Trois adieux
Isabel Coixet est une réalisatrice catalane dont le film The Bookshop , sorti en 2017, m'avait enchantée. Avec Les trois adieux, elle propose une adaptation du roman autobiographique de l'écrivaine engagée Michela Murgia, Le tre ciotole (Les trois bols), paru en 2023, peu après son décès.
Tourné à Rome dans des quartiers éloignés des zones touristiques, le film raconte l'histoire de Marta, une jeune femme enseignante de sport dans un établissement scolaire en couple avec Antonio , un chef passionné par son métier. Ils cohabitent sans parvenir à réellement communiquer; leur quotidien devient difficile, ce qui incite Antonio à quitter Marta. Cette rupture déclenche en elle une réaction inattendue : elle ne s'alimente plus correctement, et commence à ressentir de vives douleurs à l'estomac. Sur les conseils de sa soeur elle consulte une gastroentérologue . Le diagnostic la confronte alors à la maladie et à la prise de conscience de sa propre fin dans un contexte de solitude.
Mais, libérée d'une relation insatisfaisante, elle se met à redécouvrir la vie, retrouve le goût de la nourriture, des plaisirs simples, des balades à vélo, et elle fait de la figure en carton d'un chanteur coréen l'ami à qui elle confie ce qu'elle retient d'important au cours de ses journées, notamment que l'adolescence est un passage difficile que deux de ses élèves ne savent pas franchir sans se faire du mal. La saveur de l'existence , c'est aussi l'un de ses collègues professeur de philosophie qui va l'éveiller en elle, elle en fera le dépositaire de ses derniers souhaits...
L'incroyable Alba Rohrwacher porte ce scénario avec son talent habituel; son physique intemporel et sa capacité à incarner une grande vulnérabilité, mais aussi un énorme appétit de vie par l'importance donnée aux sens par la nourriture et la musique, font du cheminement de son personnage une renaissance où chaque jour est précieux.
Le film est également une invitation à savoir apprécier la beauté, à prendre du recul sur l'essentiel en laissant de côté les petits tracas dérisoires, à être vigilant par rapport au langage du corps , plus important que celui des mots. Et la perte, qu'elle soit celle de kilos ou celle d'un amour, devient mémoire intérieure, aide précieuse.
Une œuvre entre ombre et lumière, délicate, profonde, empreinte de poésie et d'humanité, remarquablement interprétée et filmée.
A voir sans hésiter!
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