Le souffle de la forêt : Sur les traces de Simona Kossak - Simonetta Greggio
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"Elle s'appelle Simona Gabriela Kossak. Elle n'a que la peau, les os et un nom de famille. Elle est née dans une villa nichée au cœur d'un parc, à Cracovie. Elle est éduquée à ne pas mettre les coudes sur la table lorsqu'elle dîne devant les chandeliers en argent. Plus tard, elle petit-déjeune d'une cigarette et d'un café, un lynx à ses pieds, un sanglier allongé sur le canapé de sa maison sans eau ni électricité, au milieu d'une forêt primaire de Pologne, Bialowieza. Un corbeau boit dans son verre en cristal ébréché. C'est une scientifique, une biologiste zoopsychologue. Elle pense qu'elle a toujours raison ou à peu près - et c'est souvent vrai. Elle se bat "comme un animal sauvage intelligent", pour les bêtes, pour la forêt, pour le monde autour d'elle, tout entier. Elle n'a jamais écrit de manifeste : sa vie en tient lieu."
Telle est la présentation de ce livre très abouti de Simonetta Greggio, la biographie d'un personnage hors norme, que cette écrivaine très sensible à la nature et concernée par l'écologie a voulu mettre en lumière.
La mère de Simona a seize ans lorsqu'elle rencontre son père qui en a quarante. Le couple se marie et donne naissance à deux filles, Gloria et Simona sa cadette, née en 1943. Dans ce milieu aristocratique, on aime l'art et les animaux, peut-être moins les humains. Gloria est belle, Simona n'a de beau que sa chevelure. Elle cherche la douceur auprès des animaux et entreprend des études de biologie pour devenir éthologue. Puis elle quitte cette famille étouffante et hypocrite pour la forêt primaire de Bialowieza où elle va vivre 30 ans dans une maison sans eau ni électricité, qu'elle doit partager avec un photographe animalier. Réticents à l'idée de ne pas être seuls dans ce lieu, ils finissent par se rapprocher, et ensemble, ils recueillent toutes sortes d'animaux avec lesquels ils partagent le quotidien : une laie, un lynx, des chevreuils, un corbeau, des souris et bien d'autres. Ces animaux sont choyés, soignés, leur comportement est étudié et rapporté par Simona dans quelques écrits qu'elle envoie à l'Institut de Cracovie. Mais elle doit aussi souvent faire face aux chasseurs et aux bûcherons qui coupent les arbres, ce qui implique de sa part un investissement à plein temps, afin de protéger espèces et forêt...
La personnalité de Simona fascine par son incroyable capacité à communiquer avec les animaux, à les connaître, à les aimer, à vivre en osmose avec la nature. Femme fidèle à ses convictions, elle refuse les compromis, a sa manière d'habiter le monde autrement, tente de se reconstruire avec la famille qu'elle se choisit pour oublier un passé marqué par le manque d'amour. Après avoir écrit un livre sur Brigitte Bardot, il est venu à l'esprit de l'écrivaine que ces deux femmes ont cherché auprès des animaux la tendresse dont leur enfance a été dépourvue. Les douloureuses blessures trouvent réparation auprès d'êtres incapables de malveillance...
Avec cette écriture fluide, spontanée, sensible et tellement vivante qui correspond à ses origines italiennes,
Simonetta Greggio nous livre le portrait d'une femme libre, pas toujours facile, mais si émouvante.
On la sent proche de Simona par cette sensorialité qui l'habite, par la présence des arbres, des odeurs, du silence ou de la lumière dans la forêt. Elle fait de la nature un personnage à part entière.
A lire absolument !
" Les petits cerfs, les faons, sont d'une douceur à fendre le cœur. La grâce. La peur, à l'état brut. Leur mère leur apprend dès la naissance à ne pas faire confiance. A devenir invisible. Ne bouge pas. Sois vent, herbe qui frémit, peau de bouleau. Sois l'air que tu respires, tel est le premier enseignement, celui que les petits, devenus grands , n'oublieront jamais.
On ne devrait jamais leur faire de mal. Pourtant, on les chasse, on les décompte, on les parque. On les réduit à des unités de gestion forestière. Tu vois ce mot "gestion"? C'est ça qui tue. Pas la balle, le piège : la logique comptable.
Moi, je vis avec eux. Pas au-dessus. Pas à côté Quand je marche dans Bialoweza, je les salue sans faire de bruit. Je regarde où je pose mes pieds. Je respecte leur tanière, leurs nids. Leur pâturage. Leur territoire. Je fais partie du paysage. C'est ça pour moi, bien faire son métier. C'est écouter, se taire. Et aimer assez pour ne pas posséder."
"Son mentor, un homme immense aux yeux de Simona, était Konrad Lorenz, ce psychologue animalier autrichien qui a reçu le prix Nobel. Comme lui, Simona a toujours considéré que les animaux éprouvent, tout comme les humains, la joie, la douleur, la perte, la nostalgie; toutes les émotions attribuées à l'homme, les animaux les ressentent également."
30 ans dans les bois, la vie hors norme de Simona Kossak
Dans son ouvrage Le Souffle de la forêt, Simonette Greggio nous raconte l'histoire intime de Simona Kossak, ingénieure forestière et défenseure de la vie sauvage.
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