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Le blog de Ritournelle

Le rêve du jaguar - Miguel Bonnefoy

Ritournelle

Miguel Bonnefoy est un jeune écrivain d’origine vénézuélienne par sa mère et chilienne par son père. Ses romans sont imprégnés de ce double héritage culturel latino-américain. Le rêve du jaguar est directement inspiré de l’histoire de ses grands-parents maternels, habitants de Maracaibo.
Dans cette ville, la légende veut que dans chaque portée de chats il y ait un jaguar que la mère éloigne des autres pour l’empêcher de les dévorer. Il grandit donc différemment, c’est l’image symbolique du personnage principal Antonio et de sa femme Ana, tous deux nés dans la misère, mais dont le destin s’avère hors norme.
Au début du XXè siècle, Antonio est retrouvé avec un objet caché dans ses langes, sur les marches d’une église de Maracaibo par Teresa, une mendiante muette qui décide de le garder parce qu’il lui rapporte un peu plus d’argent que d'ordinaire. Elle lui apprend très vite à se débrouiller , et à l’adolescence, Antonio effectue différents petits boulots pour survivre, y compris dans un bordel où il est initié sexuellement. Il fait la connaissance d’Elias, un baroudeur qui est en fait son géniteur. Celui-ci lui remet une enveloppe à transmettre à son frère, afin qu’il le prenne en charge.
Le destin d’Antonio change complètement : il apprend à lire, à écrire, rattrape très vite son retard scolaire . Son rêve est de devenir médecin : à l’université, il rencontre Ana, au passé aussi difficile que le sien, dont il tombe amoureux. Elle lui lance un défi : « Je ne me marierai qu’avec l’homme qui me racontera la plus belle histoire d’amour ». Antonio va alors recueillir auprès des passants les plus belles histoires d’amour pour les lui conter. Il devient chirurgien, et Ana la première femme médecin de la région. Leur enfant, une fille nommée Vénézuela, née en 1958, le jour de la libération du pays de la dictature, rêve d’ailleurs, elle veut aller vivre à Paris. Quant à son propre fils, Cristobal, le double de Miguel Bonnefoy, il veut devenir écrivain pour mettre en lumière l’histoire du pays de ses ancêtres.
Cette hi
stoire familiale est bien celle de l’auteur : «C’est absolument l’histoire familiale. Antonio Borjas Romero est mon grand-père! C’est un personnage qui a été historique et c’est le père de ma mère, tout simplement»«Je n’ai pas changé les noms. Antonio a été réellement orphelin et il a vraiment été éduqué par cette femme qui s’appelait la muette Teresa, que ma mère a connue et qui a vraiment existé. Elle était une femme un peu de la rue, muette et sourde, très maigre. »
«
Et puis, Antonio Borjas Romero a eu une histoire tellement étonnante que beaucoup de biographies ont été écrites sur lui. Lui, il a écrit son autobiographie aussi. Et il y a énormément de presse et d’archives sur sa vie. J’ai pratiquement, minute après minute, toute sa vie, parce que c’était un personnage qui était très important.»

Ana Maria Rodriguez a vraiment été la première femme gynécologue obstétricienne de tout l’ouest du Venezuela. Et ce fut une femme qui a aussi fait de la politique. Elle a été secrétaire générale d’un des partis socialistes les plus importants.
L’histoire de la famille Borjas Romero s’entrelace avec celle du Vénézuela, elle traverse le siècle avec les dictatures, les révoltes, le boum pétrolier.
Avec une plume vibrante, énergique, foisonnante, Miguel Bonnefoy fait de ce récit une fable
dont le réalisme magique évoque les grands noms de la littérature latino-américaine, Garcia Marquez ou Alejo Carpentier. Lorsqu’il dit «Il n’y a rien de plus délicieux que de faire plier la réalité pour satisfaire les tentations de la fiction», on devine qu’il va plus loin que la réalité, que ce retour dans un passé mythique l’incite à aller vers le merveilleux. Dans ce décor baroque, il y a un pingouin ayant « nagé depuis les pôles jusqu’aux eaux des tropiques », un mort qui a « un râle caverneux », un enfant titanesque, des hôpitaux édifiés sur une petite île déserte pour soigner les marins, un sorcier qui rend fou, un mystérieux jaguar enfanté par une chatte, un papillon géant. C'est un autre monde qui s'offre au lecteur.
Un texte ardent, plein d’émotion, au souffle épique, porté par un talentueux écrivain francophone riche et fier de sa double culture.

"Lire, ce n'est pas voyager. Cristobal s'attelait à ces royaumes pétrifiés, plongé dans leurs géométries d'encre et de grain, se perdant dans ses labyrinthes pour mieux se retrouver, se heurtant chaque fois au mêmes mâts de leur beauté. C'est là que réside la fondation invariable des hommes, la part de refuge où se reposer du chaos, un havre sans départ ni exil. Les romans sont une île entourée de terre."

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Commentaires
D
J'ai noté ce livre ....de très bonnes critiques partout....
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R
Il vient d'avoir le prix de l'Académie française...
C
Voila qui est bien tentant
Répondre
R
Oui, je pense que ça pourrait te plaire...