La Malnata - Beatrice Salvioni
/image%2F0557250%2F20230528%2Fob_d5071e_m02226471227-large.jpg)
Premier roman de la jeune écrivaine Beatrice Salvioni, La malnata nous plonge en Lombardie, au coeur de l’Italie fasciste de Mussolini, avec pour héroïnes deux adolescentes que leur milieu social oppose.
L’une , Maddalena, que l’on appelle par son surnom, la Malnata, (La malnée) est issue d’un milieu populaire. Agée de 12 ans, elle est souvent sur les rives du Lambro, toujours suivie de ses fidèles copains, Filippo, fils d’un fasciste et Matteo, fils d’un communiste. On dit d’elle qu’elle porte malheur. Accusée de tous les catastrophes du monde depuis que son petit frère est mort en voulant faire l’oiseau alors qu’il était sous sa surveillance, ainsi que de la mort de son père survenue dans un accident du travail après une dispute, elle suscite la méfiance : c’est une sorcière dont il faut s’éloigner.
La seconde, Francesca, 11 ans, vient d’un milieu bourgeois, son père est chapelier, sa mère ne pense qu’à ses toilettes. Ses parents ne communiquent plus depuis que leur dernier enfant est décédé.
Elle envie la liberté de Maddalena et de ses copains qu’elle observe de loin. Mais un jour, le sourire que Maddalena lui adresse signe le début d’un rapprochement entre les deux préadolescentes, fait de fascination réciproque. Francesca admire la force de Maddalena, sa façon de passer outre le regard des autres, de suivre ses envies en bravant les interdits. De son côté, Maddalena se sent valorisée par quelqu’un qui a les bonnes manières de son milieu, tout comme son vocabulaire.
Peu à peu Francesca gagne la confiance de Maddalena et de ses amis en se soumettant à des « examens de passage »prouvant qu’elle est prête à les suivre , quel que soit le prix à payer :
voler des cerises à l’épicier Tresoldi, s’attirer les foudres de celui-ci ou de ses parents en rentrant couverte de boue ou de griffures. Au fil du temps, l’amitié entre les deux fillettes se confirme par un soutien indéfectible face à la violence des hommes démontrée dans une scène de grande intensité et par laquelle débute le roman.
Beatrice Salvioni dépeint avec une grande justesse l’attraction entre les protagonistes, l’évolution du sentiment qui les lie dans un contexte historique fait de violence, d’hypocrisie, d’apparence, de soumission aux traditions, où l’honneur et la réputation dirigent la société.
Elle propose aussi une palette intéressante de personnages secondaires : Noé, le fils de l’épicier, animé par de vraies valeurs de loyauté, le père de Francesca, qui subit sans mot dire la trahison de sa femme et le poids du fascisme.
A la fois roman d’apprentissage et roman historique, qui emprunte parfois au conte, ce livre nous transporte dans le contexte des années 30 avec des personnages forts, qui soufflent un vent d’émancipation, de féminisme, et une écriture aboutie, très prometteuse pour un premier roman.
Un plaisir de lecture!