagne après avoir été torturée, et qui est revenue au pays de ses racines en 1991, est celui d'une femme engagée, mais lucide, qui a compris que la violence n'est pas le meilleur moyen de régler les problèmes.
Roman politique, il nous informe sur la situation de ce pays, déchiré entre deux cultures où la violence est monnaie courante : celle de la guerre dont même les enfants ne sont pas épargnés, celle que subissent les femmes dans leur asservissement...
Roman philosophique, il nous interpelle sur le sens de la vie, sur celui des responsabilités, de l'engagement politique, de la transmission.
Roman choral, il alterne la parole de la narratrice avec celle des personnages dans un souci de vérité, d'authenticité.
Un livre fort, émouvant, porté par une langue précise qui même l'intime au politique.
  A avoir dans sa bibliothèque.
 

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De nombreux visiteurs sont venus pendant ces deux journées assister à ces moments d'échanges si précieux avec des personnalités issues d'horizons divers. Le facétieux Grégoire Delacourt a débattu avec son complice Jean-Louis Fournier sur le thème du bonheur et des "livres qui font du bien"; David Foenkinos est venu nous parler de l'impact insoupçonné des mots dans la vie des lecteurs avec le  "Mystère Henri Pick". Le pédopsychiatre Aldo Naouri a livré sa conception de l'éducation, nourrie de ses nombreuses expériences de thérapie.
Claude Cancès, un ancien du "quai des orfèvres" et l'écrivain Harold Cobert ont apporté leurs témoignages sur des faits divers qui dépassent souvent la fiction.
Dominique Bona est venue présenter une biographie de Colette mettant en lumière les femmes qui ont compté dans sa vie.
Ces entretiens, ainsi que ceux des autres auteurs présents dont Etienne Rousseau-Plotto , historien local, ont été brillamment menés par la journaliste Nathalie Six.
La photographe Séverine Dabadie a apporté une note locale et colorée avec ses belles photos sur le pastoralisme basque.
Souhaitons longue vie à ces rencontres annuelles!

Grégoire Delacourt, Jean-Louis Fournier, Nathalie Six
Grégoire Delacourt, Jean-Louis Fournier, Nathalie Six

Grégoire Delacourt, Jean-Louis Fournier, Nathalie Six

David Foenkinos
David Foenkinos

David Foenkinos

Harold Cobert, Claude Cancès

Harold Cobert, Claude Cancès

Dominique Bona

Dominique Bona

Séverine Dabadie

Séverine Dabadie

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Leonardo Padura occupe une place de premier plan dans la littérature cubaine contemporaine. Je découvre cet auteur avec son avant-dernier roman, une oeuvre dense, foisonnante, dans laquelle on avance lentement pour en suivre le fil et en percevoir toutes les subtilités.
Si l'auteur utilise, comme à son habitude, la trame policière, c'est pour aborder librement les sujets qui l'interpellent, ceux qui font référence à l'Histoire, celle des siècles passés, et celle de notre monde d'aujourd'hui.
1939 : un bateau s'approche de La Havane avec à son bord des juifs polonais fuyant le nazisme. Parmi eux, les parents et la soeur du petit Daniel Kaminsky, que sa famille avait envoyé rejoindre son oncle déjà présent sur l'île. Un tableau de Rembrandt, propriété des Kaminsky, doit servir de monnaie d'échange, mais l'autorisation de débarquer les passagers est refusée. Les Kaminsky repartent pour l'Europe et le destin funeste qui les attend.
Le tableau réapparaît soixante ans plus tard dans une vente aux enchères à Londres.
Pour quelle raison? C'est ce que tente de savoir le fils de Daniel, Elias, qui arrive en 2007 à La Havane et confie l'enquête à l'une de ses connaissances, le fameux détective Mario Conde, personnage récurrent des romans de l'auteur. On se trouve ainsi transporté à plusieurs époques:la période prérévolutionnaire de Cuba, le 17è siècle et le 21èsiècle. Le livre comporte trois parties, dont les noms font référence aux personnages bibliques juifs David, Elias, Judith.
Le premier livre , c'est l'histoire de David et de son oncle dans cette île où les juifs ne sont pas bien perçus: comment s'intégrer dans une société qui refuse la religion des émigrés, faut-il abandonner ses racines ou fuir pour ne pas se trahir? Padura analyse avec acuité cet éternel problème qui a un écho bien réel aujourd'hui.
Le deuxième livre regroupe un tas de données historiques sur la vie à Amsterdam au 17è siècle : c'est une ville cosmopolite où les différentes communautés ont du mal à faire coeexister leurs religions respectives. Pourtant, un jeune juif séfarade devient apprenti dans l'atelier du maître Rembrandt, ce qui signifie qu'il devient hérétique, car il représente la figure humaine, outrepassant les interdits de sa religion. Dans ce passage bien documenté, on apprend aussi beaucoup de la vie artistique de l'époque, des techniques picturales utilisées. C'est aussi l'occasion pour Padura d'expliquer l'origine du tableau disparu.
La troisième partie nous ramène à la vie à Cuba aujourd'hui; Mario Conde enquête sur la disparition d'une adolescente marginale; de ce fait il côtoye tous les laissés-pour-compte du régime castriste qui impose sa religion laïque depuis les années 60.
Le lien entre les différentes parties est bien sûr le tableau, un lien qui permet à l'auteur , tout en évoquant le passé et le présent, de nous faire comprendre que l'Histoire au fil des siècles renouvelle les mêmes erreurs, pratique les mêmes ségrégations. Son propos en écrivant ce livre était de "voir comment, à travers l'Histoire, l'homme a toujours fait face, encore et encore, aux mêmes restrictions de sa liberté individuelle sous la pression de la société."
3 ans ont été nécessaires pour écrire ces 600 pages. Le style à la fois précis et baroque, comme celui de l'autre figure littéraire cubaine, Alejo Carpentier, nous tient en haleine, nous émeut , nous instruit, nous fait sourire, nous amène à réfléchir sur la liberté, celle que tous les pouvoirs, politiques et religieux veulent restreindre. L'homme ne peut vraiment exister sans liberté de pensée et de création.
Un grand livre!
 

