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Le blog de Ritournelle

Lettre ouverte - Goliarda Sapienza

Ritournelle

Il y a des êtres dont la personnalité fascine au point de nous accompagner longtemps dans notre mémoire. Goliarda Sapienza est de ceux-là, raison pour laquelle ce livre est le quatrième de cette écrivaine figurant dans ce blog.
"Aujourd'hui, 10 mai 1965, j'ai 41 ans et j'ai presque fini ce livre, mon livre qui, si je parviens à l'apprendre par coeur - je ne sais pas improviser : j'ai été actrice, et il me faut, pour parler, avoir un scénario - sera ma parole à vous adressée. Aujourd'hui, je renais ou peut-être, je nais pour la première fois."
Lorsqu'elle écrit ce premier livre, bientôt suivi de son chef-d'oeuvre "L'art de la joie", Goliarda se trouve à un stade de sa vie où elle éprouve le besoin de se pencher sur son passé, afin de mieux comprendre qui elle est vraiment et de pouvoir envisager l'avenir.
Ce conflit intérieur entre l'acquis d'une culture et la volonté de s'en détacher n'est guère facile. Pour y voir plus clair, il faut laisser parler les photographies, lettres ou objets, dans un souci de vérité, revenir sur les événements marquants de l'enfance dans cette famille recomposée dont les parents, tous deux militants , occupent une place primordiale. La mère Maria, est une grande figure du socialisme en Sicile, où la mafia et les fascistes entendent tout dominer; le père, avocat, défend les gens humbles. Ensemble, ils élèvent dix enfants, leur inculquent les valeurs qu'ils défendent , les ouvrent à la culture par le théâtre, le cinéma. Goliarda fera du théâtre sa passion, son métier.
Dans le quartier populaire de Catane , la fillette fréquente très peu de temps l'école, dont l'enseignement est contrôlé par les fascistes; elle suit les cours du professeur Jsaya, dont les valeurs sont proches de celle de sa mère. Mais elle apprend aussi beaucoup en observant la vie de son quartier : la rue lui permet de côtoyer artisans, prostituées; elle est élevée dans une grande liberté, préparée au combat, comme un garçon, par ses demi-frères qui lui font aussi découvrir la littérature russe. Elle portera toute sa vie le deuil de l'un d'eux, Goliardo, assassiné par des mafieux.
Elle a aussi le droit d'aller à l'église, bien que ses parents soient athées. Le culte des morts, grande tradition sicilienne, l'intrigue, tout autant qu'il l'amuse : les morts apportent des cadeaux aux enfants; Goliarda joue au jeu du cercueil avec ses camarades.
La découverte de la sexualité entre naturellement dans ces années d'adolescence, sous des aspects parfois douloureux, comme l'inceste entre le père et ses demi-soeurs.
Goliarda fait ses premières expériences homosexuelles, se pose des questions sur le sentiment amoureux :
"Le soupçon me vient de n'avoir jamais rien compris de l'amour, parce que de tous les mots, celui-ci étant le plus chargé de vie et le plus libre, il peut devenir un levier dangereux pour la recherche de soi, et donc l'instrument à travers lequel se démasquent de fausses idées, de fausses lois, de fausses limitations, physiques et morales. Voilà la raison pour laquelle "amour" est le mot le plus dénaturé, emprisonné dans les barreaux des codes légaux, par des censeurs, des hommes politiques et des médecins vendus à l'ordre."
Quitter l'adolescence en partant à l'école d'art dramatique de Rome à 16 ans marque le début de l'émancipation de Goliarda.
La mort de sa mère dans les années 50, personnalité écrasante, puis sa séparation d'avec son premier compagnon, le réalisateur Cito Maselli, sont autant de souvenirs malheureux.
La littérature est pour Goliarda le chemin le plus sûr pour mettre de l'ordre "après avoir touché le fond du désordre". La mise à plat de son enfance lui permet de régler des comptes, mais elle clarifie en même temps un parcours contrasté, de doutes et de certitudes, de grandes joies et de traumatismes.
« Je me décide à vous parler de ce qui me pèse depuis quarante ans sur les épaules, faute d’avoir compris  ».
Le premier roman d'une femme libre dans son corps et dans son esprit, féministe engagée, à la fois forte et fragile, touchante, portée par un grand élan vital, et dont l'écriture suit les méandres de la mémoire, composant un jeu de piste émotionnel unique.

 

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Commentaires
C
Oui tu m'en avais parlé de cette auteure italienne<br /> Jamais lu ses livres...à voir chez ma librairie....
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R
Son chef d'œuvre, c'est L'art de la joie, mais tu peux aussi lire Rendez-vous à Positano ou d'autres titres. Une vie incroyable, de femme libre qui a fait toutes les expériences...