Bruegel, le moulin et la croix
1564 : Bruegel peint Le portement de croix.
Lech Majewski s'inspire de ce tableau pour nous donner à voir un film qui peut sembler déroutant, étrange à première vue, mais qui nous transporte dans un univers
historique et pictural particulier. Il en a conçu le scénario en nous donnant sa propre vision d'homme et d'artiste; à partir de la structure du tableau, il choisit d'évoquer le cheminement
de certains personnages, les gestes de leur quotidien tout comme leurs souffrances. Les Flandres sont au 16è siècle sous la domination espagnole, ce qui signifie que la seule religion tolérée est
le catholicisme, toute tentative d'hérésie protestante étant sévèrement punie par des sévices corporels insoutenables. Et ce sont les plus humbles qui n'échappent pas à la torture. LM a
délibérément choisi le parti d'être du côté de cette minorité opprimée et en cela, on peut dire que ce film a une portée contemporaine. De part ses origines polonaises, il place la religion au
centre de son film en nous montrant toute la symbolique religieuse du tableau : sur le même axe, se trouvent le moulin qui est la représentation même de Jésus ("Je suis le pain de vie"dit-il dans
la Bible) et le portement de Croix qui rappelle L'Evangile selon St Matthieu de Pasolini. Et la danse finale du film est une scène d'allégresse qui est l'image même de la Résurrection du Christ.
L'un des aspects remarquables de ce film,outre son originalité,c'est sa qualité esthétique:le clair obscur confère aux images une grande intensité, tout comme la lenteur des gestes et
l'absence fréquente de dialogue;on se laisse porter par les images de scène en scène; de plus, dans un souci de conformité par rapport au tableau, certaines scènes sont tournées dans des paysages
italiens.
C'est un film qui ne laisse pas indifférent, mais pour l'apprécier pleinement, je crois qu'un éclairage historique est recommandé. C'est une oeuvre très fouillée, tant sur le plan du fond que de
la forme, une vraie oeuvre d'artiste !