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Le blog de Ritournelle

Du fond des océans les montagnes sont plus grandes - Corinne Morel Darleux

Ritournelle

« La forêt est un des derniers confins, une des dernières frontières de l’inexploré. »
Il existe des lieux encore préservés qui méritent l’appellation de forêts, et pourtant ce ne sont pas de forêts végétales, mais animales, peuplées d’organismes vivants dont les coraux et autres espèces méconnues des hautes profondeurs, gorgones, lucioles de mer...
Corinne Morel Darleux a accepté l’invitation de Under the Pole, programme d’expéditions de plongée scientifique en vue d’explorer et de préserver les écosystèmes marins, pour découvrir la zone mésophotique de la mer des Caraïbes, à Roatàn, une île du Honduras, entre 30 et 200 m de profondeur. Etymologiquement parlant, mésophotique, signifie un milieu où il y a moins de lumière que dans les endroits normalement lumineux. C’est là que vivent les coraux, éponges et algues. Avant que l’homme ne détruise ces merveilles avec le chalutage, la pollution et le réchauffement climatique, il convient d’alerter sur le danger que représenterait leur disparition et de rendre compte de la beauté insoupçonnée de ces milieux marins méconnus.
C’est le but de l’expédition des scientifiques d’Under the pole, à bord de leur voilier le Why : identifier les espèces, mesurer le microclimat, afin d’établir les conclusions qui s’imposent : c’est dans les grandes profondeurs que les organismes sont le mieux protégés .
Participer à la vie à bord est aussi une expérience ; sur une surface assez limitée pour 8 personnes, il faut s’adapter à la promiscuité, mais l’esprit d’aventure commun fait que la solidarité est naturelle et la bonne entente aussi. Outre les tâches quotidiennes de courses, vaisselle et autres, il y a des parenthèses de solitude réservées à l’écriture, que Corinne Morel Darleux met à profit pour rendre compte de tout ce dont sont faites ces journées d’exploration et aussi pour faire partager cet émerveillement digne des romans de science-fiction. Car , de littérature il est aussi question : Corinne emporte toujours des romans lors de ses voyages, ici il s’agit des Prairies bleues d’Arthur C. Clarke, du Bateau-usine de Takiji Kobayashi ,  de Saint-Exupéry et de beaucoup d’autres, tout comme elle intègre au récit des références à Richard Powers, Jack London, Bernard Moitessier, au cinéma avec Les dents de la mer, souvenir d’enfance marquant, comme celui des plongées avec son père dans la mer Rouge…
Une expérience qui favorise un voyage intérieur avec les souvenirs d’enfance, avec des réflexions sur l’état du monde, les travers de l’humain et qui est aussi une une immersion dans la réalité d’une exploration inédite, à la fois scientifique et humaine, d’une grande richesse et d’une incroyable beauté, expérience qui met en avant le contraste entre les merveilles du monde marin , la vie foisonnante des récifs, la poésie des couchers de soleil et le tourisme états-unien qui exsude l’argent, la corruption, et la superficialité.
Comme toujours, Corinne Morel Darleux sait mêler indignation et émerveillement, engagement écologiste pour un monde meilleur et souci d’informer.
Un court récit de voyage utile et sensible, une invitation  urgente à ne pas tolérer l’extinction de ces mondes précieux.

 

« La zone mésophotique a besoin de renforts, de relais et d’émissaires, de tous les scientifiques, marins, artistes, navigatrices et aventuriers, biologistes, exploratrices, climatologues, plongeuses et poètes, amoureux de la mer ; elle a besoin que nous rendions visible l’invisible et que nous portions haut ses couleurs par la science, l’art, la raison et les sentiments. Parce qu’on ne défend bien que ce qu’on a appris à aimer, il nous appartient de faire connaître ce monde au nom compliqué, de créer de la connaissance et de l’attachement aux promesses qu’il recèle, et d’en faire un symbole dont nous serons les sentinelles

 

 "Cette irritante rencontre (la mouche yenyen) a été largement contrebalancée par la présence nocturne, hier, d’une luciole de mer, petite étincelle de surface clignotant joyeusement, bientôt suivie d’un nuage de plancton bioluminescent, comme venu donner corps au « baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs » de Rimbaud. Des tourbillons de lumière nés de la mer, que nous avons longuement sollicités en agitant une pagaie, émerveillés comme des enfants. A chaque passage dans l’eau, le frottement créait des constellations laiteuses, légèrement teintées d’une pointe de vert, courants ondoyants qui peu à peu s’éteignaient, ne laissant plus subsister que des scintillements épars, comme si le ciel étoilé, épris de lui-même se plaisait à se refléter dans ce miroir obscur, Rarement Narcisse aura été à ce point concurrencé par la beauté de la nature. »

 

«Il faut encore rappeler que nous faisons partie des écosystèmes terrestres comme marins, que nous dépendons de leur santé au même titre que tous les autres vivants, et que les détruire revient à éliminer notre milieu de vie depuis la nuit des temps, voilà il me semble de quoi méditer. »

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