Fuori
La publication de "L'art de la joie" en France en 2005 a permis de découvrir une grande écrivaine italienne, qui malheureusement n'a pas connu le succès de son vivant. Décédée en 1996, Goliarda Sapienza a eu une vie hors norme, riche d'expériences de toute sorte, celle d'une femme libre qui s'est assumée très tôt en fuyant le milieu familial sicilien pour se lancer dans l'art théâtral à Rome.
Elle a été une comédienne au talent reconnu, mais l'écriture s'avère être sa véritable vocation. Pendant 10 ans, elle rassemble ses souvenirs dans cette biographie romancée qui est rejetée par les éditeurs parce que jugée trop sulfureuse. A cours de ressources, elle cherche désespérément du travail, mais sans succès. Lui vient alors l'idée de voler des bijoux à une amie, lors d'une soirée, ce qui lui vaut un séjour à la prison de Rebibbia, près de Rome. Là, elle se retrouve avec des prisonnières politiques , des prostituées et des femmes ayant commis d'autres délits.
Lorsqu'elle quitte la prison, d'où le titre du film (Fuori= Dehors), elle se retrouve désemparée et recherche ces femmes avec qui elle avait partagé le quotidien carcéral . C'est cette période de la vie de Goliarda qui a intéressé le réalisateur Mario Martone , soucieux de cerner un peu mieux sa personnalité, contrastée et empreinte de mystère.
Le film navigue entre présent et passé, de l'appartement couvert de livres où l'écrivaine éprouve le besoin de s'épancher sur des carnets, à ses retrouvailles avec ses compagnes de cellule. Elles se remémorent les moments partagés, faits de confidences mais aussi de bagarres, de franches rigolades, dans une quête de sentiments variés, allant de la recherche d'amour filial, à celle de désir.
Parmi ces femmes, l'une d'elles compte davantage, une certaine Roberta, jeune militante toxicomane, avec laquelle Goliarda ressent pleinement le sensation de liberté.
Entre moments de solitude et "rendez-vous surprise" avec Roberta, Mario Martone brosse un portrait subtil de l'écrivaine à travers ses silences et ses frustrations, son mal-être et ses excès. Il donne à voir l'intériorité de ce personnage complexe en mettant l'accent sur le lien indéfectible et authentique, noué avec des femmes avec qui elle se sent bien . Pourtant lorsqu'elle cherche à défendre les bienfaits de cette période d'incarcération devant des journalistes à la fin de sa vie, ceux-ci ne comprennent pas que la vie en prison reconstitue un microcosme semblable à la vie "dehors". Le réalisateur lui rend ainsi un bel hommage, porté par la lumineuse Valeria Golino et la jeune actrice Matilda de Angelis au jeu tout en nuances, à la fois fougueuse et mélancolique.
Une autre belle réalisation de ce cinéaste dont on se souvient du magnifique Nostalgia, tourné dans sa ville de Naples
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