Le feu et la rose - Maud Simmonot
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Le titre de ce livre est emprunté à un poème de Thomas Stearns Eliot, Little Gigging : "Nous ne cesserons pas notre exploration
Et le terme de notre quête
Sera d'arriver là d'où nous étions partis
Et de savoir le lieu pour la première fois.
À travers la grille inconnue, remémorée
Quand le dernier morceau de terre à découvrir
Sera celui par quoi nous avions commencé;
Et toute chose sera bien
Lorsque les langues flamboyantes
S'infléchiront dans la couronne du nœud ardent
Et que le feu et la rose ne feront qu'un."
Ce texte de Maud Simonnot n'est pas vraiment un roman, c'est une invitation à partir en voyage avec elle sur les traces de son enfance, dans cette terre du Morvan , âpre, au climat rude , une terre boisée, humide, avec ses collines, ses rivières, ses lacs, où se sont construites des légendes, terre d'histoire aussi, peuplée par les Eduens, tribu dirigée par Vercingétorix, et pays de Vauban, né près d'Avallon, terre offrant peu de ressources aux hommes, connue pour ses galvachers, ces charretiers qui louaient leurs services pour du labourage ou du transport lourd avec leurs bœufs, et ses nourrices réputées dans la capitale, dans les années 1900.
Après le décès de son grand-père, l'écrivaine, qui vit à Paris, a ressenti l'urgence de mieux connaître le passé familial, et en particulier celui de son arrière grand-mère Lily, d'origine anglaise, placée dans une ferme, comme beaucoup d'orphelins à l'époque, ces "petits Paris" que le Morvan a accueillis au début du XX e siècle; ils étaient 200000 à être envoyés là-bas par une agence parisienne, car ils représentaient un apport économique pour cette région pauvre qu'ils pouvaient repeupler. Un musée retrace leur histoire à Alligny en Morvan, village où a vécu Jean Genet, enfant de l'Assistance publique. Lily et Jean se sont trouvés à la même époque dans ce village, raison pour laquelle Maud Simonnot les a imaginés partageant des joies, des découvertes dans la nature, une complicité faite de solitude, de déracinement, de manque affectif. Le feu, c'est lui, elle, la rose.
Avec une langue magnifique, très sensuelle et poétique qui met en évidence par touches, à la manière d'un peintre , toutes les couleurs et lumières de ces paysages verdoyants qu'éclairent les genêts, bruyères, luzernes, ou celles des collines cerclées d'ors et de rouges flamboyants à l'automne, ou encore les cristaux de givre tombant des frondaisons en poussière de diamant, l'écrivaine nous fait aussi percevoir toute une gamme d'odeurs, celle des sapins, du foin coupé, de l'herbe mouillée, ainsi que le chant des bouvreuils, dont la mélancolie traduit aussi celle du bonheur disparu de l'enfance, de ce lieu d'ancrage peuplé de gens simples.
Les figures du passé revivent sous sa plume, tous ces taiseux pudiques, soucieux de préserver leur patrimoine forestier, ceux dont les visages ont été familiers et ceux dont on ne peut qu'imaginer le parcours en échafaudant des hypothèses : Jean Genet aurait-il eu le même destin chaotique si Eugénie, sa première nourrice, n'était pas décédée? Contrairement à Lily, il a cédé à l'appel de l'ailleurs alors que Lily s'est fixée dans le Morvan.
Quête des origines, récit intimiste, magie de l'enfance, ce livre nous enchante par sa beauté, par sa profondeur, comme un hommage tendre et nostalgique à cette terre mystérieuse, ce paradis sauvage qui a construit Maud Simonnot.
A lire sans hésiter !
"J'ai traversé des champs de silènes roses au goût de petits pois, des tapis de jacinthes et de boutons d'or, avant d'atteindre la lande rougie de bruyères qui borde la falaise."
"L'héritage inconscient du Morvan nourrit la féerie bucolique de ses livres jalonnés de champs de seigle et de luzerne, d'une rose mystique, de glaïeuls ou de myosotis ou d'une chaîne qui se transforme en guirlandes de roses blanches....Le poète revient constamment à la prédestination végétale inscrite dans son nom : il a toujours été, sera toujours resté, ce genêt du Morvan."
"Ces années en pleine nature m'ont soudain manqué terriblement et j'ai dévalé une pente en courant dans la neige pour me rafraîchir les idées. Si une enfance difficile marquait une vie entière au fer rouge, on pouvait être aussi piégé par une enfance heureuse : il fallait continuer d'avancer avec ce sentiment d'un bonheur disparu."