Un jardin en Australie - Sylvie Tanette
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Voilà une belle histoire qui relie deux femmes à 80 ans d'intervalle. Et ce qui les relie, c'est un jardin en plein coeur de l'Australie, près d'une zone de mines de bauxite.
Lorsque Ann fuit sa famille aisée de Sydney pour suivre son mari Justin, dont la famille exploite ces mines aux portes du désert, elle rompt avec son milieu, mais ne se trouve pas non plus bien accueillie par sa belle-famille d'origine irlandaise, trop religieuse à son goût. Après que le couple se soit installé dans une ferme en bois près de Salinasburg, ville créée par les immigrés irlandais au 19ème siècle, Ann décide alors de créer un jardin avec des espèces rares venues d'Europe et d'Afrique du sud, capables de résister à la sécheresse, pour en faire une sorte de paradis. Ann et Justin travaillent dur pour atteindre leur but, mais la vie en décide autrement...
80 ans plus tard, deux français, Valérie et Frédéric, elle diplômée d'histoire de l'art, et lui, médecin, se rencontrent à Sydney lors d'un échange interuniversitaire. Ils décident de vivre ensemble, trouvent chacun un travail, Frédéric, à l'hôpital de Salinasburg, et Valérie se lance dans un projet de festival d'art contemporain. La maison abandonnée d'Ann devient leur refuge. Une petite fille, Elena, vient agrandir la famille, source de joie et aussi d'inquiétude car à 3 ans, l'enfant ne parle toujours pas...Valérie imagine alors le jardin comme thérapie pour Elena; mère et fille tentent de faire renaître ensemble le paradis perdu d'Ann.
Deux femmes, deux destins se racontent tour à tour dans ce petit roman choral mettant en parallèle des personnalités ayant fui leur famille, soucieuses de s'affirmer dans des choix de vie particuliers qui nécessitent courage et persévérance, et dont le jardin en est le symbole. Une histoire de transmission en quelque sorte, comme si la première veillait sur l'autre, lui traçait son chemin en l'encourageant dans la lutte. Ann se démarque de son milieu pour acquérir son indépendance, Valérie cherche à mettre en lumière la culture aborigène.
Ce texte, à l'écriture poétique, touchante, met en rapport des personnages avec un lieu sauvage qui les fait exister. Même s'il est né de l'imagination de l'écrivaine, il est décrit avec précision, apparaît totalement crédible. Sylvie Tanette explique ainsi cette intrusion de l'imaginaire :
"Cette manière de créer des non-lieux est sans doute liée à la littérature d’immigration. Quand on naît dans une famille comme la mienne issue de l’immigration italienne, quand on ne sait pas vraiment d’où on vient, on a tendance à créer des lieux fictifs."
Un livre sensible, empreint de nostalgie, un jardin à soi à lire pendant l'été...
"Personne en France ne peut imaginer un paysage pareil, cette immensité écorchée, souffrante et somptueuse, semée de roches et de broussailles sèches. Et de temps en temps un arbre qui tord ses branches dans la fournaise. Nulle part je n'ai vu cette couleur de terre, ce rouge sombre qui envahit tout. Les jours de grand vent la ville est balayée par les bourrasques de poussière en fusion. Après on en retrouve dans les recoins des maisons, sur les vitres des voitures, dans les vêtements qu'on secoue.
Quand même c'est toujours un peu bizarre d'habiter là ".