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Le blog de Ritournelle

Peut-on vivre d'espoir?

Ritournelle

L’espoir en un avenir meilleur aide à supporter un présent difficile.
Comme l’a montré Jean-Paul Sartre, la conscience humaine se projette naturellement vers demain : être, c’est être un « projet », sans cesse jeté au-devant de soi. Espérer revenant à se projeter vers un avenir plus souriant que le présent, on pourrait craindre que la fin d’une telle projection empêche de vivre. Pourtant, ne plus espérer peut aussi signifier que nous pouvons consentir à notre présent, même imparfait, que nous sommes capables de ce « grand oui à la vie » dont parle Nietzsche.
Dire oui à la vie, c’est dire oui au bon comme au mauvais, au bien comme au mal, à nos réussites comme à nos fiascos : c’est dire oui au présent, et c’est peut-être cela, « vraiment vivre ». Une telle puissance affirmative exclut alors l’espoir, puisque nos forces doivent être tournées vers cette approbation de l’ici et du maintenant, non détournées de ce noble but et dirigées vers l’avenir.
Nombre d’individus ayant vécu des situations extrêmes – comme de très longues peines de prison – ont raconté combien ils avaient eu besoin, pour tenir, d’exclure toute référence à l’avenir, d’apprendre à se recentrer sur le présent. Une pareille absence d’espoir est d’ailleurs, selon Clément Rosset, l’une des conditions de la joie authentique.
Dans La Force majeure, (1983), le philosophe montre qu’une telle joie est paradoxale : elle jaillit au cœur même de la conscience de tout ce qui l’entrave. En nietzschéen, Rosset voit dans l’espoir le refuge des faibles, la consolation dangereuse, et au fond inefficace, de ceux qui ne savent pas « vraiment vivre », aimer la vie comme elle est et non comme elle devrait être.
La joie de vivre est donc, d’après lui, « sans espoir » : « désespérée » au sens propre, mais sans rien de négatif. Finalement, lorsque nous traversons un moment difficile, nous avons deux ressources : une d’espoir, de projection dans l’avenir, salutaire quand la souffrance est trop grande, et une de joie, pas toujours disponible mais capable de rendre provisoirement l’espoir inutile. La joie est une émotion passagère, imprévisible. Quant à l’espoir, s’il dure un peu plus longtemps, il est également assez capricieux. Ne nous privons donc ni de la première ni du second. Sachons les accueillir lorsqu’ils se présentent. Se sentir capable de dire oui à son sort, même lorsqu’il est pénible, n’empêche pas, l’instant d’après, lorsque notre force vient à manquer, d’espérer une vie meilleure et de trouver dans cet espoir de quoi se réchauffer l’âme et le cœur.

C. Pépin - L'espoir fait-il vraiment vivre? - Philosophie Magazine n° août 2020

 

 

 

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