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Le blog de Ritournelle

Quel avenir pour le tourisme?

Ritournelle

Les gondoles à quai, couvertes d'une bâche bleue, toute propre. L'eau soudain transparente. Et des poissons, visibles sur certaines photos. Les images de Venise pendant le confinement ont fait le tour du monde et des réseaux sociaux, imprimant dans nos mémoires un symbole de destination touristique passant soudain de l'enfer de la surfréquentation au paradis d'une nature reprenant ses droits...
Depuis, l'image idyllique, un instant entrevue des lieux libérés des foules et de la pollution s'est brouillée. Et la perspective de ce que pouvait être un monde sans tourisme, nuancée. A Venise comme à Amsterdam, à Dubrovnik, en Egypte, aux Seychelles ou à Komodo, le plaisir, pour les habitants, d'avoir pu savourer ces lieux pendant quelques semaines sans les cohortes de bus, les mégapaquebots, ou les kilos de papiers gras qui s'ensuivent a - hélas - été terni par la perte de recettes et d'emplois. A Venise, 65% de la population travaille dans le tourisme, indique notre reporter qui s'est rendu récemment dans les recoins délicieux et déserts de la cité des Doges, mais a aussi pu prendre la mesure des angoisses de la ville vide. Dans de nombreux pays, l'alarme est la même. Une partie importante du PIB de l'Espagne ( 14%), de l'Italie (13%), des Seychelles (26%) dépend des voyageurs. Et les dégâts s'étendent au-delà de l'économie. Quand les touristes s'absentent, les réserves animalières voient leurs ressources pour la protection et la conservation se tarir, les braconniers revenir et la pauvreté resurgir, avec ses corollaires fatals : la violence, les conflits, les guerres.  Voilà qui rappelle que, pendant longtemps, avant que les touristes ne franchissent les frontières en masse, c'étaient les soldats qui le faisaient...
Il en va du tourisme comme de nombreux élixirs. Le poison, c'est la dose. Faudra-t-il que les destinations qui se sont laissé entraîner dans la monoculture du tourisme imposent des fermetures partielles? Des quotas? Des droits d'entrée? Le voyageur devra-t-il comme dans le train, l'avion ou le théâtre, payer plus cher lors des jours d'affluence? Les entreprises du tourisme qui ont longtemps utilisé des lieux naturels ou publics sans contribuer à leur entretien devront certainement payer davantage. Et le consommateur aussi, qui verra le voyage devenir plus rare et plus cher . Cela étant, aucune mesure ne pourra être durable si elle ne prend pas en compte ce que la crise a révélé : nos démocraties reposent sur trois piliers, la liberté (de circulation), la sécurité ( sanitaire), et la prospérité (économique). Toute idée qui amènerait à sacrifier l'un de ces piliers au profit d'un autre ferait s'écrouler l'édifice.
Venise ou la fin du tourisme? E. Meyer - Géo n° août 2020

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Commentaires
C
Excellent article.....
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