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Metin Arditi nous a séduit avec son « Turquetto », il y a quelques années, l'histoire d'un artiste juif né à Constantinople, élevé dans la foi chrétienne et jugé pour hérésie. Avec ce roman, antérieur au "Turquetto", il nous replonge dans le monde de l'art, plus particulièrement dans celui de la Renaissance à travers ses deux personnages principaux : Guido Gianotti, un historien d'art, et Anne-Catherine, une grande bourgeoise , « ayant appris à ouvrir une porte comme on apprend à danser la valse, ou les arts de la table, dans le souci de marquer son rang. ». Après avoir hérité de son grand-père un tableau estimé de valeur, cette quadragénaire récemment divorcée, sollicite Guido , le spécialiste de la Renaissance, pour connaître son auteur et pouvoir le vendre à son juste prix. Retraité depuis peu, Guido ,d'origine modeste,est un émigré italien, qui vit à Genève et dont le fils est médecin. Il a connu de nombreux succès féminins, mais l'âge venant, sa sexualité défaillante le tourmente, d'autant qu'Anne- Catherine est une très belle femme, donc désirable. Ces deux êtres que tout oppose vont nouer une relation timide, puis passionnée, parallèlement à l'enquête menant à un décryptage détaillé de cette peinture sur bois si énigmatique.
L'intérêt de ce livre repose en grande partie sur l'évocation de la peinture florentine et de ses grands maîtres, dont Bronzino en est l'un des représentants, pour ce qui est du maniérisme.
Il nous fait découvrir ce qu'étaient les fameux tableaux-couvercles destinés à abriter des oeuvres ou documents secrets. Les recherches entreprises par Guido donnent envie de mieux connaître l'oeuvre du Bronzino, de revisiter les grands musées italiens, de parcourir les rues de Florence, ainsi que les écrits de tous ces peintres qui nous émeuvent tant.
Le talent de Metin Arditi nous permet de découvrir pas à pas un tableau, de nous émerveiller devant le détail d'une main, d'une chevelure, ou devant les regards qui laissent filtrer sensualité et émotion.
L'auteur est un homme passionné, sa prose nous le prouve avec délicatesse et précision.
 

BRONZINO - PORTRAIT DE JEUNE HOMME AU CHAPEAU A PLUME - 1550-55

BRONZINO - PORTRAIT DE JEUNE HOMME AU CHAPEAU A PLUME - 1550-55

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MICHAEL ESCOFFIER

MICHAEL ESCOFFIER

Michaël Escoffier et Bernard Friot ont animé divers ateliers vendredi avec les classes ayant participé à un projet préparé en amont , et samedi aussi, avec les visiteurs du salon, ils ont initié les enfants à l'écriture et à l'illustration de façon ludique.

Salon de littérature jeunesse (2) : animations avec les auteurs
BERNARD FRIOT

BERNARD FRIOT

La journée de samedi s'est terminée par une joute d'illustrateurs réunissant petits et grands.

Salon de littérature jeunesse (2) : animations avec les auteurs
CONSIGNE PARTICULIERE TIREE AU SORT :  DESSINER SANS LES MAINS

CONSIGNE PARTICULIERE TIREE AU SORT : DESSINER SANS LES MAINS

Salon de littérature jeunesse (2) : animations avec les auteurs
BERNARD FRIOT

BERNARD FRIOT

Et Bernard Friot a contourné la difficulté du dessin en créant un petit poème justifié par le mot grec graphein qui signifie à la fois écrire et dessiner.

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Mes photos, mes coups de coeur en littérature et au ciné, les auteurs et artistes que j'admire,mes productions personnelles et une pincée d'humour...

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