Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Le blog de Ritournelle

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 > >>

L'ère du "tout-digital"ferait de nous des empotés? Dépassant la séparation entre "manuel" et "intellectuel", l'anthropologue Tim Ingold réhabilite un savoir par le bout des doigts, qui reprend contact avec le grain des choses.
Parfois, c'est à se demander si nous avons des mains. Si elles servent encore vraiment. Nous excellons à pianoter sur les claviers, à tapoter sur les écrans des smartphones, mais éprouvons les pires difficultés à monter un meuble Ikea. Et si la dite "société de la connaissance" générait des empotés et des ignorants d'un nouveau genre, sans prise sur le réel?Tim Ingold dresse ce constat sur l'ère du tout-virtuel, du tout-digital et du réseau:
"Au moment-même où le monde entier est à portée de main, voilà qu'il semble nous glisser entre les doigts." Car voilà : "Nous n'apprenons qu'en faisant."
Faire, donc. Fabriquer, façonner, créer. Selon la conception courante, l'activité de faire se divise en deux étapes :d'abord une idée, une intention se présente, puis l'on passe à la réalisation, à la concrétisation du projet. Tel est le schéma hylémorphique : une forme est visualisée mentalement, et elle est imposée à une matière brute - séparation de la partie théorique et des travaux pratiques. Méthodiquement, Ingold déconstruit cette représentation, en s'outillant de références philosophiques et en charpentant son propos de nombreux exemples tirés des 4 A (Anthropologie, Archéologie, Art, Architecture). Chez lui, l'esprit n'a plus rien du planificateur souverain, il observe, tâtonne, improvise; la matière n'a plus rien d'inerte, de passif; elle vit, résiste, évolue. Faire implique une confluence, une "mise en correspondance" : le praticien se met à l'écoute du matériau qu'il travaille, s'ouvre à ses potentialités; tantôt il guide, tantôt il se laisse guider par le bois qu'il ponce, le verre qu'il polit, les fils de soie qu'il enchevêtre. C'est une sorte de dialogue ininterrompu, de "danse de l'animé" : Faire est un flux de forces et d'énergies combinées, un "processus de croissance" qui mène à l'émergence de formes.
Cette aventure des sens est également celle de la pensée. En un dépassement de l'antique dualisme du "manuel" et de l'intellectuel", il s'agit ici de "penser en agissant", avec ses doigts, avec ses pieds si la technique l'exige. Le travail de conception est contemporain et indissociable du déroulement patient, minutieux des gestes. A la toute fin de son livre, Ingold célèbre...les ânes, aussi humbles et têtus que vagabonds. Et pour cause : les vrais savants sont tous des ânes, obstinés, captivés et étonnés par ce monde où ils se trouvent.
Savoir, c'est toujours faire et inversement, c'est examiner et s'instruire du grain des choses.
Sagesse revendiquée du faire : ou quand la découverte de soi suppose de reprendre contact avec le monde, de se former à son école, et de se forger à son atelier. Demain, c'est décidé : fini Ikéa, je me choisis des planches d'un beau bois et m'en inspire pour inventer, ce faisant, ma propre bibliothèque.

TP en cinq objets:

- Une cathédrale médiévale :
Chef d'oeuvre de l'art gothique, la cathédrale de Chartres ne fut pas le "glorieux achèvement d'un architecte inconnu". Aucune maquette d'un architecte génial et solitaire n'a été retrouvée.
De manière générale, les édifices du Moyen-Age n'avaient pas de plan préétabli qui réduisait la construction à une simple exécution; leur édification était un "work in progress", un travail collectif qui n'était jamais considéré comme définitivement achevé.

- Un tumulus :
C'est un amas de pierre et de terre élevé au-dessus d'une tombe. Ce monticule invite à se situer par-delà nature et culture : il est à la fois culturel (il a une signification humaine, funéraire) et naturel, du fait de sa composition. Aussi, au gré des vents et des pluies, de l'intervention d'animaux il se modifie, s'enrichit de nouveaux dépôts. "Site de croissance et de régénération", le tumulus est un cas de forme émergeante, qui se fait.

