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Le blog de Ritournelle

Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce - Corinne Morel-Darleux

Ritournelle

Elue au Conseil régional de la région Auvergne-Rhône-Alpes après avoir été secrétaire nationale du Parti de gauche,  Corinne Morel-Darleux se définit depuis longtemps comme une militante écosocialiste, très investie dans le devenir de notre planète. Dans ce court ouvrage, elle nous interpelle sur l'urgence d'agir face au déclin de la biodiversité:
"Notre société déborde de trop-plein, obscène et obèse, sous le regard de ceux qui crèvent de faim. Elle est en train de s'effondrer sous son propre poids. Elle croule sous les tonnes de plaisirs manufacturés, les conteneurs chargés à ras bord, la lourde indifférence de foules télévisées et le béton des monuments aux morts. Et les derricks continuent à pomper, les banques à investir dans le pétrole, le gaz, le charbon. Le capital continue à chercher davantage de rentabilité. le système produciviste à exploiter main d'oeuvre humaine et écosystèmes dans le même mouvement ravageur."
Devant ce constat alarmant, il est temps de retrouver des  repères, pour mettre en place "la dignité du présent", remplacer le superflu par le nécessaire, et ne pas confondre plaisir et bonheur. La dignité du présent va de pair avec le refus de parvenir. Quel meilleur exemple que celui de Bernard Moitessier, qui, en 1969, sur le point de gagner la première course en solitaire autour du monde , décide de ne pas franchir la ligne d'arrivée et de mettre le cap sur Papeete, pour aller "là où les choses sont simples", sauver son âme, et vivre pleinement le bonheur de rester en mer, pour "ne pas regarder autre chose que son bateau, oublier totalement la Terre, ses villes impitoyables, ses foules sans regard, et sa soif d'un rythme d'existence dénué de sens." Dans ces mots il y a les prémisses du discours écologique qui, depuis, ne cesse de progresser, pour devenir actuellement de plus en plus radical, afin de dénoncer l'origine de cet effondrement : la société de consommation avec ses déchets, la croissance économique s'avérant être un facteur de destruction sociale et environnementale. A ce propos, Corinne Morel-Darleux cite les Grecs ou encore Ivan Illich qui ont perçu les effets néfastes de la démesure des hommes dans leur volonté d'améliorer leur confort. De même, le philosophe André Gorz a souligné la nécessité de revenir à la sobriété après les multiples injonctions à consommer et à gagner plus. Et Pierre Rabhi prône lui aussi "la sobriété heureuse".
Malheureusement, ce sont ceux qui détiennent le pouvoir politique et économique, certainement les plus gros pollueurs, qui savent se mettre à l'abri du désastre annoncé en s'achetant des îles dans le Pacifique ou en se  faisant construire des bunkers en Nouvelle-Zélande. Quelles sont les perspectives pour les autres?
Ne pas attendre des politiques qu'ils agissent, mais trouver de nouveaux terrains d'action, continuer à agir individuellement et collectivement, résister à la compétitivité, à l'ascension sociale, répartir les ressources plus équitablement, et surtout savoir regarder la nature, savourer sa beauté ainsi que ses bienfaits, agir dans le respect d'autrui. C'est un vrai challenge de préserver son bien-être personnel, de sortir des tentations du système tout en gardant un esprit solidaire.
Malgré tout, face à cette situation peu réjouissante, Corinne Morel-Darleux fait émerger une lueur d'espoir en faisant référence à une série d'épisodes climatiques extrêmes au 12ème siècle avant notre ère, associés à des révoltes et invasions, qui ont provoqué la fin de l'âge de bronze et l'effondrement de civilisations florissantes en Méditerranée. S'est ensuivi une période difficile , et parallèlement la formation de micro-états, de communautés isolées, puis l'âge de fer avec les débuts de l'écriture.
Ce livre est une invitation à la réflexion, à l'action, à la solidarité, et à la nécessité de savoir s'émerveiller, comme Pasolini , de la poésie de cette nature qui ne cesse de nous étonner et nous impose le respect :

«  La nuit dont je te parle, nous avons dîné à Paderno et ensuite dans le noir sans lune, nous sommes montés vers Pieve del Pino, nous avons vu une quantité énorme de lucioles, qui formaient des bosquets de feu dans les bosquets de buissons, et nous les enviions parce qu’elles s’aimaient, parce qu’elles se cherchaient dans leurs envols amoureux et leurs lumières ».

 

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Commentaires
C
Merci pour ce bel article qui nous touche personnellement.
Répondre
R
J'espère que ce livre fera un long chemin...