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Le blog de Ritournelle

Fille - Camille Laurens

Ritournelle

Avec ce roman à forte empreinte autobiographique, Camille Laurens nous parle de la différence, celle de naître fille , considéré pendant longtemps comme une malédiction , de l’évolution de ce sentiment au fil des années, pour en arriver à la possibilité, aujourd'hui, de s'affirmer ou pas en tant que telle.
Dans les années 50, Laurence Barraqué arrive dans une famille dont le premier enfant est une fille. La déception est immense pour son père médecin et lorsqu’on lui demande s’il a des enfants , il répond : « Non, j’ai deux filles ». Son enfance est donc pleine d’interrogations sur son statut, tout lui rappelle qu’elle appartient à un sexe inférieur , que ce soit à l’école ou dans les lieux culturels. Elle doit donc se battre pour gagner l’amour de ses parents, autant que pour se construire en s’affranchissant de la domination masculine. Qui plus est, elle doit subir les attouchements de son grand-oncle veuf, et surtout ne rien dire, le reste de la famille étant complice .
La puberté arrive dans l’ignorance la plus totale, son père lui donne des informations assez vagues sur ce bouleversement auquel elle n’est pas préparée, la mise en garde, par contre, n’est pas oubliée : rester éloignée des garçons, avec la peur qui l’accompagne. Mais la grande question à cet âge est : comment savoir que ce le mot amour signifie ?
A 25 ans, le prince charmant se présente : il est ingénieur. Laurence devient femme, prend le nom de son mari et devient mère. Le premier accouchement est un désastre : le bébé, un garçon, meurt tout de suite . Cette tragédie, Camille Laurens l’a déjà évoquée dans son roman Philippe ; il lui faut du temps pour évacuer ce traumatisme , retrouver le goût de vivre et tenter une deuxième grossesse . Cette fois, c’est une fille, Alice, qu’elle va devoir éduquer seule après son divorce .
Sa condition évolue , se rapproche de celle des femmes d’aujourd’hui. Elle s’interroge sur son identité, sur le rôle de la femme dans la société, en famille. A l’heure où les psys recommandent de tout dire aux enfants, elle réalise qu’elle fait porter à sa fille le poids de son premier enfant décédé et que cela a une incidence sur la sexualité qu’elle choisit.
A travers son expérience personnelle, Camille Laurens porte un regard sur l’évolution de la condition féminine ces soixante dernières années. On retrouve des arguments déjà exposés par Annie Ernaux , Christine Angot ou d’autres féministes qui se sont rebellées contre des générations de patriarcat.
Ce qui fait l’intérêt de ce roman, c’est son style fluide, subtil, qui dans un premier temps, évoque avec ironie et drôlerie des comportements machistes, sans tomber dans la caricature, pour aborder avec gravité d’autres sujets douloureux comme l’abus sexuel , la perte d’un enfant, ou la liberté de pouvoir choisir actuellement son orientation sexuelle. Chaque mot est porteur de sens, rappelle l'importance de la langue dans la distinction des sexes : garce et garçon en sont des exemples frappants.
C’est un livre touchant , dans l’air du temps, qui dit l’essentiel d’ une histoire personnelle rattachée aux mutations de la société, et interroge chaque femme sur la construction de son identité, ainsi que sur les valeurs qu’elle doit transmettre.

« Quand tu grandis, tu deviens « une femme » et, le cas échéant, « la femme de ». L’unique mot qui te désigne ne cesse jamais de souligner ton joug, il te rapporte toujours à quelqu’un – tes parents, ton époux, alors qu’un homme existe en lui-même, c’est la langue qui le dit, comme la grammaire t’expliquera plus tard, dans ta petite école de filles jouxtant celle des garçons, que « le masculin l’emporte sur le féminin »


 


 

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Commentaires
C
Je note....Bon week end Francoise....
Répondre
R
Élu meilleur livre de 2020 par le magazine Lire.<br /> Bon week-end à toi aussi Cathy, le soleil nous revient pour la semaine prochaine, c'est génial...