-Un pot :
Dans l'art de la poterie, les mains modèlent l'argile par l'entremise du tour. Celui-ci est un "transducteur" : il opère la médiation entre les mouvements conscients de l'artisan et la matière, permettant la naissance de l'artefact. Devenir-argile de l'homme, devenir-humain de l'argile via l'outil : faire un pot relève de la symbiose, de la synergie, c'est un exemple de la mise en correspondance d'éléments.

Un dessin :
Sur un support, au crayon ou au pinceau, une ligne apparaît, sinue. Un dessin ne matérialise pas une image déjà donnée dans l'imagination ; il est plutôt la "trace d'un geste" par lequel l'artiste trace et suit la pente de ce qu'il élabore hic et unc. Révélée par le dessin, l'humanité de la main consiste à voir en celle-ci plus qu'un simple instrument; elle est une chose qui sent, qui dit, qui raconte une histoire et ouvre un monde.

M.Duru - Philosophie magazine n°fév.2017

Voir les commentaires

Published by Ritournelle - - Un peu de culture

Pampilles et perles de printemps
Pampilles et perles de printemps

Voir les commentaires

Published by Ritournelle - - Photo

La marche en solitaire

Voir les commentaires

Published by Ritournelle - - Photo

Amateurs de roman noir, voici un petit livre qui devrait vous plaire.
Paris-Brest, c'est le retour de Louis, un jeune  brestois qui a fui sa famille bourgeoise quelques années auparavant, pour en écrire le roman. Il faut dire que dans cette famille, le trait d'union est ,comme chez Balzac, l'argent.
La grand-mère a épousé sur le tard un vieil officier rencontré au Cercle de bridge et dont elle a hérité la fortune. Le père accusé de malversations au club de foot de Brest, fuit dans le Languedoc pour tenter de se refaire une vie et le fils Louis, a pour ami un certain Kermeur, personnage malveillant, dont la mère est la femme de ménage de la grand-mère. Louis, l'intellectuel de la famille subit la mauvaise influence de Kermeur. Son frère, footballeur est là pour sauver l'honneur; c'est le seul qui ne soit pas corrompu, mais il doit s'éloigner pour ne pas vivre la honte occasionnée par les erreurs de son père.
Dans cet univers à la Chabrol, règnent l'hypocrisie et le mensonge ; lorsque Louis revient à Brest cinq ans après avoir expié sa faute et écrit son roman, l'atmosphère se crispe autour de tous ces acteurs, la vérité éclate...
Tolstoï a écrit « Toutes les familles heureuses se ressemblent, les malheureuses le sont chacune à leur façon ». Dans cette histoire, c'est l'argent qui crée les tensions, est à l'origine de tous les sentiments et agissements négatifs. Avec une grande habileté dans le style qui donne au lecteur l'impression que c'est lui-même qui construit le roman, on avance peu à peu entre passé et présent, entre étouffement et respiration, entre réalité et fiction.
Ce huis clos sombre  a pour cadre la rade de Brest dont les brumes correspondent parfaitement à la peinture sans concession de ce portrait de famille.
Une découverte d'auteur!

