Lee Miller
Il est bon de rendre hommage à des personnalités inconnues du grand public et qui méritent une attention particulière.
Lee Miller a vécu des expériences variées : d'une grande beauté, elle a été d'abord mannequin pour Vogue, puis s'est initiée à la photographie à Paris avec l'américain Man Ray qui lui a fait découvrir la technique de la solarisation. A la fois son élève et sa maîtresse, elle fait la connaissance de ses amis surréalistes, puis elle quitte Man Ray trop jaloux pour épouser un égyptien. Mais l'ennui la gagne, elle revient à Paris et durant l'été 1937, elle retrouve la petite bande d'amis à Mougins parmi lesquels Picasso, Eluard, Man Ray et leurs compagnes. Elle rencontre alors Roland Penrose, écrivain surréaliste anglais qu'elle épousera plus tard.
La période d'insouciance va se terminer avec les débuts de la guerre. Lee décide de partir sur le front pour rendre compte des horreurs de la guerre. Le film traite de la période de sa vie de 1938 à 1948 pendant laquelle elle devient correspondante de guerre dans l'armée américaine pour Vogue.
A St Malo, en 1944, elle suit les troupes de libération qui doivent faire sauter le mur de l'Atlantique. Seule femme au milieu des combattants, elle résiste à sa peur pour prendre le plus de clichés possible. Avant de retourner sur le champ de bataille, une scène ensoleillée de l'été 1937 revient sur la femme séduisante et libre qu'elle était en compagnie du groupe surréaliste, des amateurs de bons mots mais aussi des plaisirs de la vie, comme le prouve le documentaire de François Lévy-Kuentz : Un été à la Garoupe, diffusé sur Arte l'an dernier.
Puis Lee apparaît vieillie par les abus d'alcool et de cigarette en train de raconter sa vie à un jeune journaliste. Elle raconte, comment l'ange qu'elle donnait à voir à l'extérieur était démon à l'intérieur, toujours en quête de défi, de libération du joug masculin, non seulement pour elle, mais pour les autres femmes qu'elle défend autant qu'elle peut . Une scène illustre cette détermination lorsqu'un soldat tente de violer une femme dans une cour et qu'elle s'interpose avec rage, en le menaçant de le tuer. Son courage sans limites la mène jusqu'aux camps de Buchenwald et Dachau où l'horreur est à son comble : elle résiste avec difficulté à la vue des cadavres au regard figé, à la puanteur, à l'inimaginable, dont personne ne ressort indemne.
Elle se rend au domicile d'Hitler, apprend qu'il vient de se suicider, et décide de prendre un bain dans sa baignoire pour se laver de toute cette barbarie. C'est son ami le photographe David Sherman qui prend la photo : c'est la scène la plus forte du film.
Malheureusement ces photos témoignages ne seront pas publiées dans Vogue parce que jugées trop dures par la rédactrice. Après la guerre, Lee abandonne le reportage, elle est gagnée par une profonde tristesse, ressasse tous les événements douloureux de sa vie . De 1948 à 1973, elle reprendra son appareil seulement pour illustrer les livres d'art de ses amis. La gastronomie devient son refuge. Elle meurt d'un cancer en 1977.
L'actrice Kate Winslet qui désirait depuis longtemps interpréter ce rôle porte le film de bout en bout. Elle est littéralement habitée par le personnage, n'hésite pas à être filmée sans maquillage, en toute simplicité comme l'était Lee, qu'elle évoque ainsi :
"Les gens adoraient Lee, elle rendait les hommes dingues, et sans maquillage et les cheveux en bataille, elle était tout simplement fidèle à elle-même et irrésistible. C'est ce que j'ai cherché à restituer en incarnant cette femme désorganisée, difficile à suivre, et parfois même catastrophique, qui était farouchement indépendante et qui s'assumait telle qu'elle était."
L'interprétation de Kate reste l'atout majeur de ce film d'Ellen Kuras qui manque un peu de rythme et auquel on peut reprocher de ne pas mentionner le nom de Man Ray qui a joué un rôle déterminant dans les débuts de la photographe.
Toutefois, la réalisatrice a su rendre compte de la complexité et de la force du personnage de Lee, elle offre un bel hommage à une personnalité hors norme, anticonventionnelle, l'une des premières femmes reporters de guerre, farouchement indépendante, courageuse et talentueuse.
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