Ida
Il y avait longtemps que le cinéma polonais n'avait pas proposé une oeuvre aussi grandiose que ce film qui a séduit tous les critiques.
Dans les années 60 en Pologne, Ida est une jeune fille de 18 ans n'ayant pour horizon que les murs du couvent où elle vit depuis toujours. Avant de prononcer ses voeux, la mère supérieure l'engage à découvrir ses origines, en faisant la connaissance de la seule personne de sa famille encore en vie, une tante qui vit dans une ville voisine. Ida ne sait pas qu'elle est juive. Dans ce cocon qui l'a préservée de la réalité, elle est loin d'imaginer ce qui l'attend, l'histoire de sa famille étant directement liée au sordide de la grande Histoire, celle de la période nazie. Et cette tante va mettre du temps à s'ouvrir à elle ; le sexe et l'alcool l'éloignent de l'âme pure d'Ida , et si elle porte en elle les traumatismes du passé, elle n'accepte pas davantage le rôle actif qu'elle joue dans la dictature communiste. Elles vont partir toutes deux à la recherche de secrets douloureux, établir une réelle connivence qui mène Ida à goûter à ce à quoi elle veut renoncer, pour être sûre de son choix...
Dans une mise en scène d'une grande sobriété, Pawel Pawlikowski enchaîne une suite de tableaux sublimés par le noir et blanc, conforme à l'opposition des deux personnages, au contexte socio-historique, et à la spiritualité si présente. Le silence, alternant avec la musique de Bach et de Coltrane, nous entraîne dans des réflexions multiples sur les drames collectifs ou plus intimes, dont on ressort troublé.
Un film sublime, puissant, porté par deux admirables actrices.