Voir les commentaires

Published by Ritournelle - - Littérature

Dans l'atelier
Dans l'atelier
Dans l'atelier
Dans l'atelier

Voir les commentaires

Published by Ritournelle - - Photo

Impatience
Impatience

"Depuis des siècles, elle cogne. Avec une force de brute ou de bête, elle cogne à même le ciel. Elle a pris goût aux confins. De tous côtés, elle appelle. Elle crie partout le nom des dieux.
Jamais on ne vit autant de faste dépensé pour autant d'absence. Ni de visages si oppressés, ni de coeurs si lourds, tant d'impotence. Elle ne sait d'autre langue que de déploration ou de célébration. D'autres gestes que tragiques ou cérémonieux.
Quand les dieux toussent, elle change le ciel de place, nettoie la chambre, secoue les tapis, déménage les meubles, vide les tiroirs et brûle des paquets de lettres.
Elle attend, elle est là. Fidèle et proche, profonde et bleue. Prête semble-t-il à se donner toute.
Il suffit de partir. Il n'y a rien à dire de plus. les portes sont ouvertes. A chacun d'y entrer. de s'y perdre, d'y croire ou de s'en défier. D'y plier ou non les genoux. De s'y laver ou non les mains.
L'infini est une affaire d'homme."

Une histoire de bleu- Jean-Michel Maulpoix

Impatience

Voir les commentaires

Published by Ritournelle - - Photo

Peut-être y a-t-il dans ce plaisir une lucidité quant à la vérité de la condition humaine : nous sommes seuls et nous le resterons. Nous sommes seuls face à notre conscience comme nous sommes seuls à être ce que nous sommes. Nous resterons seuls le jour de notre mort  écrivait Pascal - qui était pourtant croyant - comme nous sommes seuls à ressentir ce que nous ressentons de cette manière qui n'est qu'à nous. Il n'y a rien de triste à cela : j'y vois même plutôt une occasion de réjouissance, la marque de notre unicité, et peut-être même de notre singularité. Sans cette solitude, nous serions incapables de moralité : même si je suis bien entouré, c'est le dialogue entre moi et moi-même qui fait de moi un être moral. Sans cette solitude, nous serions incapables aussi de réfléchir vraiment;la pensée, soutenait Platon est le "dialogue de l'âme avec elle-même".
Il faut que je sois seul pour que je puisse éprouver en moi la présence du multiple, entendre toutes ces voix discuter entre elles . Bien sûr, il faut aussi que je sois avec les autres pour pouvoir me développer, argumenter et progresser, mais c'est là tout le paradoxe de cet étrange animal : l'homme est seul et c'est en même temps un être de relations qui ne peut actualiser son humanité que par le lien aux autres. L'homme est bien, comme l'a affirmé Aristote, "un animal politique", un être qui, sans la relation aux autres, se trouverait comme déchu de son humanité. Mais cela ne l'empêche pas de demeurer essentiellement, - ontologiquement - seul face aux enjeux de son existence et à l'impératif de devenir soi.
D'ailleurs, c'est peut-être cette expérience partagée de la solitude essentielle qui nous rapproche le plus, nous permet de prendre la mesure de notre appartenance à une communauté des hommes. Peut-être que je suis seul, mais je ne suis pas seul à être seul. Nous sommes seuls : nous sommes tous seuls. Et c'est pourquoi nous sommes ensemble.
Cette manière d'être ensemble - qui peut prendre une forme esthétique, érotique, religieuse...- est peut-être la plus belle, la plus haute qui soit : nous mettons en commun nos solitudes sans nous leurrer pour autant sur le fait que nous n'en sortirons pas.
Voilà qui fait du bien , nous protège de l'isolement ou de l'esseulement, à ne pas confondre avec la solitude.

C.Pépin - Philosophie magazine n°fév.2017

Voir les commentaires

Published by Ritournelle - - Un peu de culture

Bon dimanche

Voir les commentaires

Published by Ritournelle - - Photo

Les crêtes ont revêtu leur petit manteau...
Les crêtes ont revêtu leur petit manteau...

Voir les commentaires

Published by Ritournelle - - Photo

L'actualité est une mine pour les humoristes...

Voir les commentaires

Published by Ritournelle - - Humour

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 > >>
Haut

Le blog de Ritournelle

Mes photos, mes coups de coeur en littérature et au ciné, les auteurs et artistes que j'admire,mes productions personnelles et une pincée d'humour...

Hébergé par Overblog