Sérotonine - Michel Houellebecq

Une fois n’est pas coutume, je n’ai pas l’habitude dans ce blog de parler de ce que je n’aime pas, que ce soit en art ou en littérature . Mais comme le dernier roman de Houellebecq est un grand succès de librairie, je me demande si beaucoup de personnes en pensent la même chose que moi.
A priori, les critiques masculines trouvées sur le net adhèrent totalement à cette prose sombre, comme elle ne l’a jamais été auparavant.
Le titre donne déjà le ton ; la sérotonine est une substance se trouvant dans l’intestin et le cerveau, qui est censée permettre de supprimer angoisses et idées noires.
Le personnage principal, Florent-Claude Labrouste a quelques points communs avec l’auteur : c’est un ingénieur agronome, dépressif, dont les relations amoureuses sont peu satisfaisantes, axées principalement sur le sexe dans tous ses « raffinements possibles ». Sa dernière conquête, une japonaise nymphomane, le trompe allègrement, pratique même la zoophilie. Il décide de la quitter, de s’installer dans un hôtel parisien en s’enfermant dans sa solitude. De son passé, émergent quelques bribes de relations humaines positives, son amitié avec un copain d’études, Aymeric d’Harcourt, héritier d’une grande famille d’aristocrates normands et Camille, son amour perdu dont le souvenir le hante. Le premier a fini par se suicider après avoir tenté de mener à bien un élevage de bovins dans la propriété familiale, la faute au libéralisme européen qui abandonne les agriculteurs à leurs problèmes face à la concurrence. Quant à Camille, elle a préféré fuir le tempérament infidèle de Florent pour ouvrir un cabinet vétérinaire dans un village et se faire faire un enfant par un inconnu.
Elle est le seul personnage du roman qui réussit à s’assumer pleinement en dépassant les amertumes de la vie.
Je passe sous silence les autres personnages de moindre importance dans cette histoire, mais qui donnent l'occasion à l'auteur d'exprimer une fois de plus sa misogynie et son homophobie.
Certes, on peut voir dans ce roman la métaphore de notre société en perte de repères, plus de religion, ni même de foi en l’amour durable, capables de guider l’humain, qui n’a par ailleurs pas d’autre perspectives que la révolte pour échapper à un quotidien économiquement difficile. Mais le personnage principal a des problèmes de riche : il ne pense qu’à satisfaire ses propres besoins matériels, bonne chère, baise, à défaut de pouvoir atteindre d’autres dimensions. Il éprouve de l’empathie pour les animaux des abattoirs, mais se soucie peu de son prochain, est englué dans son pessimisme no future, oublie qu’il y a encore en ce monde des raisons de s’émerveiller.
Pourquoi donc , oeuvre après oeuvre, donner dans la surenchère, produire des œuvres aussi noires?
D’ailleurs que va pouvoir écrire Houellebecq après ce livre ? Est-ce une sorte de testament littéraire ?
J’ai nettement préféré La carte et le territoire et Soumission. Sérotonine me laisse un goût amer, celui de la provocation extrême ; je n’ai eu aucun plaisir à le lire.
Pour les inconditionnels de Houellebecq, et encore, à lire plutôt l’été, dans un paysage écrasé de soleil !